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"Discours martial", "fable de l'union sacrée" et "mensonges", le député Loïc Prud'homme fustige l'allocution et les propositions d'Emmanuel Macron

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Les propositions pour l'hôpital, pour l'agriculture et les décisions prises sur le code du travail proviennent d'un "logiciel obsolète" utilisé par le gouvernement, pour le député La France Insoumise. Entretien.

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Libérer les détenus pour réduire la crise sanitaire du Covid-19. Entretien avec l'OIP.

Diffusé le 26/03/2020

La Clé des Ondes - Dans son allocution à Mulhouse, Emmanuel Macron a appelé à l'unité "sans que nous cédions à aucune forme de division et au flot de fausses informations". Qu'est-ce que ça inspire à un député d'opposition ?

Loïc Prud'homme : Déjà, je réfute son vocabulaire martial. Il nous refait un numéro d'actor studio pour essayer de nous faire passer cette fable de l'union sacrée avec un discours martial, dans un décor martial, pour éviter que les critiques légitimes ne continuent à s'exprimer. Il essaie de faire taire et de confiner toute critique. Je pense que ça ne fonctionne pas. La manœuvre est un peu grossière. Les gens savent bien quel est leur quotidien.

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Discours d'Emmanuel Macron à Mulhouse le 25 mars (capture d'écran).

On annonce 1331 cas mortels avec une hausse de 234 morts en 24h (chiffres de mercredi 25/03 au soir). Emmanuel Macron a annoncé des majorations supplémentaires dans les hôpitaux pour tout de suite, mais aussi un "plan massif" qui arrivera une fois la fin de cette épidémie. Le mets-tu en parallèle des 25 ordonnances prises dernièrement ?

Il nous refait le coup des promesses. Il l'avait fait pour les TPE, PME et artisans qui devaient pouvoir reporter leurs charges et loyers alors qu'en fait c'est au bon vouloir de ceux qui louent les locaux commerciaux. D'abord, ces belles promesses sont basées sur un mensonge. S'il a fait beaucoup comme il le dit, c'est pour détruire l’hôpital avec entre 3 et 4 milliards d'euros depuis 3 ans qui ont été supprimés - et c'est une fourchette basse.

Il découvre aujourd'hui que les soignants et l’hôpital public sont un bien public d’intérêt général, indispensable dans une période de crise sanitaire. Il annonce un plan massif dont on ne connait ni l'ampleur, ni le montant et pire encore ni la date. On en est encore à des promesses repoussées aux calandes grecques. Il se moque de nous et surtout des soignants qui sont en première ligne.

Il avait dit qu'il paierait, "quoi qu'il en coûte", mais cela n'est pas chiffré...

Surtout quoiqu'il en coûte aux salariés. C'est sans doute ça qu'il avait voulu dire. Sur les soignants, il en coûte aussi aux étudiants qui sont en ce moment dans les services contre toute logique de respect de leur formation et de leur intégrité sanitaire, civique et qui sont payés au lance-pierre pour accomplir des tâches de soignants.

La ministre du travail, Muriel Pénicaud, s'interroge pour adapter le monde du travail au coronavirus. La durée du travail va pouvoir être portée à 60h par semaine, dans certains secteurs. Quelle analyse en fais-tu ?

Depuis l'origine de l'état d'urgence sanitaire, et c'est ce qui fait qu'on ne l'a pas voté, on sent bien dans les paroles de Muriel Pénicaud et de Bruno Le Maire (ministre de l'économie, ndlr) que leur volonté est de préserver le secteur économique, avec des secteurs qui ne sont pas stratégiques à mon sens pour la continuité de la vie des concitoyens. C'est ce que met en avant Muriel Pénicaud qui nous fait une liste des secteurs où la durée du travail pourrait être augmentée alors qu'on réclame depuis 10 jours une liste précise des secteurs stratégiques qui demanderaient à être maintenus et assurés - dans des conditions à discuter - et qu'on n'obtient pas cette liste.

Le ministre de l'agriculture appelle les Français à aller travailler auprès des agriculteurs pour les secourir. De quoi cela est-il le nom ?"

C'est un aveu d'échec patent de la politique agricole menée depuis des mois. Didier Guillaume découvre que le monde agricole n'a plus la main d’œuvre nécessaire pour assurer la production et que tout reposait sur des travailleurs détachés qui venaient massivement récoltés nos fruits et légumes, esclaves de ce système agricole industriel puisque payés à la tâche et sans respect du code du travail. On sait que ce statut de travailleur détaché est celui où il y a le plus de fraudes.

