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LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

"Il y a une possibilité d'envoyer Philippe Poutou, ouvrier, au conseil municipal de Bordeaux"

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S'ils sont élus, ils promettent de faire entendre la voix des quartiers populaires. Avec la liste Bordeaux En Luttes, LFI et NPA affichent leurs ambitions et leurs propositions : trams et bus gratuits, régies publics, RIC...

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L'invité.e

Philippe Poutou : "Bordeaux En Luttes veut prendre un bout de ce que les bourgeois veulent garder"

Diffusé le 28/01/2020

Donner de l'élan, être crédible et convaincre. Les trois expressions émergent nettement des propos de Bordeaux En Luttes. Cet alliage entre la France Insoumise et le Nouveau Parti Anticapitaliste avec des Bordelais non-encartés créé de l'enthousiasme dans les rangs à gauche.

Les précédents sondages donnaient 7% à la France Insoumise quand elle n'avait pas de tête de liste. Bordeaux En Luttes compte atteindre les 10% et obtenir plusieurs élus au conseil municipal de Bordeaux. Ils espèrent engranger des voix sur la personnalité de Philippe Poutou, la crédibilité de cette alliance à gauche et des propositions anticapitalistes : gratuité, service publics et démocratie.

Entretien avec Philippe Poutou (NPA) et Hugo Fourcade (LFI) - réalisé avant la nomination d'Evelyne Cervantes (LFI) comme numéro 2 de la liste

La Clé des Ondes : quelle analyse vous faîtes de la mobilisation inédite contre la réforme des retraites ?

Philippe Poutou : Inédite, surprenante et enthousiasmante ! Difficile de faire des pronostics. Depuis Noël, le mouvement ne cesse de nous surprendre. La détermination des cheminots et de la RATP a permis de sauver le mouvement malgré toute la propagande pour la trêve durant les fêtes.

Depuis début de janvier, on a pleins de bonnes surprises : les avocats, l'Opéra de Paris, celui de Bordeaux. Pas mal de choses se passent comme dans l’Éducation Nationale avec la réforme du bac et la contestation contre les E3C. Les gamins se mettent un peu dans ce mouvement.

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Conférence de presse de Bordeaux En Luttes (Crédits : Facebook Bordeaux En Luttes)

C'est un moment important et ça fait le lien avec notre liste Bordeaux En Luttes. Si elle est possible, c'est grâce à cette mobilisation, à force de se côtoyer dans les manifs. Elles devenaient des rendez-vous pour voir comment avancer. Ça nous a donné confiance et un élan pour briser les réflexes sectaires, boutiquiers.

"Il y avait une forme de responsabilité politique à ne pas y aller chacun de son côté"

Il y a un lien entre ce climat social - cette lutte contre la réforme des retraites aussi en lien avec le mouvement des gilets jaunes - et la construction de cette liste. On aura envie de relayer ce qui se passe dans la rue à travers la campagne municipale.

Hugo Fourcade : On voit que les gouvernements ont toujours la même stratégie : le pourrissement. Ils ne lâchent sur rien et s'il faut dégainer un 49.3, ils le feront. C'est le devenir autoritaire que l'on vit. Ça a pu réussir. La nouveauté est que la grève continue avec une stratégie dans la durée. Personne ne peut dire quand ça va s'arrêter.

Pour les municipales, pourquoi et comment cette union s'est faîte ?

Hugo Fourcade : Il y avait une forme de responsabilité politique à ne pas y aller chacun de son côté ce qui nous aurait condamné à des candidatures de témoignage. On s'est dit que ça nous donnerait de la force à tous. Les organisations politiques constituées sont aujourd'hui un peu exsangues.

Cela nous donnerait l'élan pour emporter des gens qui ne sont pas dans les organisations politiques, pas dans les élections mais dans l'abstention

"On est pas mal de militants à souffrir des divisions, de l'esprit de boutique."

Philippe Poutou : L'état psychologique des militants ou des organisations du mouvement social - syndicale, associative ou politique - est dépendant de l'état de santé du mouvement social. Si le mouvement retrouve de la pêche, de l'espoir, cela aura des conséquences nous rendant capable de franchir des barrières.

On est pas mal de militants à souffrir de cette division, cet esprit de boutique, du sectarisme et il y a toujours des raisons de ne pas faire ensemble... Là, il y a une occasion. Ce n'est pas simple, ça s'est engueulé partout à la France Insoumise, à Bordeaux Debout, au NPA. Il a fallu quelque chose de plus fort pour passer au-delà et c'est le mouvement. On est dans les manifs, les actions, depuis 14 mois avec les gilets jaunes.

"On franchit le cap. On peut être fier."

On franchit le cap. On peut être fier de ce qu'on vient de réussir à faire. Indépendamment d'avoir des élus ou pas, c'est une expérience qu'il fallait faire. C'est une grosse satisfaction de bosser ensemble. On élabore le programme. Hugo parlait de responsabilité, on a envie d'être à la hauteur.

