La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

PODCAST. "Une heure et on règle nos comptes avec le Travail"

  • Luttes
  • Culture
  • Social-éco

On va pas se mentir il nous faudrait bien plus qu'une heure mais c'est un début (et une première) pour le Chœur des ChômeuRses. Elles sont neuf à avoir ouvert ce QG radiophonique dans le cadre du Mini-Chahuts. Présentation.

Commande du podcast

1h12m

Émissions spéciales

Découvrez le Chœur des ChômeuRses

Diffusé le 14/06/2020

Elles sont neuf dans le studio (de gauche à droite sur la photo) : Mariele, Pauline, Isabelle, Betty, Delphine, Juiette, Perrine, Emilie, Elodie. Et il y a Dina, au téléphone car coincée en Russie à cause du coronavirus.

Présentation du Choeur des ChômeuRses (par elles-mêmes) :

Choeur de Chomeurses est une proposition de Dina Khuseyn et Mariele Baraziol commissionnée par Chahuts. C’est une enquête, une promesse, une reconstruction, une refondation de la dialectique chômage/travail dont cette fenêtre médiatique est une composante. Les personnes ici présentes, et on les en remercie chaleureusement, ont répondu présentes à l’invitation de Chahuts et des artistes pour prendre part, avec leurs expériences personnelles, à une réflexion et une création collective, imaginée comme mi-chorale, mi-manif, résolument expérimentale et performative.

En raison du confinement et des mesures sanitaires, la préparation du Chœur et de son œuvre n’ont pas pu se dérouler comme prévu mais le conjoncture, riche en remise en question de la notion de travail et des principes de sa valorisation, a redoublé nos motivations et nous a incitées à démarrer le projet d’abord en visio puis début juin en chair et en os. Emilie Houdent nous a rejoint, à partir du déconfinement. Le processus de création est voué à se poursuivre au-delà du Mini-Chahuts mais nous avons conjointement souhaité présenter un point d’étape.

Nous avons fait le choix pour le titre d’une écriture inclusive stylisée pour marquer la position spécifique des femmes dans le rapport au travail comme point de départ de notre réflexion. Dans sa version mini actuelle le Chœur se chômeurses ne se compose que de femmes mais est voué à s’élargir.

Femmes, artistes, curatrices, nous explorons par nos pratiques des formes et des cadres de travail singuliers dans lesquels production et rémunération ne se correspondent pas et ne sont que rarement simultanées. Nous estompons les limites qui habituellement distinguent travail et loisir, travail et bénévolat, travail et activité culturelle, travail et recherche, travail et conversation, travail et mobilisation politique. Nous entre-croisons tâches domestiques et tâches publiques.

De cette position hybride, émergent des questionnements sur les cadres éminemment structurant que le travail imprègne à la société. Nous avons formé le projet d’observer la manière dont les évolutions sociétales impactent les relations de travail et le rapport au travail, et quels enjeux psychologiques, sociaux, éthiques et politiques traduisent les ruptures et les renoncements ou au contraire les persistances et les prolongations. Sur quels paradigmes se jouent la résistance aux deux extrémités du spectre chômage-travail. Spectre dans les deux sens du terme, échelle graduée de l’activité et spectre comme fantôme ou l’illusion d’une dichotomie entre chômage et travail.

Le chômage, en effet, loin d’être une tranche ou un choix de vie sans activité, se caractérise souvent davantage par une séquence d’activités sans subordination et la plupart du temps non rémunérée. Quand on est au chômage, on fait des tas de trucs, tout ce que l’on n’a pas le temps de faire quand on travaille, tâches domestiques, bénévolat, activité artistique et culturelle, recherche (d’emploi), lutte politique voire juridique contre son ancien employeur, recherche sur soi, thérapies nécessaires à la reconstruction après une expérience douloureuse...

Toutes ces activités ont une valeur, elles comptent pour les individus et ou pour la société, mais ne sont pourtant pas rémunérée. Elles ont pour point commun de se réaliser hors de tout régime de subordination. Bernard Friot, théoricien du salaire de qualification à la personne (salaire de base) pose la question: une rémunération ne peut-elle se justifier qu’en regard d’une subordination ? On conçoit que dans le système de la valeur, le sentiment d’un manque de reconnaissance peut s’expliquer par une absence ou une insuffisance de rémunération.

