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	<title>Chronique D&amp;#039;Une Révolution Egyptienne</title>
	<link>https://www.lacledesondes.fr/podcasts/archives-chronique-dune-revolution-egyptienne/</link>
	<description><![CDATA[ÉMISSION DIFFUSÉE POUR LES 10 ANS DE LA RÉVOLUTION EN 2021

Un homme tend ces quelques mots : "Non à la misère, non au chômage, non à la torture"

La photo est de Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d'une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.

En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute "officiellement" le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l'évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.

Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.]]></description>
	<language>fr-fr</language>
	<copyright>© 2026 La Clé des Ondes</copyright>
	<lastBuildDate>Fri, 29 Jan 2021 00:00:00 +0100</lastBuildDate>
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Un homme tend ces quelques mots : "Non à la misère, non au chômage, non à la torture"

La photo est de Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d'une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.

En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute "officiellement" le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l'évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.

Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

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		<title>Révolution égyptienne (10) : la fin de l&amp;#039;histoire ?</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Dernier épisode parce, rentrée en France en juillet 2012,  je n’ai pas plus d’expertise pour lire les journaux en ligne que quiconque. La plupart de mes contacts, page Facebook, ou site de blogueurs ont été fermés depuis le coup d’État de Sissi. La plupart des activistes croupissent en prison. Certains sont morts ou mortes sous la torture. D’autres ont tout simplement disparu. 

Disparus
La disparition est une pratique des sbires de la « Sécurité » qui est apparu au grand jour lors de la celle du chercheur italien Giulio Regeni.  Giulio préparait une thèse d’économie à l’université de Cambridge sur le mouvement ouvrier en Egypte, et plus précisément sur les syndicats indépendants. Il a disparu le 25 janvier 2016, un jour où la police et l’armée étaient « sur les dents » et redoutaient des célébrations du cinquième anniversaire . Bien sûr les autorités ont nié avoir la moindre information sur son lieu de détention. Le 3 février, la dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée dans le fossé d’une banlieue du Caire. Son corps à moitié nu comportait des traces de sévices notamment « des brûlures de cigarettes autour des yeux et sous la plante des pieds ».

Le Premier ministre Matteo Renzi a appelé le président Sissi pour exiger que « les responsables de cet horrible crime soient livrés à la justice » provoquant un gel des relations diplomatiques entre les deux pays … pendant un an et demi. L’engagement de nos dirigeants pour les droits humains se dissout assez vite dans d’autres considérations, comme chacun sait. 

Photographie ©Aljazeera montrant la détermination du président Macron à lutter pour les droits de l'homme (décembre 2020)

Le lundi 7 décembre 2020, Macron a reçu avec tapis rouge celui que la presse appelle « son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi » (ce qui n’est pas flatteur pour Macron). Un gala a même été donné en son honneur à l’Elysée et Sissi a été reçu en grande pompe par Anne Hidalgo (honte définitive à elle) à la mairie de Paris. Sissi a même été décoré de la grand-croix de la légion d’honneur par Macron. Seule la télévision égyptienne a été autorisée à filmer tout ça et c’est le site de la présidence égyptienne qu’on peut en voir les images. (je mets le lien)

On imagine, pour tous les Egyptiens épris de liberté, qui ont, comme je l’ai mentionné plusieurs fois, la révolution française comme modèle et la conviction que notre pays est encore celui des droits de l’homme, le découragement et la colère que produisent ces images.

Photographie ©Aljazeera du président Macron exigeant avec fermeté la libération de tous les prisonniers politiques en Egypte (décembre 2020)

Rapport Amnesty International
Aujourd’hui, dans les prisons d’Egypte la population a explosé depuis le coup d’État de 2013. Amnesty International évalue à 114 000 le nombre de prisonniers (plus du double de la capacité carcérale de 55 000) ce qui correspond à 1,1 m² par prisonnier.e en moyenne. Aucune mesure sanitaire n’a été prise depuis le début de l’épidémie du Covid si ce n’est de jeter sans soin dans des cellules d’isolement encore plus terribles, les personnes atteintes.

De nombreux détenus sont sans soin et en très mauvais état de santé. 

Zyad el Elaimy, ancien parlementaire et l’une des figures de proue des manifestations du 25 janvier 2011 (arrêté avec Hisham Fouad et Hossam Moanis, alors qu’ils fondaient une coalition politique en vue des élections législatives de 2020).

Abdelmoniem Aboulfotoh, 69 ans, ancien candidat à l’élection présidentielle et fondateur d’un parti d’opposition

Des dizaines meurent en prison (37 en 2020) comme Shady Habash, cinéaste de 24 ans,  mort le 2 mai 2020.

Après plusieurs années de détention à l’isolement et de soins médicaux insuffisants, l’ancien président Mohamed Morsi est mort en juin 2019 pendant une audience au tribunal.

