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LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Pierre Hurmic : "On n'est pas là juste pour verdir la ville mais pour répondre aux urgences écologiques et sociales"

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Depuis qu'elle a fini à 96 voies derrière le maire sortant Nicolas Florian, la liste Bordeaux Respire voit la possibilité d'entrer au Palais Rohan pour diriger les affaires. Entretien avec sa tête de liste Pierre Hurmic.

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L'invité.e

7h15-9h15 - Pierre Hurmic, tête de liste de Bordeaux Respire

Diffusé le 24/06/2020

La Clé des Ondes : Vous estimez que la communication offensive avec mailing et phoning du maire sortant traduit la fébrilité à laquelle il cède. Le tribunal ne vous a pas entendu et s'est prononcé incompétent concernant les reproches que vous faites à Nicolas Florian d'entretenir la confusion entre ses statuts de maire sortant et de candidat afin d'obtenir des procurations d'électeurs...

Pierre Hurmic : Le rôle de la justice n'est pas de qualifier ce qui est éthique ou pas. C'est de savoir si la juridiction est compétente pour savoir si elle est la plus qualifiée pour trancher un litige de nature électorale.

Il y a deux juges : le judiciaire en période pré-électorale et l'administratif que vous pouvez saisir pour contester les élections. On a choisi de saisir le juge judiciaire pour dire qu'il y avait un trouble manifestement illicite et pour dire qu'il fallait mettre ce débat rapidement sur la place publique, sans attendre les résultats dont tout le monde ignore l'issue.

Le juge judiciaire nous a simplement invité à saisir le juge administratif. Il se déclare seulement incompétent. Il ne fait pas droit à la demande de Nicolas Florian de nous débouter. Le moment venu, on prendra nos responsabilités en fonction des résultats de l'élection.

On ne peut pas dire que ça soit une victoire, pas une défaite non plus. C'est une péripétie judiciaire mais nous considérons qu'il y a au départ un manquement éthique de Nicolas Florian.

Pourquoi ferait-il preuve de fébrilité alors qu'un sondage le donne gagnant de 9 points devant vous (49% contre 40%) ?

Les sondages du premier tour le donnaient aussi largement vainqueur. Certains avec plus de 10 points d'avance sur nous. Je regarde seulement le résultat du premier tour. C'est là qu'est née la fébrilité. Ça l'a amené à s'allier avec son meilleur ennemi d'hier, Thomas Cazenave [LREM].

Ils se sont copieusement invectivés - surtout Cazenave vers Florian - en se traitant de menteurs, de pantouflards en disant ne pas partager les mêmes valeurs, les mêmes convictions, les mêmes visions de la ville.

La fébrilité les a amenés à dire que les meilleurs ennemis du monde vont devenir les meilleurs amis. Le candidat En Marche qui disait incarner le renouveau dit maintenant se battre pour la réélection du maire de Bordeaux. Quand vous voulez incarner le renouveau, vous ne vous alliez pas avec les forces conservatrices locales.

Vous dites répondre aux urgences climatiques et vouloir de la justice sociale, que se passe-t-il le 28 juin si vous êtes élu maire ?

Pour l'urgence écologique, on va arriver dans une période caniculaire. Il faut d'urgence végétaliser la ville. Ainsi, vous pouvez gagner 5 degrés, dans une ville minérale comme celle de Bordeaux. On mettra des arbres partout où on peut en mettre.

Le maire aurait eu le temps de le faire depuis l'an dernier. Il ne l'a pas fait. Nous le ferons.

Nous arrêterons de vendre la ville à la promotion immobilière. On sauvegardera nos derniers espaces de nature car c'est un impératif pour répondre aux urgences climatiques.

Dans le domaine social, nous nous attellerons au problème du logement. Le maire de Bordeaux et son équipe, jusqu'à présent, nous disent que la loi de l'offre et de la demande permettra d'auto-réguler. Mais on s'est rendu compte qu'on a beaucoup construit à Bordeaux et que malgré ça on ne peut plus se loger. Cette idéologie libérale pense qu'il y aura une autorégulation du marché, ça ne marche pas.

