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Des expositions et des salons, une découverte de la culture coloniale bordelaise

    Christelle Lozère, chercheuse en histoire de l'art et auteure du "Bordeaux colonial, 1850-1940", échange à notre micro sur l'impact des expositions coloniales et le rôle de l'objet d'art dans la fondation d'un imaginaire colonial.

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    Le Guide Du Bordeaux Colonial

    Des expositions et des salons, une découverte de la culture coloniale bordelaise

    31/03/2021

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    Publié en 2007, Bordeaux colonial, 1850-1940 recense les expositions coloniales qui ont eu lieu dans la ville, organisées par la Société Philomathique. A travers l'étude de l'organisation de ces foires, mais aussi plus largement des objets exposés et le lien avec les universités, il ressort la volonté de Bordeaux d'être considérée comme la capitale coloniale française. Des expositions en lien avec le Musée colonial au Jardin Public et le Musée d'ethnographie à la faculté de médecine, qui fonde une culture coloniale propre à la ville avec des acteurs multiples.

    Christelle Lozère nous permet d'appréhender l'importance de l'objet d'art dans la propagande coloniale, et en quoi les expositions et autres sections coloniales ont contribué à la fondation d'un imaginaire.

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    Entretien réalisé le 15 mars 2021, et retranscrit par Sandra Merlet

    La Clé des Ondes : Quel a été le rôle de la Société Philomathique dans la culture coloniale bordelaise au XIXe siècle ?

    Christelle Lozère : Au premier abord, c’est une société savante qui a vocation de faire des formations professionnelles. Or, on remarque dans le bureau scientifique la forte présence de négociants. Ils décident, dans un but pédagogique et d’enseignement, de fonder des expositions coloniales, sur le modèle de Paris et des foires médiévales. Il y a un besoin de connaître les nouveaux produits coloniaux, de mettre en valeur les nouvelles productions. Le projet bordelais va devenir de plus en plus important et spectaculaire.

    Les expositions et sections coloniales étaient financées par les grandes firmes, notamment à Bordeaux par Picon et Maurel & Prom. Existait-il une valorisation de l’industrie coloniale par les expositions?

    Il ne faut pas oublier que ce sont d’abord des expositions industrielles et commerciales. On est là pour créer des marchés, mettre en avant de grandes maisons coloniales. Les grandes industries rivalisent d’idées pour se différencier des produits de la concurrence. C’est du marketing ! L’enjeu commercial est tellement important que des expositions fleurissent un peu partout, même dans les petites villes modestes. Néanmoins, Bordeaux se différencie des autres expositions en revendiquant son sérieux professionnel et commercial, ainsi que son histoire maritime. Tous les acteurs de la ville participent à la fête pour valoriser le commerce et l’industrie.

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    Le musée colonial, au Jardin public, est fondé par l’Institut colonial en 1901. Quel est le but de cette institution ? Est-elle en lien avec le musée ethnographique de la faculté de médecine ?

    Le XIXe siècle est le siècle des musées. Les négociants, les commerçants souhaitent rassembler les produits qui viennent des colonies, qui sont mal connus des négociants locaux mais aussi du grand public. L’Institut colonial bordelais rassemble un musée, une salle de travail, des objets d’études, des serres exotiques. Il est en lien avec le milieu universitaire et participe directement aux expositions industrielles et coloniales. Alors que le musée d’ethnographie rassemble les objets dans un but pédagogique pour les médecins qui seront envoyés dans les colonies, le musée de l’Institut a une collection propre à la géographie et aux produits manufacturés. Les deux musées sont liés mais ont des usages différents, toujours dans un aspect pratique.

    Vous mentionnez que l’impérialisme populaire de la IIIe République uniformise le rapport à l’objet non-occidental. Comment ont-ils créer cette culture coloniale commune, quel a été l’impact dans l’éducation populaire ?

    Très vite le ministère des colonies souhaite valoriser la politique assimilationniste de la IIIe République, il faut créer un discours cohérent. A la fin du XIXe siècle, il y a une volonté de canaliser les discours pour avoir un argumentaire commun sur la colonisation. Ils créent un imaginaire impérialiste, républicain, universaliste. Avec l’écriture d’une histoire, celle des bienfaits de la colonisation et de l’assimilation. Ils créent de belles images de la colonisation, on la valorise. Et les artistes vont avoir un rôle de premier plan, en tant que faiseurs d’images.

    Cette uniformisation du discours démarre cependant dès le IIe empire. Notamment avec l’existence d’un Musée des colonies de 1855 à 1896, dans le Palais de l’Industrie. Comment cette « exposition permanente » a influencé le rapport aux colonies dans les provinces ?

    Suite à l’exposition universelle de 1855, il y a une quantité d’objets des colonies qui ont été récupérés par les chambres de commerces des colonies, et qui se trouvent à Paris. Les pouvoirs publics organisent ainsi de nombreuses expositions sur le territoire métropolitain, pour prolonger les effets des expositions universelles. Et pour vulgariser les choses coloniales, on s’aperçoit que les musées doivent jouer leur rôle. Donc ils construisent un discours depuis Paris qui doit être diffusé pour que tous les musées de France aient la même mise en scène. Le processus se fait au XIXe siècle pour un entre-deux guerres flamboyant avec l’exposition universelle de 1931.

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    Marius de Buzon, Les Colonies, 1925.

    Fresque installée au Musée d'Aquitaine, "Bordeaux porte du monde". Photo : Lysiane Gauthier.

    Pour conclure cet entretien sur une question d’actualité, le 10 mars les députés de la majorité ont présenté un rapport parlementaire préconisant la création d’un musée de l’histoire coloniale. Que pensez-vous de cette proposition ?

    C’est un très beau projet, la France a besoin d’espaces muséales, on voit bien aujourd’hui l’importance des musées. C’est un projet qui doit être très bien pensé pour ne pas retomber dans les travers passés. Il ne faut pas encore faire un musée de la colonisation qui devient un prolongement du Musée des colonies. Il y a quantité de collections, particulièrement de peintures et de sculptures, qui sont cachés dans les collections nationales. Il serait bien de les sortir, non pas pour faire l’apologie de la colonisation, mais pour avoir un regard critique. Quand on aborde ces problématiques avec un regard d’universitaire et de scientifique, on réalise la complexité du fait colonial. Ce serait tout l’enjeu de ce musée.

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    Chronixx, Skankin' Sweet, 2017

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