À la suite des manifestations de septembre 2019, la sûreté de l’État a o…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Dernier épisode parce, rentrée en France en juillet 2012,  je n’ai pas plus d’expertise pour lire les journaux en ligne que quiconque. La plupart de mes contacts, page Facebook, ou site de blogueurs ont été fermés depuis le coup d’État de Sissi. La plupart des activistes croupissent en prison. Certains sont morts ou mortes sous la torture. D’autres ont tout simplement disparu. <br />
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Disparus<br />
La disparition est une pratique des sbires de la « Sécurité » qui est apparu au grand jour lors de la celle du chercheur italien Giulio Regeni.  Giulio préparait une thèse d’économie à l’université de Cambridge sur le mouvement ouvrier en Egypte, et plus précisément sur les syndicats indépendants. Il a disparu le 25 janvier 2016, un jour où la police et l’armée étaient « sur les dents » et redoutaient des célébrations du cinquième anniversaire . Bien sûr les autorités ont nié avoir la moindre information sur son lieu de détention. Le 3 février, la dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée dans le fossé d’une banlieue du Caire. Son corps à moitié nu comportait des traces de sévices notamment « des brûlures de cigarettes autour des yeux et sous la plante des pieds ».<br />
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Le Premier ministre Matteo Renzi a appelé le président Sissi pour exiger que « les responsables de cet horrible crime soient livrés à la justice » provoquant un gel des relations diplomatiques entre les deux pays … pendant un an et demi. L’engagement de nos dirigeants pour les droits humains se dissout assez vite dans d’autres considérations, comme chacun sait. <br />
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Photographie ©Aljazeera montrant la détermination du président Macron à lutter pour les droits de l&apos;homme (décembre 2020)<br />
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Le lundi 7 décembre 2020, Macron a reçu avec tapis rouge celui que la presse appelle « son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi » (ce qui n’est pas flatteur pour Macron). Un gala a même été donné en son honneur à l’Elysée et Sissi a été reçu en grande pompe par Anne Hidalgo (honte définitive à elle) à la mairie de Paris. Sissi a même été décoré de la grand-croix de la légion d’honneur par Macron. Seule la télévision égyptienne a été autorisée à filmer tout ça et c’est le site de la présidence égyptienne qu’on peut en voir les images. (je mets le lien)<br />
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On imagine, pour tous les Egyptiens épris de liberté, qui ont, comme je l’ai mentionné plusieurs fois, la révolution française comme modèle et la conviction que notre pays est encore celui des droits de l’homme, le découragement et la colère que produisent ces images.<br />
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Photographie ©Aljazeera du président Macron exigeant avec fermeté la libération de tous les prisonniers politiques en Egypte (décembre 2020)<br />
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Rapport Amnesty International<br />
Aujourd’hui, dans les prisons d’Egypte la population a explosé depuis le coup d’État de 2013. Amnesty International évalue à 114 000 le nombre de prisonniers (plus du double de la capacité carcérale de 55 000) ce qui correspond à 1,1 m² par prisonnier.e en moyenne. Aucune mesure sanitaire n’a été prise depuis le début de l’épidémie du Covid si ce n’est de jeter sans soin dans des cellules d’isolement encore plus terribles, les personnes atteintes.<br />
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De nombreux détenus sont sans soin et en très mauvais état de santé. <br />
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Zyad el Elaimy, ancien parlementaire et l’une des figures de proue des manifestations du 25 janvier 2011 (arrêté avec Hisham Fouad et Hossam Moanis, alors qu’ils fondaient une coalition politique en vue des élections législatives de 2020).<br />
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Abdelmoniem Aboulfotoh, 69 ans, ancien candidat à l’élection présidentielle et fondateur d’un parti d’opposition<br />
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Des dizaines meurent en prison (37 en 2020) comme Shady Habash, cinéaste de 24 ans,  mort le 2 mai 2020.<br />
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Après plusieurs années de détention à l’isolement et de soins médicaux insuffisants, l’ancien président Mohamed Morsi est mort en juin 2019 pendant une audience au tribunal.<br />
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À la suite des manifestations de septembre 2019, la sûreté de l’État a o…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>Comment la contre-révolution a réussi à manœuvrer une grande partie des révolutionnaires. Mais la nuit noire dans laquelle le coup d&apos;Etat du sanguinaire al-Sissi a plongé l&apos;Egypte n&apos;est pas éternelle.</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Dernier épisode parce, rentrée en France en juillet 2012,  je n’ai pas plus d’expertise pour lire les journaux en ligne que quiconque. La plupart de mes contacts, page Facebook, ou site de blogueurs ont été fermés depuis le coup d’État de Sissi. La plupart des activistes croupissent en prison. Certains sont morts ou mortes sous la torture. D’autres ont tout simplement disparu. 

Disparus
La disparition est une pratique des sbires de la « Sécurité » qui est apparu au grand jour lors de la celle du chercheur italien Giulio Regeni.  Giulio préparait une thèse d’économie à l’université de Cambridge sur le mouvement ouvrier en Egypte, et plus précisément sur les syndicats indépendants. Il a disparu le 25 janvier 2016, un jour où la police et l’armée étaient « sur les dents » et redoutaient des célébrations du cinquième anniversaire . Bien sûr les autorités ont nié avoir la moindre information sur son lieu de détention. Le 3 février, la dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée dans le fossé d’une banlieue du Caire. Son corps à moitié nu comportait des traces de sévices notamment « des brûlures de cigarettes autour des yeux et sous la plante des pieds ».