On a donc décidé de créer immédiatement un service public du logement. Il fera en sorte qu'on puisse mobiliser des logements vacants à Bordeaux. Il y en a 11 000. Les mobiliser ce n'est pas forcément tous les réquisitionner. Certains sont possédés par des personnes âgées qui n'ont pas les moyens de les remettre aux normes. Nous ferons tout pour les remettre sur le marché.

Il y a des indivisions, des logements qui peuvent être vides entre six mois et deux ans. Et il y a beaucoup à Bordeaux - comme dans beaucoup de grandes villes - des produits spéculatifs. Le prix du foncier à Bordeaux augmente tellement vite que si vous êtes un investisseur - souvent institutionnel comme une banque ou une assurance - même sans le louer, votre logement vous fait gagner automatiquement de l'argent. On est prêt pour ceux là à faire jouer le droit de réquisition.

Sur le thème de l'économie, vous dites qu'il faut faire l'inverse de la majorité actuelle. Autrement dit, il faut travailler avec la région - qui a cette compétence. Vous avancez l'idée d'affronter Eiffage, Pichet, Bouygues. Pourquoi cette offensive, et quelle proposition faites-vous ?

Je le redis : la ville a été vendue aux promoteurs immobiliers. Nous avons toujours les mêmes enseignes : Vinci, Eiffage, Bouygues et Pichet - ancien employeur du maire actuel. Ils construisent uniquement sur des espaces de nature car ils y gagnent plus d'argent.

Il est plus compliqué de faire de la dentelle pour voir les logements améliorables, ou qui peuvent faire l'objet d'une rénovation thermique... C'est plus compliqué que de construire les grands ensembles comme le font ces promoteurs immobiliers.

La ville aura un service dédié au logement et à la politique foncière de la ville. Ce qui n'est pas le cas. Ces lobbies là vont se sentir spoliés si la politique municipale change, comme nous le souhaitons.

Vous vous êtes prononcé pour inscrire le quartier du Grand-Parc en territoire Zéro Chômeur. Avez-vous renforcé ces questions sociales parce que Philippe Poutou se maintenait au second tour ?

Ce qui nous a amenés à muscler le discours sur le terrain économique, ce n'est pas Philippe Poutou mais la crise qu'on a traversée. La crise sanitaire débouche sur une crise économique extraordinaire que personne n'avait envisagée avant le premier tour.

Nous nous sommes dits qu'il fallait des réponses rapides et concrètes à cette crise économique et sociale qui est aussi présente dans Bordeaux. Les jours difficiles que nous avons vécus nous amènent à modifier le programme sur ces urgences économiques et sociales.

Ceci étant, nous n'avons attendu personne pour dire que l'urgence écologique ne peut pas se décliner sans urgence sociale. Nous ne réussirons pas la transition écologique de Bordeaux si nous ne la faisons pas dans un soucis de justice sociale. Nous l'avons dit dès le premier tour. C'est un impératif.

Notre vision de l'écologie est sociale. Nous ne sommes pas des environnementalistes. On n'est pas là pour verdir la ville mais pour changer la ville et répondre à toutes les urgences actuelles écologiques, sociales, économiques et démocratiques pour que cette ville respire mieux.

Le trafic aérien est au cœur de ces questions. Il s'est effondré. Aussi, certaines lignes intérieures dont Mérignac-Orly pourrait être supprimées, et il y a aussi l'alerte des syndicats CGT Métallurgie de Gironde sur les menaces qui pèsent sur les 27 000 emplois. Que faire pour concilier fin du monde et fin du mois sur ce thème ?

Sur le plan écologique c'est incontournable. Un climatologue comme Hervé Le Treut dit qu'il faut supprimer les lignes aériennes intérieures surtout s'il y a une alternative par le train. Il dit que ce n'est pas un choix idéologique ou économique mais un impératif climatique.

Au moment où le gouvernement s'apprête à le faire, c'est dommage de voir une telle levée de boucliers pour dire que ce n'est pas possible. Il ne faut pas le faire du jour au lendemain mais que ce soit un objectif.

Parmi les levées de boucliers, il y Alain Rousset, socialiste et président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui vous a apporté son soutien...

