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Difficultés scolaires, handicaps : "Faire disparaître l'enseignement adapté pour faire des économies, mais à quel prix ?"

Lundi 1 février, les enseignants de l’établissement régional d’enseignement adapté (EREA) de Pessac, ont conduit une manifestation contre les réformes qui mettent en danger leur fonctionnement ainsi que les personnels de ses Établissements.

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Difficultés scolaires, handicaps : "Faire disparaître l'enseignement adapté pour faire des économies, mais à quel prix ?"

02/02/2021

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Celles et ceux mobilisés réclament l'arrêt immédiat des suspensions de plusieurs postes prévus par les autorités du secteur éducatif, et l'augmentation des heures qui serait une chose impossible à gérer par les enseignants. Pour se faire entendre, quelques enseignants de l’EREA de Pessac et le représentant des élèves, ont accepté de parler à la clé des ondes.

Podcast complet à retrouver ci-dessus

La Clé Des Ondes : pourquoi cette manifestation devant la cour de l’EREA (Etablissement régional d’enseignement adapté) de Pessac?

Thomas Albarran, professeur spécialisé à l’EREA de Pessac : On s’est réuni sur une double revendication qui est contextuelle à notre établissement. Une grosse baisse des moyens pour reprendre un peu le jargon de l’éducation nationale, on nous a annoncé une baisse de la DGH, donc la baisse de la dotation globale horaire, qui signifie une baisse de moyens, de dotations horaires des professeurs, accompagné de l'augmentation d’heures supplémentaires qui sont imposées maintenant au collègues.

Donc, on se battait sur ces revendications locales qui viennent également s’ajouter à un gros lot de revendications nationales sur l’éducation en ce moment, pour ne citer que ça.

Mais il y a beaucoup d'attaques sur le service public en ce moment, comme la précarisation des statuts des AED (Assistants d’éducation, NDLR) et des AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap, NDLR), les inégalités dans les primes qui ont été annoncées autour du COVID notamment, vis à vis des collègues professeurs documentalistes CPE (Conseiller principal d’éducation, NDLR), le statut d’infirmier scolaire qui est fragilisé, beaucoup d’attaques du service public qui vient s’ajouter à notre situation contextuelle qui a déclenché ce mouvement à l’EREA (Etablissement régional d’enseignement adapté, NDLR) de Pessac.

Est-ce que vos revendications ont été entendus par le gouvernement ?

Marlène Mercier, professeur documentaliste à l’EREA de Pessac : Par le gouvernement, je ne pense pas encore. Par contre, par le rectorat, peut-être qu’ils vont commencer à l’entendre, donc on espère, on maintient la tension !

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Comment les élèves vivent cette période ?

Christelle Pichou, infirmière à l’EREA de Pessac : Ils sont assez fragilisés ! On a beaucoup d’élèves qui sont en situation de handicap ! Beaucoup d’élèves à prendre dans leur globalité ! Donc, c’est aussi pourquoi je soutiens mes collègues, Je suis inquiète aussi pour mon statut, parce que les infirmiers vont être sûrement sortis de l’éducation nationale et nous seront décentralisés dans le territorial, donc nous sommes assez inquiets. Nous avons peur que les infirmiers ne soient plus dans les établissements ! Et à l’EREA, s’il n’y a plus d’infirmiers, je pense que ça sera très problématique car il y a quand même une grosse grosse fragilité de la part de nos élèves.

Zana Koné, tu es le représentant des élèves, qu’est ce que vous réclamez aux côtés du personnel ?

Nous réclamons de l’aide, parce que lorsque je suis arrivé ça n'allait pas du tout ! Je ne maîtrisais pas très bien le français mais grâce à l’encouragement des professeurs, je me suis accroché, mais s’ils disent qu’ils vont diminuer les profs, je trouve que ça serait très compliqué parce que les professeurs n’auront plus beaucoup de temps pour nous apprendre des choses utiles. Nous demandons vraiment de l’aide !

Si les revendications ne sont pas entendues, quel est le risque pour tous ces élèves et apprenants qui sont dans les EREA ?

Thomas Albarran : Le risque plus largement qu’on dénonce depuis pas mal d’années, c’est la mort programmée de l’enseignement spécialisé en France. Au début, quand on tenait ce genre de propos, beaucoup de gens pouvaient penser qu’on exagérait mais ça fait plusieurs années qu’on observe notamment, au niveau collège, avec les SEGPA (Section d’enseignement général et professionnel adapté, NDLR) qui sont un peu plus connus du grand public.