Le Premier ministre Matteo Renzi a appelé le président Sissi pour exiger que « les responsables de cet horrible crime soient livrés à la justice » provoquant un gel des relations diplomatiques entre les deux pays … pendant un an et demi. L’engagement de nos dirigeants pour les droits humains se dissout assez vite dans d’autres considérations, comme chacun sait. 

Photographie ©Aljazeera montrant la détermination du président Macron à lutter pour les droits de l'homme (décembre 2020)

Le lundi 7 décembre 2020, Macron a reçu avec tapis rouge celui que la presse appelle « son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi » (ce qui n’est pas flatteur pour Macron). Un gala a même été donné en son honneur à l’Elysée et Sissi a été reçu en grande pompe par Anne Hidalgo (honte définitive à elle) à la mairie de Paris. Sissi a même été décoré de la grand-croix de la légion d’honneur par Macron. Seule la télévision égyptienne a été autorisée à filmer tout ça et c’est le site de la présidence égyptienne qu’on peut en voir les images. (je mets le lien)

On imagine, pour tous les Egyptiens épris de liberté, qui ont, comme je l’ai mentionné plusieurs fois, la révolution française comme modèle et la conviction que notre pays est encore celui des droits de l’homme, le découragement et la colère que produisent ces images.

Photographie ©Aljazeera du président Macron exigeant avec fermeté la libération de tous les prisonniers politiques en Egypte (décembre 2020)

Rapport Amnesty International
Aujourd’hui, dans les prisons d’Egypte la population a explosé depuis le coup d’État de 2013. Amnesty International évalue à 114 000 le nombre de prisonniers (plus du double de la capacité carcérale de 55 000) ce qui correspond à 1,1 m² par prisonnier.e en moyenne. Aucune mesure sanitaire n’a été prise depuis le début de l’épidémie du Covid si ce n’est de jeter sans soin dans des cellules d’isolement encore plus terribles, les personnes atteintes.

De nombreux détenus sont sans soin et en très mauvais état de santé. 

Zyad el Elaimy, ancien parlementaire et l’une des figures de proue des manifestations du 25 janvier 2011 (arrêté avec Hisham Fouad et Hossam Moanis, alors qu’ils fondaient une coalition politique en vue des élections législatives de 2020).

Abdelmoniem Aboulfotoh, 69 ans, ancien candidat à l’élection présidentielle et fondateur d’un parti d’opposition

Des dizaines meurent en prison (37 en 2020) comme Shady Habash, cinéaste de 24 ans,  mort le 2 mai 2020.

Après plusieurs années de détention à l’isolement et de soins médicaux insuffisants, l’ancien président Mohamed Morsi est mort en juin 2019 pendant une audience au tribunal.

À la suite des manifestations de septembre 2019, la sûreté de l’État a o…]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution égyptienne (9) : un an après, ce jour que le pouvoir redoutait</title>
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		<pubDate>Thu, 28 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Premier anniversaire
Ce  25 janvier 2012, jour anniversaire, était redouté par le pouvoir. Mais sur la place, ce matin là, la fête était bien sage.

Peu de femmes, peu de jeunes et encore moins de révolutionnaires, pas de discussions politiques : des prêches à grand renfort de sonos, et des discours lénifiants sur la situation actuelle, prononcés devant un grand calicot évoquant l’anniversaire de la révolution et ses réalisations…

Ce sont bien sûr les Frères qui tiennent ainsi la place. Et ils se méfient. A la sortie de la première session parlementaire deux jours plus tôt, leurs députés ont été conspués par les jeunes qui les accusent d’avoir « volé la révolution ». 

L’ambiance a ensuite radicalement changé en début d’après-midi. Les marches organisées dans les quartiers d’Imbaba, de Guiza, de Mohendissin…, ont commencé à converger vers 15h. Les jeunes  de Kazaboon, du 6 avril, et des autres mouvements issus de la révolution ont réussi leur pari de mobiliser largement la population.

C’est un raz de marée humain et de nombreux cortèges n’ont même pas réussi à rentrer sur la place. Celui parti de Shubra, quartier populaire du Nord du Caire est haut en couleur, plein de femmes et de jeunes, qui réclament avec énergie « pain, liberté, et justice sociale », et la fin de la dictature militaire, le fameux irhal (dégage) étant recyclé au bénéfice du général Tantawi.

Couché sur le dessus d’un camion qui se fraye son chemin comme il peut, un obélisque portant le nom des martyrs de la révolution, est apporté en vue de le planter sur la place. La foule est si dense qu’on ne peut plus bouger.

Obélisque portant les noms des martyrs

Le souvenir des victimes est très présent. Elles sont estimées à près de 2000 pour les premiers mois de la révolution. Des femmes, des familles entières, sont venues en portant une simple photo. Ces familles sont très modestes car les jeunes qui ont péri sous les coups des nervis, des policiers, ou des militaires, sont très majoritairement issus des quartiers pauvres. A ces morts il faut ajouter les 12 000 arrestations, qui ont débouché sur plus de 8000 condamnations . Et les blessés, les plus spectaculaires étant ceux qui ont mené les combats rue Mohamed Mahmud en novembre, au cours desquels les policiers ont systématiquement tiré sur les manifestants en visant les yeux. Un peu comme les policiers français l’ont fait envers les Gilets jaunes, mais avec des balles réelles. 

