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Jean-Marie Harribey : le Covid-19, un "capitalovirus" ?

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Si le virus se propage avec autant de rapidité et de facilité, c'est à cause de la mondialisation, de la fragilité de nos économies, et de l'absence de préparation de l’État, selon l'économiste Jean-Marie Harribey.

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La crise sanitaire va entraîner une restructuration de nos économies, selon J.-M. Harribey.

Diffusé le 20/03/2020

Jean-Marie Harribey est économiste, membre du Conseil scientifique d'Attac, de la Fondation Copernic et des Économistes atterrés.

Faut-il avoir peur d'une crise financière ou économique déclenchée par la pandémie ?

"Les bourses, c’est l’écume. Elles jouent pour rechercher toujours du cash, le plus vite possible. Devant la menace que cette crise faisait planer sur l’économie mondiale, les investisseurs, qui sont des spéculateurs, se sont précipités pour liquider (au sens propre) leurs titres, avant que la baisse ne soit trop forte. Car cette crise sanitaire se déroule sur fond d’une crise structurelle fondamentale, extrêmement importante, qui couvait depuis des décennies et qui nous éclate à la figure.

"Mais la conséquence qui peut se produire ensuite, c’est que l’investissement se raréfie, que l’emploi soit menacé, que les entreprises perdent des commandes. Donc une contraction de l’activité économique qui, elle, aurait des conséquences fâcheuses sur l’économie, sur l’emploi. Le Bureau international du travail a diagnostiqué qu’il pourrait y avoir 25 millions d’emplois supprimés dans le monde, consécutivement à cette crise sanitaire."

Que peut l’État face à cette situation ?

"Au lieu d’avoir une banque centrale sur laquelle on pourrait s’appuyer pour prêter à taux zéro à l’État, dans ce moment difficile, la France et les autres États vont s’adresser aux marchés financiers en espérant glaner de l’argent, ce qui va aboutir à refaire partir les taux d’intérêt à la hausse. Donc on va avoir une dette publique qui va s’accroître encore.

"Nous sommes dans un cercle vicieux."

"S’il n’y avait que la crise sanitaire a surmonter, ce serait déjà beaucoup. Mais il y a en plus la transformation de notre système productif pour entamer cette fameuse transition sociale et écologique dont on nous parle beaucoup mais dont on ne voit jamais le début s’amorcer. La maîtrise du crédit, de la création de monnaie, de la banque centrale, nous ne l’avons plus. Donc les États qui veulent mettre de l’argent sur la table pour soutenir l’économie dans ce moment difficile, ils se tournent vers les marchés financiers, qui sont à l’origine finalement de la monstrueuse pagaille dans laquelle nous sommes. Nous sommes dans un cercle vicieux."

Quel est le lien entre Covid-19 et capitalisme ?

"Pourquoi le virus se développe-t-il et se propage-t-il avec cette rapidité et cette facilité extraordinaire ? Parce que toutes les vannes ont été ouvertes : la circulation des capitaux entraîne la circulation des marchandises, le transport généralisé extrêmement facile, sur lequel bien sur viennent se greffer tous les déchets. C’est ça qui explique la rapidité et la violence de cette propagation.

"Sa cause profonde, c'est la transformation mondiale de l'économie capitaliste."

"Aujourd’hui cette épidémie qui n’est pas la première et aura, espérons-le, moins de conséquences en décès, elle prend une ampleur tellement importante et favorise une propagation de la peur parce que le monde est connecté, ce qui n’était pas le cas au siècle dernier. Donc ça crée un climat qui est anxiogène, et la désorganisation sanitaire se doublant d’une désorganisation politique extrêmement forte, ne nous garantit pas, avec des moyens techniques beaucoup plus perfectionnés qu’il y a quelques décennies, de pouvoir vaincre facilement ce fléau. J’ai tendance (c’est une hypothèse) à le voir comme un capitalovirus. Sa cause profonde, en tout cas la rapidité avec laquelle il s’est répandu, c’est la transformation mondiale de l’économie capitaliste depuis des décennies."

Dans ce contexte, on sent l’État partagé : privilégier le sanitaire (confinement) ou l'économique (aller au travail) ?

"C’est plus qu’une ambiguïté, c'est une contradiction majeure. On croyait être épargnés par une épidémie. Le monde étant unifié maintenant, la fragmentation des chaînes de valeurs, qui correspond à une division internationale du travail, nous pète à la figure. On n’a plus aucune maîtrise sur les processus productifs. Pour produire des masques ou des gants en caoutchouc, ça paraît être quelque chose d’insurmontable.

"Nous sommes dénudés."

"A l’occasion de chaque crise, il y a une restructuration de l’appareil productif. Le problème est de savoir si cette restructuration se fera par le biais des multinationales qui se réorganiseront et qui créeront de nouveaux créneaux, ou bien si elle se fera parce que les puissances publiques, les sociétés, retrouveront une relative maîtrise sur ces processus.

"Le fait qu’on ait fait croire aux populations que finalement aujourd’hui nous étions en mesure de faire face à tout, nous met à nus. Nous sommes dénudés par l’évolution qu’a imposé le capitalisme au monde entier, il renforce notre fragilité. La crise écologique doublant la crise sociale, on est vraiment en face de problèmes que les politiques menées depuis des décennies ne peuvent pas résoudre."

Aller plus loin : - "Capitalovirus", Jean-Marie Harribey

Photo de Une : Marché financier - Licence Pixabay

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