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Gilets jaunes et liberté d'expression : Segundo Cimbron toujours poursuivi

L'ancien maire de St-Yzans-de-Médoc est toujours poursuivi par la justice pour avoir parlé de "guérilla" contre le pouvoir. Il nous parle de liberté d'expression et de l'entêtement d'un certain Didier Lallement.

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Gilets jaunes et liberté d'expression : Segundo Cimbron toujours poursuivi

27/11/2020

Photo de l'article: Gilets jaunes et liberté d'expression : Segundo Cimbron toujours poursuivi

Ancien maire de St-Yzans-de-Médoc et gilet jaune, Segundo Cimbron comparaissait mercredi 25 novembre devant la Cour d’appel de Bordeaux pour cette affaire qui remonte à janvier 2019. Sylvie y était et l'a interrogé.

Que s'est-il passé le 8 janvier 2019 dans la salle des fêtes de Moulis ?

Segundo Cimbron : Une réunion publique s’était tenue avec les gilets jaunes. J’étais intervenu, et au cours de la discussion j’avais utilisé le mot "guérilla" pour caractériser les petites actions de harcèlement du pouvoir qu’on faisait autour des ronds-points. Ça a été relayé dans la presse de telle façon qu’on a laissé entendre que j’appelai à une lutte armée.

Il se trouve que le lendemain de cette réunion il y a eu une tentative d’incendie de la sous-préfecture de Lesparre, feu qui avait débuté sous la porte d’entrée. Ça avait soulevé une grosse émotion, et j’avais fait partie des élus qui avaient manifesté ensuite contre ce genre d’attaque des services publics d’ailleurs.

Mais peu importe, Didier Lallement [alors préfet de la Gironde - ndlr] s’en est saisi pour m’attaquer sous l’inculpation d'"appel à attroupement armé non suivi d’effets", puisque évidemment il n’y a pas eu du tout de révolte armée dans le Médoc, ni à ma connaissance ailleurs.

Guérilla judiciaire

La suite, c'est un premier procès en mai 2019...

En première instance, je suis passé sur le grill face au représentant de l’État et à Didier Lallement qui s’était porté partie civile. Je crois que c’est manifeste que je ne suis pas dans son camp, enfin en tout cas lui n’est pas dans le mien, puisque je suis dans celui de la République. Lui je ne sais pas, j’ai de plus en plus de doute.

A l’issue de cette audience, j’avais été relaxé de l’ensemble des faits qui m’étaient reprochés, et lui en tant que partie civile avait été débouté. Vu la façon dont ça c’était passé, et dans le mesure où il y avait une absence de preuve de ma volonté d’appeler à une guérilla armée, je considérais que l’affaire était close.

Mais non... Je pense qu’en ce moment il y a une volonté de répression telle de toutes les têtes qui dépassent, et il se trouve que je suis assez grand et que j’ai la tête qui dépasse souvent, que le parquet a encore fait appel.

Il y a donc eut un procès en appel ce 25 novembre...

Je devais passer en février, ça a été repoussé, et là je m’y retrouve et dans une situation très différente de la première fois, sauf peut-être que la volonté de répression de la part du pouvoir est encore plus manifeste qu’auparavant, avec ce qu’il s’est passé place de la République.

C’est d'ailleurs un peu amusant, si on peut dire, que ce soit le préfet responsable des forces de l’ordre qui maltraitent les gens comme elles viennent de le faire place de la République [le 23 novembre, lors de l'expulsion violente d'un camp de migrants], qui m’accuse à moi de vouloir semer la violence armée. Alors que ce sont ses troupes armées qui ne se gênent pas pour molester les gens qui manifestent totalement pacifiquement, et en plus sur des revendications qui, à mon sens, sont légitimes.

Pour ce qui me concerne je suis parfaitement serein. Je sais que le droit est de mon côté, non seulement le droit mais la morale, et la légitimité, sont de mon côté.

Je suis d’autant plus serein que je sais que je n’ai rien à me reprocher, que je continuerai à dire ce que j’ai à dire, et que si par un malencontreux hasard ou malentendu avec le tribunal je venais à être condamné serait-ce qu’à un euro de dommage symbolique, je ferai appel. Parce qu’il est hors de question que je laisse passer ça et qu’on puisse inculper quelqu’un parce qu’il a tenu des propos, quels qu’ils soient.

"Tous les moyens sont bons pour se faire entendre, surtout quand on est face à un pouvoir aussi autiste et sourd."

La liberté d’expression, c’est aussi ce qui est en cause : le droit de dire ce qu’on a à dire, y compris dans des réunions publiques, y compris de façon publique. Oui je suis pour un mouvement social fort, pour qu’il s’exprime de toute les manières possibles, dans des manifestations puissantes, unies, rassemblées, et aussi dans des petites actions locales chaque fois que c’est nécessaire. Tous les moyens pour se faire entendre sont bons, surtout quand on est face à un pouvoir aussi autiste et sourd que celui auquel on est confronté. Il faut parler plus fort pour se faire entendre, dans ces cas-là.

C'est quand même étonnant que ce préfet ait pensé que non seulement il pouvait asservir les forces de police, mais qu'en plus la justice allait le suivre...

Il est très très imbus de sa personne, c’est quelqu’un qui est de ce point de vue dangereux. Il est prêt à tout. Il ne supporte pas d’être contrarié. C’est lui qui avaient réunis les commissaires de police de Bordeaux lorsqu’il était préfet pour dire que ceux qui n’étaient pas d’accord, il allait les pendre à un croc de boucher. Qui disait qu’on l’appelait le préfet nazi ? Juppé ? Eh bien ça, ce sont des propos de nazi. Alors je ne sais pas s’il veut me pendre à un croc de boucher mais je ne me laisserai pas faire !

Le tribunal rendra son délibéré le 13 janvier 2021

Photo de une : Sylvie Nony.

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