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Hébergements insalubres du 115 : "Certains sans-abris sont mieux dans la rue qu’ici"

Après l'envoi de photos montrant des sanitaires insalubres, des élus se sont rendus ce lundi au centre d'accueil de la rue Dupas. Entre temps, peinture et javel avaient été passés.

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Hébergements insalubres du 115 : "Certains sans-abris sont mieux dans la rue qu’ici"

03/05/2021

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En fin de semaine dernière, l'association La Maraude du coeur de Bordeaux publiait sur les réseaux sociaux des photos révélant l'état d'insalubrité d'un centre d'hébergement du 115. Ce sont des personnes hébergées, et également bénéficiaires de la maraude, qui alertaient ainsi sur l'état d'un centre situé rue Jean Dupas, à Bordeaux, et géré par Emmaüs Gironde.

Ce lundi, le député France Insoumise de Gironde Loic Prud'homme ainsi que les élus municipaux du groupe d'opposition Bordeaux en lutte Evelyne Cervantes-Descubes et Philippe Poutou, se sont rendus sur place afin de vérifier ces informations, en compagnie d'Estelle Morizot, présidente de La Maraude du cœur de Bordeaux. Ils ont eu droit à une visite guidée des lieux par Pascal Lafargue, président d'Emmaüs Gironde, ainsi qu'une partie des salariés qui y travaillent.

accueil hébergement 115

Il s'agit d'un ancien hangar logistique devenu propriété de l'OIM Euratlantique, mis à disposition d'Emmaüs Gironde depuis 2014. "On a fait comme on a toujours fait à Emmaüs : on fait et après on voit. Le bâtiment est dans un état de vétusté, pas dans un état d'insalubrité" selon Pascal Lafargue.

A l'intérieur du hangar : un grand dortoir fabriqué à la hâte avec du placo, des fenêtres donnant sur des volets métalliques, et des lignes jaunes et noires délimitant les espaces individuels faits d'un lit de camp et un casier. Dans les sanitaires, l'intimité est réduite au minimum... mais le sol et les murs brillent de propreté.

Emmaüs Gironde

Alors qu'il s'agissait d'un dispositif d'urgence, lancé à l'hiver 2014, pourquoi en est-on encore là 7 ans après ?

"Comment se fait-il que l’État ne mette pas les moyens pour faire de l'accueil digne, juste ?" demande Loïc Prud'homme. Réponse de Pascal Lafargue : "Parce qu'on n'a pas d'argent."

"Aujourd'hui l'Etat nous attribue une subvention de 20 € par jour et par personne. Pour payer le personnel, le petit déjeuner et le repas du soir, et un encadrement vraiment très très limité en nombre - 3 personnes le soir maximum" explique Pascale Lafargue.

D'après lui, cette subvention était de 40 € il y a quelques années, et elle n'a fait que baisser jusqu'à aujourd'hui. "Je pense que l’État doit se poser la vraie question des moyens. C'est juste pas possible."

Pascal Lafargue, président d'Emmaüs Gironde :

nom de la photo

A la sortie, les élus dénoncent l'état des bâtiments et refusent de rentrer dans le jeu de "ping-pong" entre État et association.

"On nous dit : "On fait au mieux, c'est l’État qui ne fait pas son boulot". Peut-être, mais quand il y a des conditions indignes et inhumaines, on ne peut pas se contenter de ça. Si réellement, en tant que responsable d'association, on dénonce le fait de n'avoir que 20 balles par jour pour héberger dignement, alors on le dénonce fortement, on appelle les responsables politiques. Là on n'est pas alertés par ce canal là, mais par les bénéficiaires et les associations" analyse Loïc Prud'homme.

Pour le député France Insoumise de Gironde, c'est bien l'Etat qui est le premier responsable, en tant que financeur : "Donner des moyens, ça règlerait tout". Deuxième responsabilité : Contrôler l'état des logements.

"Je constate qu'avec les conditions actuelles, les gens ne sont pas logés dignement. Moi ça m'interroge sur qu'est-ce que l’État fait avec notre argent. Est-ce qu'il le donne comme ça pour qu'en tirant sur les budgets, sur l'entretien des bâtiments, des associations arrivent à perdurer et à gagner un petit peu d'argent ?"

Toujours est-il que cette alerte et la visite qui s'en est suivie a permis de redonner aux sanitaires un coup de propre. Ce dont La Maraude du cœur s'est félicitée sur les réseaux sociaux :

"Notre post a tellement bien fonctionné qu'ils ont repeint les toilettes et les douches en blanc et trouvé l'eau de javel ce week-end ! Merci aux responsables de l'établissement pour leur réactivité avant la visite des élus et journalistes aujourd'hui. PS : Messieurs et mesdames les responsables de centre d'accueil d’urgence n'hésitez pas à démarrer les travaux, on compte bien en visiter d'autres !"

Emmaüs saura très prochainement si le 21 rue Jean Dupas ferme en juillet, ou si l’État (via la Direction départementale de la cohésion sociale) lui accorde de rester encore quelques années, le temps de trouver un autre lieu permettant l'hébergement.

Ce qui ne règle aucun problème. "Ce hangar, c'est pour stocker des marchandises, pas pour loger des gens. Et même avec un coup de placo, ça reste un hangar", conclut Loïc Prud'homme.

A retrouver dans le podcast ci-dessus : les réactions d'Estelle Morizot, présidente de La Maraude du cœur de Bordeaux, de Loïc Prud'homme et de Philippe Poutou, élu Bordeaux en lutte au conseil municipal.

Note de la rédaction : le président d'Emmaüs Gironde a permis à notre journaliste de suivre la visite des élus, tout en refusant la présence d'une journaliste de Rue89 Bordeaux, prétextant que ce média l'aurait "trainé dans la boue" par le passé. Nous dénonçons ce véritable "tri" des journalistes, et apportons notre soutien à notre consœur.

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