Didier Guillaume s'aperçoit de la réalité de ce qu'on dit depuis le début de ce mandat : il faut une agriculture paysanne qui recrée les 400 000 emplois perdus ces 15 dernières années. Ce serait utile pour assurer l'autonomie alimentaire de notre pays. De la même manière, il découvre qu'il faut manger français. Le même louait il y a quelques semaines les accords de libre-échange où on pouvait faire voyager nos denrées alimentaires d'un bout à l'autre de la planète. C'est assez révélateur de ces politiques menées depuis le début de ce quinquennat et malheureusement bien avant eux leurs prédécesseurs, qui étaient sur cette même ligne libérale.

Contrairement à ce qu'avance Emmanuel Macron, qui disait que rien ne serait plus comme avant, pour toi le logiciel reste le même ?

Tout sera comme avant... en pire, si on les laisse faire. C'est là notre rôle de proposer des alternatives politiques. Ils ne savent pas réfléchir autrement. Leur logiciel est obsolète quand il faudrait relocaliser les productions, quand il faudrait redonner de la valeur monétaire à tous ces travaux d'utilité sociale chez les soignants, les enseignants dont le gouvernement disait que leur boulot ne valait rien...

La France Insoumise a voté contre l’État d'urgence sanitaire. Les libertés publiques sont-elles fondamentalement atteintes par cette loi ?

Ce qui me heurte c'est la disproportion. Ils prévoient de la peine de prison pour quelqu'un qui n'aurait pas respecté le confinement ? C'est donc en plus inepte. En plus de risquer qu'il soit infecté, on l'enfermerait dans des prisons déjà surpeuplées pour lui faire comprendre des mesures qui sont compliquées à appréhender du fait des messages contradictoires.

Une règle, pour qu'elle soit acceptée, il faut qu'elle soit cohérente et compréhensible par tous. C'est ce qui a fait défaut et ça donne lieu à ces mesures disproportionnées et liberticides.

Le gouvernement s'en remet beaucoup au comité scientifique. De même, le ronron médiatique dit qu'il faudrait appliquer les mesures coercitives mises en place à Singapour, en Chine, en Corée du Sud. N'est-ce pas là quelque chose de suffisamment sûr ?

L'argument scientifique est insupportable car il permet de justifier le manque d'anticipation du gouvernement. Au début, on nous expliquait que le masque n'était pas nécessaire car les gens ne savaient pas le porter. Puis, on nous a dit qu'il fallait absolument le porter...

La seule façon de rattraper les choses est de nous confiner au maximum car on a été dans l’incapacité de fabriquer suffisamment de tests, de masques.

Il faut se rappeler qu'il y a 20 jours, le conseil de défense sur le coronavirus se tenait et la mesure qui en est ressortie c'est un 49-3 pour faire passer la réforme des retraites. Alors qu'il aurait déjà fallu réquisitionner pour produire des masques. Il y a une inconséquence initiale.

En parallèle de la loi d’État d'urgence sanitaire, le projet de loi de finances rectificative a été voté avec les voix de La France Insoumise. L'historien Nicolas Patin nous rappelait mardi que la France entre dans la Première Guerre mondiale quand les socialistes votent dans un esprit d'union sacrée le renforcement du budget de l'armée. La France Insoumise n'a-t-elle pas fait une erreur similaire ?

Le parallèle, sinon osé, est disproportionné. Le projet comportait une mesure qu'il semblait difficile de ne pas valider : les 8,5 milliards d'euros qui venaient indemniser les travailleurs en chômage partiel. Ça nous semblait compliqué de dire aux gens rester chez vous mais vous n'aurez rien, pas même un chômage partiel.

On n'a pas manqué de faire des remarques sur les manques et les défauts. Pour nous, il n'y a pas d'union sacrée. Il y a une unité nationale qui vaut par la solidarité qu'on doit apporter à toutes et tous mais on ne s'affranchit pas de pointer les erreurs de jugement, d'appréciation du gouvernement et de tenter de les corriger, si tant est qu'on puisse le faire malgré notre faible nombre. On a fait ce choix en conscience car on ne pouvait pas abandonner les travailleurs.

Que faut-il retenir des 11 mesures d'urgences que propose La France Insoumise ?