Alors oui, c’est une journée de fête, mais de fête lucide et grave qui appelle à poursuivre ce qui a été commencé en janvier dernier, jusqu’à la chute du pouvoir militaire, jusqu’à un commencement de justice sociale, jusqu’à une vraie liberté. Et là, tout le monde en convient, on a à peine commencé !

Les murs prennent la parole
« A bas le pouvoir militaire ». C’est aussi ce que répète un pochoir, appliqué sur tous les murs. Le 29 janvier commencent les élections au sénat et tout le monde a hâte que le processus électoral aille à son terme. Mais s’il a fallu un an pour que la réalité de ce pouvoir militaire et ses liens organiques avec l’ancien régime sautent aux yeux d’une bonne partie des Egyptiens, combien de temps faudra-t-il pour que la mythologie qui entoure les Frères musulmans tombe à son tour ? 

Un acquis certain de cette révolution, c’est la prise de parole, et l’explosion artistique que rien ne semble arrêter. Je mets sur le site une série de graffitis, pochoirs, croquis, fresques murales et même toiles peintes sur place pendant ces jours anniversaires. Ces œuvres ont été défendues pendant de long mois par les révolutionnaires, face à des pouvoirs publics qui n’avait qu’une envie : les effacer.

 

Les énormes moëllons de pierre déposés à l’entrée de l’assemblée nationale pour interdire au peuple d’y rentrer (tout un symbole) sont devenus les supports de magnifiques fresques, tout comme les murs de la rue Mohamed Mahmud où un…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Premier anniversaire<br />
Ce  25 janvier 2012, jour anniversaire, était redouté par le pouvoir. Mais sur la place, ce matin là, la fête était bien sage.<br />
<br />
Peu de femmes, peu de jeunes et encore moins de révolutionnaires, pas de discussions politiques : des prêches à grand renfort de sonos, et des discours lénifiants sur la situation actuelle, prononcés devant un grand calicot évoquant l’anniversaire de la révolution et ses réalisations…<br />
<br />
Ce sont bien sûr les Frères qui tiennent ainsi la place. Et ils se méfient. A la sortie de la première session parlementaire deux jours plus tôt, leurs députés ont été conspués par les jeunes qui les accusent d’avoir « volé la révolution ». <br />
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L’ambiance a ensuite radicalement changé en début d’après-midi. Les marches organisées dans les quartiers d’Imbaba, de Guiza, de Mohendissin…, ont commencé à converger vers 15h. Les jeunes  de Kazaboon, du 6 avril, et des autres mouvements issus de la révolution ont réussi leur pari de mobiliser largement la population.<br />
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C’est un raz de marée humain et de nombreux cortèges n’ont même pas réussi à rentrer sur la place. Celui parti de Shubra, quartier populaire du Nord du Caire est haut en couleur, plein de femmes et de jeunes, qui réclament avec énergie « pain, liberté, et justice sociale », et la fin de la dictature militaire, le fameux irhal (dégage) étant recyclé au bénéfice du général Tantawi.<br />
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Couché sur le dessus d’un camion qui se fraye son chemin comme il peut, un obélisque portant le nom des martyrs de la révolution, est apporté en vue de le planter sur la place. La foule est si dense qu’on ne peut plus bouger.<br />
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Obélisque portant les noms des martyrs<br />
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Le souvenir des victimes est très présent. Elles sont estimées à près de 2000 pour les premiers mois de la révolution. Des femmes, des familles entières, sont venues en portant une simple photo. Ces familles sont très modestes car les jeunes qui ont péri sous les coups des nervis, des policiers, ou des militaires, sont très majoritairement issus des quartiers pauvres. A ces morts il faut ajouter les 12 000 arrestations, qui ont débouché sur plus de 8000 condamnations . Et les blessés, les plus spectaculaires étant ceux qui ont mené les combats rue Mohamed Mahmud en novembre, au cours desquels les policiers ont systématiquement tiré sur les manifestants en visant les yeux. Un peu comme les policiers français l’ont fait envers les Gilets jaunes, mais avec des balles réelles. <br />
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Alors oui, c’est une journée de fête, mais de fête lucide et grave qui appelle à poursuivre ce qui a été commencé en janvier dernier, jusqu’à la chute du pouvoir militaire, jusqu’à un commencement de justice sociale, jusqu’à une vraie liberté. Et là, tout le monde en convient, on a à peine commencé !<br />
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Les murs prennent la parole<br />
« A bas le pouvoir militaire ». C’est aussi ce que répète un pochoir, appliqué sur tous les murs. Le 29 janvier commencent les élections au sénat et tout le monde a hâte que le processus électoral aille à son terme. Mais s’il a fallu un an pour que la réalité de ce pouvoir militaire et ses liens organiques avec l’ancien régime sautent aux yeux d’une bonne partie des Egyptiens, combien de temps faudra-t-il pour que la mythologie qui entoure les Frères musulmans tombe à son tour ? <br />
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Un acquis certain de cette révolution, c’est la prise de parole, et l’explosion artistique que rien ne semble arrêter. Je mets sur le site une série de graffitis, pochoirs, croquis, fresques murales et même toiles peintes sur place pendant ces jours anniversaires. Ces œuvres ont été défendues pendant de long mois par les révolutionnaires, face à des pouvoirs publics qui n’avait qu’une envie : les effacer.<br />
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Les énormes moëllons de pierre déposés à l’entrée de l’assemblée nationale pour interdire au peuple d’y rentrer (tout un symbole) sont devenus les supports de magnifiques fresques, tout comme les murs de la rue Mohamed Mahmud où un…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>Un an après, que restait-il ? des prises de conscience politiques, un début de liberté de parole et de liberté syndicale mais une répression et une violence d&apos;Etat qui ne cessent pas. Est-ce une renaissance, comme le suggère ce tableau ?</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Premier anniversaire
Ce  25 janvier 2012, jour anniversaire, était redouté par le pouvoir. Mais sur la place, ce matin là, la fête était bien sage.