Hugo Fourcade : L'objectif est d'atteindre les 10% au premier tour et on pense pouvoir le faire. Si c'est le cas, on se maintient. On exclut toute discussion avec d'autres listes. On force la triangulaire ce qui serait déjà un exploit à Bordeaux. Si on a 5% au second tour, on a deux élus.

Il y a une fenêtre pour envoyer Philippe Poutou, ouvrier, et une autre personne au conseil municipal. Ce ne seront pas les élus de la France Insoumise ou du NPA mais d'un collectif transpartisan qui rassemble des gens qui sont ou non dans des organisations.

Quelles ont été la teneur des engueulades au sein de vos organisations ? Le comité politique du NPA demandait plutôt de vous tourner vers Lutte Ouvrière...

Philippe Poutou : Je vais pas tout dire pour pas avoir trop d'emmerdes de mon parti... (rires) Mais ça ne réagit pas bien. On est très partagé en fait. Après, on a fait un vote en assemblée générale à Bordeaux Debout et au NPA pour discuter et décider. A la majorité, on a décidé de faire liste commune. Certains digèrent mal. On verra au fil des semaines, des mois, le bilan qu'on tire de cette expérience.

Les 10%, on les souhaite. Le réveil de notre camp social rend possible et crédible l'idée d'avoir un bout de ce que les bourgeois veulent garder pour eux. Ce sera 2, 3 élus. On verra. On a des problèmes politiques à poser et une campagne à faire qu'on voudrait faire durer 6 ans. On n'est pas entrain de rêver.

Et à la France Insoumise, quelle réaction ?

Hugo Fourcade :C'est un non-sujet car le comité électoral de la France Insoumise avait choisi de soutenir la démarche citoyenne de Bordeaux Debout. Si Bordeaux Debout choisit de s'élargir, le comité électoral n'intervient pas.

Mais oui, il y a eu des débats avec la possibilité d'une alternance avec l'arrivée d'Hurmic comme maire. Ce désir est légitime. Cette ville crève de la droite. Mais il n'était pas question qu'on efface notre camp social de l'équation des municipales alors qu'il y a eu le mouvement des gilets jaunes.

Il y avait jusqu'alors un état pathologique de cette campagne liée à la crise politique du pays. Hurmic écolo, tout le monde est écolo. Un autre candidat veut plus de police, tout le monde veut plus de police. Qu'est-ce qui différencie ces candidats à part leur étiquette politique ?

On va pousser une gueulante pour libérer l'imaginaire politique. Sur l'écologie, cela passe par un bras de fer avec les grands intérêts économiques. Sinon, on sera obligé de faire du green-washing.

Mais dans le programme de Pierre Hurmic, on peut voir des choses qui aideraient les classes populaires : rénovation thermique sur le logement par exemple pour ne pas vivre dans des passoires. Il y a des points d'accords. Que proposez-vous d'autres ?

Philippe Poutou : Il y a une envie de changement après des siècles de politique à droite à Bordeaux... Donc autant discuter d'une véritable alternance. On n'a pas envie de se flinguer les candidats mais les trois candidats principaux sont sur une ligne ultra-proche. Ils sont tous libéraux, plus ou moins réactionnaires, plus ou moins conservateurs. Discutons de l'alternance.

Hurmic donne une série de points essentiellement écolos - il n'y a rien sur le social à part le logement. Cazenave et Florian ne peuvent pas dire : "on est pour le chômage". Donc ils vont dire : il faut de l'emploi sur Bordeaux et sur l'agglo, il faut vivre décemment. Nous, on ne donne pas une succession de points.

"Une fois élu, on ne fera pas les malins."

Évidemment, on veut du boulot, vivre normalement, être logé à Bordeaux, avoir accès aux services publics, une ville propre avec de l'environnement. C'est facile à dire. Mais comment on y arrive ? On y répond sérieusement pour répondre aux drames que vivent les gens, il faut rompre avec des politiques en place et donc des intérêts politiques et économiques. Les riches ont le pouvoir. Il y a le clientélisme.

Mais une fois élu, on ne fera pas les malins. Derrière, on verra comment entretenir une résistance collective dans les quartiers car ce qui sera déterminant c'est la mobilisation populaire. Ce sera un bras de fer permanent, une bataille sociale.

Ça conduit aux enjeux démocratiques...

Hugo Fourcade : Il y a cette blague de la participation municipale. Cela dépasse Bordeaux, c'est national avec la création des conseils de quartiers. Ils ne font pas rien mais ne sont très souvent que limités à un pouvoir consultatif. Tant qu'ils ne suivent pas l'agenda municipal en place, ils n'ont pas de pouvoir. L'idée est de mettre en place une politique municipale où les habitants ont un pouvoir de décision et d'interpellation dans l'agenda.

