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La pandémie révélatrice du dé-développement de la France

LES CLÉS DE L'ÉCO. La France a historiquement une spécialisation pharmaceutique et dans les industries de santé. On aurait pu penser que les choses eussent pu se passer autrement. C'était sans compter sur plusieurs indicateurs inquiétants.

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Les Clés De l'Éco

La pandémie révélatrice du dé-développement de la France

06/10/2020

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Tous les mardis à 6h40, 7h40, 8h40 et 12h40, des économistes bordelais vous font entendre leurs analyses à contre-courant des discours dominants dans la chronique Les Clés de l'éco. Cette semaine : Matthieu Montalban, maitre de conférence à l'université de Bordeaux, chercheur au Gretha, membre des économistes atterrés.

La pandémie révélatrice du dé-développement de la France

Les semaines précédentes, mes collègues ont évoqué la question du plan de relance à la suite de la pandémie de COVID19, relance qui s’entend habituellement dans la bouche des économistes, comme une augmentation de la demande pour permettre la reprise de la croissance et de l’emploi, une reprise dite en V.

Ce type d’actions keynésiennes se justifient lorsque la crise est caractérisée par une insuffisance de demande globale. Personnellement, dans l’émission d’aujourd’hui comme dans les prochaines, je m’intéresserai à ce qu’on appelle traditionnellement l’offre, c’est-à-dire le système productif, l’industrie, les entreprises etc. Pourquoi s’intéresser à l’offre ?

D’abord, parce que si une relance de la demande a lieu alors que des problème d’offre surviennent comme des goulots d’étranglement ou des problèmes d’approvisionnement, alors cette relance serait en partie inefficace ou amènerait des tensions sur les prix des produits où ces goulots apparaissent. Ensuite, parce que si des problèmes de demande existent dans la crise actuelle, comme l’indique d’ailleurs Robert Boyer dans une tribune pour le Monde, elle n’est pas seulement ni même d’abord une crise de retournement conjoncturel endogène de la demande, bref à une récession liée à un cycle d’affaires « classique ». Cette crise est née de la réaction des états face au risque pandémique, relativement exogène au système économique, via des confinements partiels ou totaux, amenant un arrêt politique total ou partiel de l’économie.

Si comme l’a dit Jean-Marie Harribey, la globalisation capitaliste a favorisé la diffusion du virus, ce n’est pas le capitalisme qui en est à l’origine. La conséquence de ces confinements a été et est encore l’impossibilité pour certaines entreprises ou travailleurs de travailler et produire, on pense aux boîtes de nuit, aux salles de sport, à certaines compagnies aériennes, aux bars après 22h etc. et également, l’impossibilité de consommer pour les consommateurs, puisque les biens et services qui ne sont plus produits ne sont tout bonnement plus disponibles. Nous avons d’ailleurs vécu des périodes de ruptures d’approvisionnement en France de plusieurs biens (médicaments, respirateurs, masques, écovillons etc.).

Cela s’explique par plusieurs facteurs, mais l’un d’entre eux est essentiel : c’est bien la globalisation de la chaîne de valeur, qui a été perturbée par les restrictions prises par les états face à la pandémie. Avec la globalisation, la France a subi une désindustrialisation importante, et qui a été plus forte que la plupart de ces voisins ces 20 dernières années, du fait de sa moindre grande spécialisation antérieure et de son mode de régulation. Si bien que pendant la pandémie, la France s’est retrouvée comme une économie dépendante dans ses approvisionnements, une sorte de pays en voie de dé-développement.

Notons que si l’impact récessif va affecter tout le monde, les spécialisations industrielles de la France (tourisme, aéronautique, automobile notamment) ne sont pas de nature à faciliter une reprise rapide. Pourtant, la France a historiquement une spécialisation pharmaceutique et dans les industries de santé de longue date, si bien qu’on aurait pu penser que les choses eussent pu se passer autrement. Mais cela est oublier que nous subissons quotidiennement des ruptures d’approvisionnement de médicaments depuis presque dix ans, du fait de la concentration d’une partie de la fabrication des principes actifs en Chine et en Inde, à la fois pour des raisons de coûts mais aussi parce que ce sont de nouveaux marchés en croissance forte et sont débouchés importants pour les firmes.

Ensuite, les écarts de prix pour un même médicament entre pays amène un commerce dit parallèle, totalement légal dans l’UE, pour des importateurs qui profitent des écarts de prix entre pays à bas prix comme la France, par rapport aux pays à haut prix (UK par exemple), générant des problèmes d’approvisionnement dans les pays à bas prix. Ainsi, cette crise révèle brutalement des fragilités dans le régime d’insertion internationale de l’économie française (et plus généralement des économies Occidentales) et à nouveau, le basculement de la puissance économique vers l’Asie, au en particulier la Chine. En exagérant et en faisant un parallèle avec un titre de der Spiegel parlant de Paris, toute la France semble ne plus être qu’une grande terrasse pour touristes, en difficulté pour produire ses propres biens essentiels.

Cette pandémie fut aussi un révélateur du sous-financement des services publics, qui n’ont tenu que par l’engagement des personnels, à bout de souffle. Plus généralement, cette crise révèle qu’avoir un appareil productif et des politiques industrielles adéquates sont des questions essentielles pour la souveraineté économique mais aussi sanitaire, souveraineté qui signifie tout simplement ne pas être à la merci des décisions des grands groupes, qui peuvent négocier des prix élevés par exemple, ou d’autres états. Évidemment la situation n’est pas inéluctable, si on met en place les politiques adéquates. Avant d’évoquer cela, nous verrons la prochaine fois que cette crise affecte la productivité du travail et qu’elle accentue des tendances et des débats nés depuis la dernière crise sur un possible état stationnaire.

Les Clés de l'éco ? C'est une nouvelle chronique, tous les mardis à 6h40, 7h40, 8h40, 12h40 sur La Clé des Ondes. Des économistes bordelais s'y succéderont pour vous faire entendre leurs analyses à contre-courant des discours dominants. Une sorte d'antidote aux chroniques de Dominique Seux (sur France Inter) et autres journalistes-éco amoureux des vieilles recettes patronales !

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