Peu de femmes, peu de jeunes et encore moins de révolutionnaires, pas de discussions politiques : des prêches à grand renfort de sonos, et des discours lénifiants sur la situation actuelle, prononcés devant un grand calicot évoquant l’anniversaire de la révolution et ses réalisations…

Ce sont bien sûr les Frères qui tiennent ainsi la place. Et ils se méfient. A la sortie de la première session parlementaire deux jours plus tôt, leurs députés ont été conspués par les jeunes qui les accusent d’avoir « volé la révolution ». 

L’ambiance a ensuite radicalement changé en début d’après-midi. Les marches organisées dans les quartiers d’Imbaba, de Guiza, de Mohendissin…, ont commencé à converger vers 15h. Les jeunes  de Kazaboon, du 6 avril, et des autres mouvements issus de la révolution ont réussi leur pari de mobiliser largement la population.

C’est un raz de marée humain et de nombreux cortèges n’ont même pas réussi à rentrer sur la place. Celui parti de Shubra, quartier populaire du Nord du Caire est haut en couleur, plein de femmes et de jeunes, qui réclament avec énergie « pain, liberté, et justice sociale », et la fin de la dictature militaire, le fameux irhal (dégage) étant recyclé au bénéfice du général Tantawi.

Couché sur le dessus d’un camion qui se fraye son chemin comme il peut, un obélisque portant le nom des martyrs de la révolution, est apporté en vue de le planter sur la place. La foule est si dense qu’on ne peut plus bouger.

Obélisque portant les noms des martyrs

Le souvenir des victimes est très présent. Elles sont estimées à près de 2000 pour les premiers mois de la révolution. Des femmes, des familles entières, sont venues en portant une simple photo. Ces familles sont très modestes car les jeunes qui ont péri sous les coups des nervis, des policiers, ou des militaires, sont très majoritairement issus des quartiers pauvres. A ces morts il faut ajouter les 12 000 arrestations, qui ont débouché sur plus de 8000 condamnations . Et les blessés, les plus spectaculaires étant ceux qui ont mené les combats rue Mohamed Mahmud en novembre, au cours desquels les policiers ont systématiquement tiré sur les manifestants en visant les yeux. Un peu comme les policiers français l’ont fait envers les Gilets jaunes, mais avec des balles réelles. 

Alors oui, c’est une journée de fête, mais de fête lucide et grave qui appelle à poursuivre ce qui a été commencé en janvier dernier, jusqu’à la chute du pouvoir militaire, jusqu’à un commencement de justice sociale, jusqu’à une vraie liberté. Et là, tout le monde en convient, on a à peine commencé !

Les murs prennent la parole
« A bas le pouvoir militaire ». C’est aussi ce que répète un pochoir, appliqué sur tous les murs. Le 29 janvier commencent les élections au sénat et tout le monde a hâte que le processus électoral aille à son terme. Mais s’il a fallu un an pour que la réalité de ce pouvoir militaire et ses liens organiques avec l’ancien régime sautent aux yeux d’une bonne partie des Egyptiens, combien de temps faudra-t-il pour que la mythologie qui entoure les Frères musulmans tombe à son tour ? 

Un acquis certain de cette révolution, c’est la prise de parole, et l’explosion artistique que rien ne semble arrêter. Je mets sur le site une série de graffitis, pochoirs, croquis, fresques murales et même toiles peintes sur place pendant ces jours anniversaires. Ces œuvres ont été défendues pendant de long mois par les révolutionnaires, face à des pouvoirs publics qui n’avait qu’une envie : les effacer.

 

Les énormes moëllons de pierre déposés à l’entrée de l’assemblée nationale pour interdire au peuple d’y rentrer (tout un symbole) sont devenus les supports de magnifiques fresques, tout comme les murs de la rue Mohamed Mahmud où un…]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution égyptienne (8) : Ils mentent !</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Cherche expert en révolution
Aujourd’hui je voudrais dire deux mots des experts en révolution. C’est fou le nombre de commentateurs qui, aujourd’hui encore, vous expliquent pourquoi la révolution égyptienne ne pouvait que rater, que les conditions n’étaient pas là, comment il aurait fallu faire …

Je reste sceptique. Au nom de quelle expertise, des journalistes, des politologues qui, dans leur majorité sont semblables à la société française c’est à dire réactionnaires et de droite, peuvent-il parler de révolution, eux qui jamais n’ont cherché à en faire une ? 

Pourtant, depuis l’Egypte, j’ai lu et entendu dès le printemps 2011 des commentaires annonçant la fin imminente des « printemps arabes » ce qui est une double forfaiture : 

L’appellation de printemps arabe est une pure invention occidentale, y compris l’expression « révolution de jasmin » pour qualifier la première d’entre elles. Elle fait rire les tunisiens.