Il y a le fameux RIC, referendum d'initiative communale, ce qui donne la possibilité pour les habitants d'imposer un projet ou un sujet au conseil municipal. On pense aussi à des conseils de quartier décisionnaires disposant de budgets propres. Le mouvement des gilets jaunes a, à ce titre, tout changé.

C'est une ligne de fracture. Le parti Europe-Ecologie-Les Verts a été frileux - pour faire dans l'euphémisme - face à ce mouvement en maintenant l'idée de l'utilité de la taxe carbone. On ne fera rien de progressiste sur la crise écologique si c'est fait contre les classes populaires.

"Des journalistes nous disent que ça fera du bien d'avoir une liste différente."

Quand on ne touche jamais aux intérêts des dominants, ceux qui devront faire des efforts ont déjà l'eau au bout des lèvres, prêts à se noyer. Cela ne provoquera que des mouvements de gilets jaunes. C'est pour cela qu'on propose les transports en commun gratuits. Et EELV est contre car veut responsabiliser les gens quant à leur déplacement.

C'est en fait une question de services publics : on a tout privatisé et on dit qu'il faut faire une politique écologique. Mais les grands groupes n'y ont aucun intérêt. Il faut contraindre ceux qui ont pris un pouvoir immense sur nos vies. Comment on y arrive ? On pense que ça passe par des régies publics, des bras de fer.

Quelle analyse faîtes-vous du traitement médiatique de votre liste ?

Philippe Poutou : On n'a pas trop à se plaindre. On savait que ça ferait un petit évènement : mon nom, le côté assemblage qui a surpris et la mobilisation sociale. On surprend un peu. Certains journalistes nous disent que ça fera du bien d'avoir une liste différente.

Mais, on est aussi de l'autre côté d'une barrière. Il faudra trouver le moyen de se faire entendre. Exemple : le troisième débat organisé par TV7 entre les trois principaux candidats sur la question écologique. On leur a demandé ce qu'ils comptaient faire de nous mais non, on ne sera pas invité. On voit de suite la différence qu'ils font. Mais il faut qu'on en soit.

Hugo Fourcade : On fait irruption dans cette campagne. Notre but est de poser nos pieds partout. En tout cas, on sent l'enthousiasme que ça a créé. On a eu une bonne intuition. On met à peine les bases de la campagne et d'ors et déjà, on retrouve des bonnes volontés.

Philippe Poutou : La conférence de presse de lancement s'est passée un jour de manifestation. L'information avait déjà un peu circulé avant et dans la manifestation, on a pu sentir les premiers échos favorables. Au delà de la sympathie, c'est l'idée que quelque chose nous représente un peu. Il y a les coups de main mais aussi ceux qui disent qu'ils vont s'inscrire car ils n'ont pas voté depuis longtemps.

"J'ai vu aux présidentielles, le décalage entre la sympathie et le vote utile."

Cette liste dit aussi que ce qui est important c'est de s'occuper de nos affaires. On arrivera à aller loin dans cette campagne si on convainc qu'il faut rompre avec le vote utile, ce qu'on nous apprend dès qu'on est tout petit. Le vote utile c'est nous, c'est voter pour ses idées.

J'ai vu aux présidentielles, le décalage entre la sympathie et le vote utile. Le fait qu'on regroupe des forces montrera qu'on est crédible - pas seulement les 65 de la liste mais une dynamique plus large qui toucherait une population qui prendrait ses affaires en main.

Entretien réalisé le lundi 27 janvier 2020 par Xavier Ridon

Photo de Une : Philippe Poutou et Hugo Fourcade de la liste Bordeaux En Luttes à l'assaut du Palais Rohan (Xavier Ridon/La Clé des Ondes)

-- Les Listes A Gauche Pour Cette Ville --

Bordeaux Respire - Pierre Hurmic : "Une fois aux manettes, on pourra même aller au-delà de notre programme"

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Lutte Ouvrière - Diffusion ce lundi 03 février 6h15 et 8h15 (entretien à paraître)

-- Note De La Clé --

Comme à chaque période électorale, la Clé des Ondes fait vivre le débat entre les gauches. C'est un enjeu médiatique majeur, la raison d'être de notre radio. A travers nos nombreuses émissions, mais aussi via notre site internet, nous allons tenter de vous retranscrire les enjeux et les candidatures dans les communes de l'agglomération bordelaise (peut-être même au-delà).

Pour reprendre une image sportive, nous travaillons en mode semi-professionnel mélangeant quelques salariés et des dizaines de bénévoles, mêlant engagements revendiqués et envie de débats. Tantôt avec sérieux, tantôt avec quelques frappes mal cadrées peut-être, mais tout cela dans un joyeux bordel.

Nous ne pourrons pas répondre à toutes les sollicitations, ni tout traiter, mais nous tenterons de faire le maximum pour que vive le débat démocratique à gauche. On imagine que vous comprendrez, voire même que vous apprécierez.

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