On n'est pas tous d'accord. Pour moi, la politique ce n'est pas le régiment. Je peux avoir des gens, avec qui je travaille, et avec lesquels je ne suis pas d'accord sur tout. Avec Alain Rousset, j'ai beaucoup de points de convergence mais sur un certain nombre de points j'ai des divergences.

Vous parliez de la politique économique, la loi donne son pilotage à la région donc la ville doit travailler avec la région. Il faut qu'on arrête de faire cavalier seul.

J'en reviens aux salariés de l'aéronautique, que vous évoquiez, et à leur soucis que je comprends parfaitement. Mais, c'est paradoxal que les majors de l'aéronautique réagissent à cette annonce de suppression de ligne aérienne en disant : "si c'est supprimé, on va aller à Montpellier ou Toulouse". Ce chantage à l'emploi est inadmissible.

C'est inadmissible comme les très riches qui disent : "si on augmente les impôts, je vais en Suisse". Il faut prendre ses responsabilités. Ce chantage que font systématiquement les grosses boites et les très riches, je trouve ça inadmissible.

Le rôle du politique c'est d'y résister, surtout face à des boites qui ont reçu de l'argent public. Je suis pour la conditionnalité écologique et sociale, qui fait qu'il leur faudra rembourser les aides ou les infrastructures s'ils délocalisent. Le rôle du politique n'est pas de dire Amen à tous les oukases du monde économique.

Le maire de Bordeaux ne doit plus emboiter le pas des grandes entreprises, certes bien implantées ici avec leurs 35 000 emplois. Pour maintenir leur supériorité, ils osent dire que demain ils seront 50 000. Des politiques sont assez gogos pour le croire. Partout, des emplois sont supprimés dans l'aéronautique et à Bordeaux on amènerait 15 000 emplois en plus ? Ce n'est pas vrai.

D'abord, il faut consolider l'emploi qu'ils ont. Ils le doivent à leurs salariés, aux pouvoirs publics qui les ont aidés. Il faut qu'on se bagarre pour ces emplois qui sont très qualifiés.

Comme toujours, la Clé des Ondes tente de faire dialoguer les gauches autant que faire se peut. On vous pose donc cette question : si Philippe Poutou et sa liste Bordeaux En Luttes entrent au conseil municipal, qu'apportera-t-il selon vous ?

Une diversité. Il pèse 11% dans une élection municipale [au premier tour, ndlr]. Il représente donc beaucoup d'électeurs. Je suis trop respectueux du suffrage universel pour marginaliser qui que ce soit. Il porte une sensibilité qui a le droit d'être représentée au conseil municipal.

Il apportera ses idées. Je serais content de lui souhaiter bienvenue quelle que soit la place que j'occuperai dans ce conseil municipal. Mais j'espère aussi que ses électeurs feront tout pour que la ville de Bordeaux bascule et qu'elle ne reste pas entre les mains de Nicolas Florian et son équipe. Le vrai enjeu est là.

Nous avons pratiquement fait jeu égal avec le maire sortant au premier tour. Le principal enjeu, aujourd'hui, ce n'est pas le match Poutou-Hurmic. Le vrai match c'est entre les deux listes arrivées à égalité avec deux modèles de ville totalement différents. Je me bats pour que les Bordelais fassent le choix du changement, de l'écologie, de l'avenir et pas celui du conservatisme pantouflard du maire sortant.

Je compte sur tous les électeurs pour nous aider à faire basculer la ville de Bordeaux dans le camp de l'écologie et de la solidarité.

Nos entretiens du second tour :

Philippe Poutou : "On les emmerde, mais on est là"

Pierre Hurmic : "On n'est pas là pour verdir la ville mais pour répondre aux urgences écologiques et sociales"

Nos entretiens du premier tour :

Bordeaux Respire - Pierre Hurmic : "Une fois aux manettes, on pourra même aller au-delà de notre programme"

Bordeaux En Luttes - "Il y a une possibilité d'envoyer Philippe Poutou, ouvrier, au conseil municipal de Bordeaux"

Lutte Ouvrière - Fanny Quandalle : "S'il y avait une municipalité ouvrière, elle servirait d'appui à la population"

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