L’évolution des mouvements sociaux dans ces pays a été radicalement différente entre une Syrie où il s’est transformé en guerre totale organisée par le clan Assad, une Tunisie qui cherche encore à construire une société démocratique, et une Egypte totalement écrasée par un dictateur sanguinaire et une armée toute puissante qui possède quasiment toutes les ressources économiques du pays.

Bien sûr que les dictateurs, et les cohortes de profiteurs qui se sont engraissés avec eux, ne  lâchent pas le magot comme ça. Bien sûr la contre-révolution s’organise dès le premier jour d’une révolution. Il est utile à cet égard, d’analyser qui les soutient. C’est la lecture des contradictions que porte cette situation qui peut être pertinente et elle nécessite de connaître la société examinée, si possible d’en maitriser la langue. C’était loin d’être le cas de la majorité des observateurs que j’ai vu passer au Caire.

 

Nous continuerons (Les jeunes du 6 avril)

Une pratique qui pose problème est le micro-trottoir. Le prisme du chauffeur de taxi, dans tous les pays du monde, est redoutable et amplifie, la plupart du temps, les visions les plus réactionnaires. 

L’autre prisme parfois moins déformant est celui du fixeur, à savoir une personne bilingue qui promène le journaliste dans les endroits qu’elle connaît et lui traduit les réactions des gens. Un peu plus professionnel que le chauffeur de taxi (parfois), le fixeur a cependant un regard partial et partiel sur sa propre société dont le journaliste va être en grande partie tributaire, surtout s’il n’en a qu’un.

C’est le risque que prenait régulièrement Claude Guibal, qui habitait au Caire alors qu’elle était correspondante radio-france et publiait aussi dans Libération. Dans un papier pour ce journal daté du 28 mai, elle  rassemble un patchwork de « sentiments individuels » sur l’insécurité, sur la montée des salafistes (montée qu’elle a vu, elle, dès les premières manifestations, d’ailleurs parfois elle ne voyait que ça), sur la crise économique. Mais ce qui est lourd de sens, c’est qu’elle écrit ce papier le lendemain d’une énorme manifestation (dont j’ai parlé dans le précédent épisode) à laquelle les mouvements islamistes recommandaient de ne pas participer et qui a rassemblé, malgré les menaces d’attaques savamment distillées, des dizaines de milliers de personnes sur l’idée d’une deuxième révolution, associant les travailleurs et la société civile et formulant de nouvelles exigences.  

Le quasi-silence sur les enjeux de ce deuxième « jour de la colère » a provoqué une toute autre lecture de la journée. 

Une brève sur la manifestation titrée « Les cairottes crient leur rancoeur« , publiée le même jour dans le même journal, ne compense pas vraiment cela en parlant « d’ultime » journée (au lieu de deuxième) et de rancœur (à la place de colère). Les mots sont lourds de sens. De fait, le succès de cette journée est passé complètement sous silence dans la presse française.…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Cherche expert en révolution<br />
Aujourd’hui je voudrais dire deux mots des experts en révolution. C’est fou le nombre de commentateurs qui, aujourd’hui encore, vous expliquent pourquoi la révolution égyptienne ne pouvait que rater, que les conditions n’étaient pas là, comment il aurait fallu faire …<br />
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Je reste sceptique. Au nom de quelle expertise, des journalistes, des politologues qui, dans leur majorité sont semblables à la société française c’est à dire réactionnaires et de droite, peuvent-il parler de révolution, eux qui jamais n’ont cherché à en faire une ? <br />
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Pourtant, depuis l’Egypte, j’ai lu et entendu dès le printemps 2011 des commentaires annonçant la fin imminente des « printemps arabes » ce qui est une double forfaiture : <br />
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L’appellation de printemps arabe est une pure invention occidentale, y compris l’expression « révolution de jasmin » pour qualifier la première d’entre elles. Elle fait rire les tunisiens.<br />
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L’évolution des mouvements sociaux dans ces pays a été radicalement différente entre une Syrie où il s’est transformé en guerre totale organisée par le clan Assad, une Tunisie qui cherche encore à construire une société démocratique, et une Egypte totalement écrasée par un dictateur sanguinaire et une armée toute puissante qui possède quasiment toutes les ressources économiques du pays.<br />
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Bien sûr que les dictateurs, et les cohortes de profiteurs qui se sont engraissés avec eux, ne  lâchent pas le magot comme ça. Bien sûr la contre-révolution s’organise dès le premier jour d’une révolution. Il est utile à cet égard, d’analyser qui les soutient. C’est la lecture des contradictions que porte cette situation qui peut être pertinente et elle nécessite de connaître la société examinée, si possible d’en maitriser la langue. C’était loin d’être le cas de la majorité des observateurs que j’ai vu passer au Caire.<br />
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Nous continuerons (Les jeunes du 6 avril)<br />
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Une pratique qui pose problème est le micro-trottoir. Le prisme du chauffeur de taxi, dans tous les pays du monde, est redoutable et amplifie, la plupart du temps, les visions les plus réactionnaires. <br />
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L’autre prisme parfois moins déformant est celui du fixeur, à savoir une personne bilingue qui promène le journaliste dans les endroits qu’elle connaît et lui traduit les réactions des gens. Un peu plus professionnel que le chauffeur de taxi (parfois), le fixeur a cependant un regard partial et partiel sur sa propre société dont le journaliste va être en grande partie tributaire, surtout s’il n’en a qu’un.<br />
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C’est le risque que prenait régulièrement Claude Guibal, qui habitait au Caire alors qu’elle était correspondante radio-france et publiait aussi dans Libération. Dans un papier pour ce journal daté du 28 mai, elle  rassemble un patchwork de « sentiments individuels » sur l’insécurité, sur la montée des salafistes (montée qu’elle a vu, elle, dès les premières manifestations, d’ailleurs parfois elle ne voyait que ça), sur la crise économique. Mais ce qui est lourd de sens, c’est qu’elle écrit ce papier le lendemain d’une énorme manifestation (dont j’ai parlé dans le précédent épisode) à laquelle les mouvements islamistes recommandaient de ne pas participer et qui a rassemblé, malgré les menaces d’attaques savamment distillées, des dizaines de milliers de personnes sur l’idée d’une deuxième révolution, associant les travailleurs et la société civile et formulant de nouvelles exigences.  <br />
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Le quasi-silence sur les enjeux de ce deuxième « jour de la colère » a provoqué une toute autre lecture de la journée. <br />
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Une brève sur la manifestation titrée « Les cairottes crient leur rancoeur« , publiée le même jour dans le même journal, ne compense pas vraiment cela en parlant « d’ultime » journée (au lieu de deuxième) et de rancœur (à la place de colère). Les mots sont lourds de sens. De fait, le succès de cette journée est passé complètement sous silence dans la presse française.…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>Où il est question du traitement de la révolution égyptienne par les médias occidentaux, et de la reprise en main de l&apos;information par les révolutionnaires eux-mêmes.</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Cherche expert en révolution
Aujourd’hui je voudrais dire deux mots des experts en révolution. C’est fou le nombre de commentateurs qui, aujourd’hui encore, vous expliquent pourquoi la révolution égyptienne ne pouvait que rater, que les conditions n’étaient pas là, comment il aurait fallu faire …