On donne à voir notre projet alternatif dans une crise telle qu'aujourd'hui. Il ne faut pas se leurrer, sans doute allons-nous en vivre d'autres. Il faut préparer l'après. On dessine ce monde d'après avec ces mesures. Il y a une politique en direction des gens, pas pour soutenir une économie hors-sol ou des dividendes.

On plaide aussi pour une planification sanitaire, c'est ce qui a fait défaut. Il faut donner des moyens rapidement à des services de santé, réquisitionner les services de santé privé. On inverse complètement la logique et on s'occupe d'abord des gens, de leur sécurité sociale, sanitaire puis on réorganise l'appareil productif pour le tourner vers l'autonomie alimentaire et industrielle - que ce soit sur les gels hydroalcooliques mais aussi (nationaliser l'usine de bouteilles à oxygène médical Luxfer](https://www.humanite.fr/les-ex-salaries-de-lusine-de-bouteilles-oxygene-luxfer-exigent-la-nationalisation-immediate-de-leur].

Défendre l'hôpital des armées Robert Picqué de Villenave d'Ornon et tenter d'empêcher sa fermeture, fusion-absorption par la clinique Bagatelle, c'est une application locale de ce programme ?

Oui car quand on parle de planification sanitaire ce n'est pas pour faire joli et écrire 11 mesures d'urgences mais parce qu'on les défend sur le terrain. Depuis le 1er jour de mon mandat, je défends cette planification sanitaire sur notre secteur. On ne peut pas abandonner plusieurs dizaines d'hectares pour faire entrer ça dans un timbre poste d'une structure multiple et privée.

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(Crédit Google Street View)

Cette logique de destruction des services publics de la santé a été faite à coup de virage ambulatoire. Quand je me bats pour l’hôpital Robert Picqué, on me répond que l'hospitalisation à domicile va pallier la fermeture de lits. Cette hospitalisation à domicile à Bagatelle ce sont des voitures qui tournent pour aller soigner des gens. Comment des gens si prévoyants et intelligents vont installer des lits d'urgences et des respirateurs à l'arrière de leur Clio ? Tout ça n'est pas sérieux.

Qu'on le veuille ou non, qu'il soit annulé plus tard ou non, le premier tour des élections municipales a eu lieu et donne des indications sur les forces politiques en présence. A gauche, les maires sortants du parti socialiste ou du parti communiste semblent se maintenir. En revanche, La France Insoumise a visiblement du mal à percer quelle que soit sa stratégie locale en partant seule, derrière un collectif citoyen, avec des listes d'union de la gauche ou dans des alliances avec le NPA. Pourquoi ?

Ce premier tour est assez particulier. On pourrait plutôt le qualifier d'un sondage à grande échelle tant ce scrutin a été bouleversé. Il y a quelques tendances qui se dessinent. On peut saluer la victoire à Sauveterre-de-Guyenne qui s'est faite avec un collectif large de citoyens emmené par Christophe Miqueu, pas seulement derrière la bannière de La France Insoumise.

Nous avions posé des marqueurs programmatiques sur lesquels on ne transigeait pas sur les services publics, le refus de la cogestion. Nous nous mettions au service de différentes formules : union de la gauche, collectif citoyen, fédération populaire. Malheureusement, ça n'a visiblement pas été perçu, entendu, identifié par les électeurs sur ce premier tour. On n'a pas eu le temps de faire une analyse électorale fine mais malgré tout il faut qu'on se pose la question - cette crise le permet avec nos propositions - de réaffirmer une identité plus forte de La France Insoumise et de l'alternative que nous représentons.

Il nous faut reprendre de manière plus visible une bannière pour nous identifier pour savoir pour qui on vote. La stratégie menée n'est peut-être pas lisible depuis l'extérieur sauf pour les gens politisés. Il ne faut pas oublier la façon dont on s'est présenté aux électeurs. Cela n'a pas permis d'attirer les abstentionnistes habituels, dégoutés car tous sont dégoutants sur les listes. On n'a pas réussi à faire sortir les dégoutés. On a failli je crois là-dessus.

Il faudra voir s'ils ne sont pas sortis par peur du coronavirus ou parce qu'ils n'ont pas été convaincus par ce qu'on leur a proposé. Je pense qu'il y a un peu des deux. Il ne faut pas se leurrer sur la proposition politique que nous avons à faire dans cette période. Il faut qu'on soit cette alternative.

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