Mais alors, la société serait-elle assez masochiste pour ne prodiguer de la reconnaissance qu’au moyen de rapports de subordination ?  Et ne sommes-nous pas d’une certaine façon tous subordonnés, au profit, au marché, à la bureaucratie, aux procédures, à l’organisation, à la dette, à la hiérarchie, à la consommation ? L’interruption d’un emploi lève le voile sur les subordinations auxquelles nous nous souscrivons malgré nous. Le confinement a t-il permis d’y voir plus clair ?  

Le régime de la subordination a innervé la société au point d’affecter des relations non sanctionnées par une rémunération, - avec les femmes, les migrants, les non blancs, les pauvres, les enfants, et aussi avec la nature, la terre, la mer, les animaux, l’espace.  Quelques territoires de résistance préservent une lueur d’espoir: l’art peut être en est un, et notamment la musique et la danse. Bien qu’elles n’aient échappé aux logiques néolibérales, la musique et la danse se fondent dans leur essence sur des rapports de complémentarité: l’harmonie, l’unisson, l’alternance. Au cœur de la partition le schéma hiérarchique est inopérant.

C’est à partir de ces processus de délibération, de tâtonnement, de répétitions, de tissage de responsabilités complémentaires qui constituent la création, que nous avons eu à coeur de questionner le travail et d’en réinventer les cadres.  Choeur de chômeur.ses, à l’instar de toutes nos initiatives artistiques nourrit l’ambition de faire se rejoindre la forme et le fond, de penser ce qu’on y fait et de faire ce qu’on y pense dans un seul mouvement.”

Avec le confinement, on a substitué la subsistance à la croissance. On a réalisé que les activités de première nécessité ne sont pas estimées à leur juste valeur et qu’elles sont exercées en majorité par les femmes. On est nombreux.ses à être devenu.e.s chômeurs.ses et/ou “femmes au foyer”. Cette expérience inédite généralisée résonnait ainsi avec nos questionnements sur travail, chômage, activité, emploi, salaire de base... Le confinement a présenté l’avantage de nous mettre tous.tes en situation, aussi bien les participant.e.s, que les artistes et les salarié.e.s de Chahuts. Et c’est bien là la puissance de l’art que de proposer le cadre même de sa production à la critique et la déconstruction et on remercie Chahuts de sa confiance pour se laisser prendre à ce jeu. Il s’agit pour nous d’envisager chaque étape de la fabrication artistique comme un épisode du récit à venir. Et en l’espèce, cette émission ! Merci donc à la clefs des ondes de nous en offrir le cadre.

LA SUITE EST A RETROUVER DANS LE PODCAST

On ajoute que

Pour contacter Chahuts, ça se passe par là

Pour connaître la programmation de ce Mini-Chahuts, c'est par ici

Dans ce podcast, la place est faite aux témoignages et créations. Aussi, des extraits de textes seront lus comme "Bartleby" de Herman Melvile et "Bullshit job" de David Graeber.

Le générique est un extrait de The Divine Comedy - You'll Never Work In This Town Again

Musiques bonus de fin :

The Divine Comedy - You'll Never Work In This Town Again

Les Vilars - Démission

Les podcasts

Commande du podcast

1h59m

Trait d'Union

Diffusé le 02/07/2020

Commande du podcast

1h04m

Climat de Luttes

Reportage à Belin-Beliet contre l'implantation d'Alibaba sur 19ha de zone humide

Diffusé le 02/07/2020

Commande du podcast

2h29m

Trait d'Union

Diffusé le 01/07/2020

Commande du podcast

16m

Point Chaud

Actu du jour : les aides soignantes se font entendre devant le conseil départemental de Gironde

Diffusé le 01/07/2020

TOUS NOS PODCASTS
Lecture / Pause de la radio ou d'un podcast
ECOUTER LA RADIO
/
Retour au direct