Je reste sceptique. Au nom de quelle expertise, des journalistes, des politologues qui, dans leur majorité sont semblables à la société française c’est à dire réactionnaires et de droite, peuvent-il parler de révolution, eux qui jamais n’ont cherché à en faire une ? 

Pourtant, depuis l’Egypte, j’ai lu et entendu dès le printemps 2011 des commentaires annonçant la fin imminente des « printemps arabes » ce qui est une double forfaiture : 

L’appellation de printemps arabe est une pure invention occidentale, y compris l’expression « révolution de jasmin » pour qualifier la première d’entre elles. Elle fait rire les tunisiens.

L’évolution des mouvements sociaux dans ces pays a été radicalement différente entre une Syrie où il s’est transformé en guerre totale organisée par le clan Assad, une Tunisie qui cherche encore à construire une société démocratique, et une Egypte totalement écrasée par un dictateur sanguinaire et une armée toute puissante qui possède quasiment toutes les ressources économiques du pays.

Bien sûr que les dictateurs, et les cohortes de profiteurs qui se sont engraissés avec eux, ne  lâchent pas le magot comme ça. Bien sûr la contre-révolution s’organise dès le premier jour d’une révolution. Il est utile à cet égard, d’analyser qui les soutient. C’est la lecture des contradictions que porte cette situation qui peut être pertinente et elle nécessite de connaître la société examinée, si possible d’en maitriser la langue. C’était loin d’être le cas de la majorité des observateurs que j’ai vu passer au Caire.

 

Nous continuerons (Les jeunes du 6 avril)

Une pratique qui pose problème est le micro-trottoir. Le prisme du chauffeur de taxi, dans tous les pays du monde, est redoutable et amplifie, la plupart du temps, les visions les plus réactionnaires. 

L’autre prisme parfois moins déformant est celui du fixeur, à savoir une personne bilingue qui promène le journaliste dans les endroits qu’elle connaît et lui traduit les réactions des gens. Un peu plus professionnel que le chauffeur de taxi (parfois), le fixeur a cependant un regard partial et partiel sur sa propre société dont le journaliste va être en grande partie tributaire, surtout s’il n’en a qu’un.

C’est le risque que prenait régulièrement Claude Guibal, qui habitait au Caire alors qu’elle était correspondante radio-france et publiait aussi dans Libération. Dans un papier pour ce journal daté du 28 mai, elle  rassemble un patchwork de « sentiments individuels » sur l’insécurité, sur la montée des salafistes (montée qu’elle a vu, elle, dès les premières manifestations, d’ailleurs parfois elle ne voyait que ça), sur la crise économique. Mais ce qui est lourd de sens, c’est qu’elle écrit ce papier le lendemain d’une énorme manifestation (dont j’ai parlé dans le précédent épisode) à laquelle les mouvements islamistes recommandaient de ne pas participer et qui a rassemblé, malgré les menaces d’attaques savamment distillées, des dizaines de milliers de personnes sur l’idée d’une deuxième révolution, associant les travailleurs et la société civile et formulant de nouvelles exigences.  