La disparition des SEGPA a commencé à être programmée avec la disparition des sixièmes SEGPA et de fermetures de beaucoup de divisions. Egalement on voit aussi la baisse des moyens sur les établissements qui accueillent exclusivement des élèves en situation de handicap comme nos collègues des IME (Institut médico-éducatif) et des ITEP (Les Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques), on voit que la réduction des moyens entraîne une réaction en chaîne.

Nous, sur cet établissement, il y a 5 à 6 ans de ça, on avait une minorité d’élèves en situation de handicap. A force de fermer des places dans les structures avec encore plus de moyens que nous sur des handicaps plus graves, ça fait un petit peu les vases communicants.

Moins il y a de places dans les IME et les ITEP, par exemple, plus on va avoir des élèves en situation de handicap, et aujourd'hui on se retrouve avec deux tiers d’élèves en situation de handicap sur l’EREA de Pessac, alors qu’on est seulement censé gérer la grande difficulté scolaire qui n’est pas le même type d’enseignement, et d'encadrement, or on voit bien l’enjeu derrière sur le service public.

Une structure spécialisée comme un IME par exemple, c’est des enseignants, des éducateurs, des psychomotriciens, des psychiatres, donc le prix d’une journée dans un établissement spécialisé pour un élève coûte très cher à l’Etat, et c’est aussi ce qu’on dénonce, c’est le fait de faire disparaître ces places pour faire des économies, mais des économies à quel prix ?

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C’est à dire que ces enfants là, s’ils n’ont pas cette prise en charge là, que vont ils devenir ? C’est bien là qu’on pose cette lutte comme une lutte collective et au nom aussi des élèves et non pas seulement une lutte corporatiste pour nous. Si ces établissements ont des moyens qui diminuent ou disparaissent, c’est bien la prise en charge de ces élèves qui va devenir inexistante, qui va poser un gros problème parce qu'on pourrait pour la partie des titulaires dire égoïstement : "nous on est fonctionnaires... que demain il y ait des moyens ou pas de moyens on aura toujours notre travail..."

Mais c’est bien pour ça aussi qu’on lutte, c’est que, pour nous, il faudra que ces élèves soient pris en charge. Que ce soit la grande difficulté sociale ou les situations de handicap, il faut bien aussi se dire qu’il y a pleins de gens qui pensent qu’ils sont éloignés de ça mais ça peut toucher tout le monde.

N’importe qui de n’importe quelle classe sociale peut avoir un enfant demain et se retrouver par la malchance de la vie avec un enfant en situation de handicap, et c’est des sujets qui concernent vraiment tout le monde. C’est ce pourquoi on se bat, c’est que pour n’importe quel enfant quelque soit sa difficulté en situation de handicap puisse avoir une scolarité dans le service public en France.

Comment qualifiez-vous ce manque de réactivité des décideurs ?

Marlène MERCIER : Manque de réactivité ? Je crois que les décideurs, ils le programment ! C’est pas un manque de réactivité ! Mais ils sont des comptables à très court terme. Ça serait bien de rallonger le terme parce que comptable à court terme, on y perd sur toute la ligne.

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On va créer des situations de tensions, des situations de faiblesses, des situations de dangers, des situations qui sont invivables pour ces jeunes. Sans structures, y' a qu’à regarder certains pays ou y’a pas de structures qui accueillent ces jeunes qui se retrouvent à la rue sans rien. C’est pas possible, c’est pas vivable ! En France, 5ème ou 6ème pays le plus riche au monde au 21ème siècle, en 2021, non ! Moi je dis non ! C’est pas possible, je ne peux pas laisser faire ça !

Thomas Albarran : Et puis de toute façon, cette question des coûts, c’est une fausse question dans le sens ou, des personnes en grande difficulté d' un moment à un autre, il y a de multiples études qui l’ont déjà montré, elles vont coûter à la société d’une manière différente.

Est ce qu’on met des moyens dans la santé, dans le médico-social et l’éducation et l’insertion professionnelle pour que ces jeunes aient un avenir ? Ou l’argent qu’on ne mettra pas là, on le mettra ailleurs, autrement dit dans la police, dans le carcéral, dans l'hôpital psychiatrique si nous.

Si on ne réussit pas notre travail, qu’on a pas les moyens de les réussir, on va créer d’autres problèmes ailleurs, et on va créer d’autres dépenses ailleurs. Or personnellement, en tant que contribuable, je préfère largement financer une éducation de qualité, que de financer toutes les parties qui vont devoir rattraper les choses que l’éducation n’a pas pu mener à bien avant. Ça ne peut pas être qu'une question d’économie, c’est une question de choix de société aussi qu’il faut se poser !

Entretien réalisé et retranscrit par Mamadou Saidou Barry

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