Le quasi-silence sur les enjeux de ce deuxième « jour de la colère » a provoqué une toute autre lecture de la journée. 

Une brève sur la manifestation titrée « Les cairottes crient leur rancoeur« , publiée le même jour dans le même journal, ne compense pas vraiment cela en parlant « d’ultime » journée (au lieu de deuxième) et de rancœur (à la place de colère). Les mots sont lourds de sens. De fait, le succès de cette journée est passé complètement sous silence dans la presse française.…]]></itunes:summary>
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		<title>chroniques-d-une-revolution-egyptienne-2021-01-26K</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[ÉMISSION DIFFUSÉE POUR LES 10 ANS DE LA RÉVOLUTION EN 2021

Un homme tend ces quelques mots : "Non à la misère, non au chômage, non à la torture"

La photo est de Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d'une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.

En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute "officiellement" le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l'évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.

Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[ÉMISSION DIFFUSÉE POUR LES 10 ANS DE LA RÉVOLUTION EN 2021<br />
<br />
Un homme tend ces quelques mots : &quot;Non à la misère, non au chômage, non à la torture&quot;<br />
<br />
La photo est de Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d&apos;une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.<br />
<br />
En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute &quot;officiellement&quot; le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l&apos;évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.<br />
<br />
Ces chroniques d&apos;une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.<br />
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Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.]]></content:encoded>
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		<itunes:summary><![CDATA[ÉMISSION DIFFUSÉE POUR LES 10 ANS DE LA RÉVOLUTION EN 2021

Un homme tend ces quelques mots : "Non à la misère, non au chômage, non à la torture"

La photo est de Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d'une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.

En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute "officiellement" le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l'évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.

Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution égyptienne (5) : la chute du tyran</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Le discours prononcé par le vice-président Souleyman le 11 février 2011, est toujours un moment culte pour de nombreux égyptiens qui l’ont écouté des centaines de fois (video ici). C’est celui par lequel il annonce l’abdication de Moubarak et la prise de pouvoir du Conseil suprême des forces armées. 

Avant de décrire l’incroyable fête qui a suivie cette annonce dans toute l’Egypte et au-delà, il faut revenir sur ces dix premiers jours de février, sur les espoirs, les déceptions, les violences, les souffrances et les joies.

1er février
Le 1er février, c’était la manifestation du million, comme l’avait annoncé les organisateurs. L’objectif a surement été atteint, mais nul n’était en mesure de compter les manifestants qui se serraient déjà sur l’immense place dès 9h du matin. La journée s’est terminée par un discours très tardif de Moubarak à la télévision annonçant qu’il renonçait à se présenter aux prochaines élections, qu’il envisageait de réviser les amendements 76 et 77 de la constitution … mais qu’il restait « je suis né ici et je mourrai sur cette terre ». Ce qui n’a pas manqué d’enrager un peu plus les insurgés.

Le 1er février, sur leur front "Non à l'injustice" 

2 février
Le 2 février, une contre-manifestation des taxis blancs contre les insurgés, puis une centaine de manifestants pro-Mubarak. Enfin en soirée la garde spéciale a pris position sur l’île toute proche de Zamalek puis des cortèges pro-Mubarak convergent vers la place. Coups de feu, cris, sirènes, hélicoptères …. Les combats continuent toute la nuit, avec une violence jamais atteinte. On comprend que la contre-révolution s’organise. Video depuis mon balcon en soirée. 

Sieste du matin sur banderole

3 février
Le 3 février, la place s’est réveillée groggy. Elle est cernée de barricades qui ont été érigées dans la nuit pour se protéger des attaques de contre-révolutionnaires. Ceux-ci étaient armés de cocktails Molotov, de gourdins et d’armes blanches et 500 insurgés ont été blessés, 5 sont morts. On apprendra plus tard que les hommes de main, quand ils n’étaient pas des flics en civil, étaient des mercenaires achetés 80 LE. La chaîne al-Jazeera a montré toutes les cartes militaires trouvées dans les poches de ceux que les jeunes ont réussi à arrêter cette nuit. 
Dans le même temps la télévision égyptienne abreuve le pays d’informations mensongères, souffle sur les braises de la colère des plus pauvres qui ont encore plus faim qu’avant et mène une campagne xénophobe en tentant de convaincre les égyptiens que tous les troubles ont été prémédités par une (ou des) puissances étrangères. Les forces armées envoient des messages politiques par sms : « ya chabab masr » (Jeunes d’Egypte) : « rentrez chez vous et écoutez la voix de la raison… ». Les non-égyptiens et tout ce qui peut ressembler à un journaliste est en danger dans la rue. 

 

Infirmerie à ciel ouvert au matin du 3 février

Rue Bassiouny au matin du 3 février

Accès à la place Tahrir barricadé le 3 au matin

4 février
Le 4 février baptisé journée du départ est encore un énorme rassemblement. Les azharis – les cheikhs de l’université islamique d’al-Azhar – sont venus mener la prière du vendredi sur la place. Les pro-Mubarak eux, sont toujours sur le pont du 6 octobre, et jettent des pierres sur les insurgés. Pour faire les trois cent mètres entre la place et chez moi, il y a une dizaine de barrages à passer maintenant, contrôlés par les insurgés. Je suis accompagnée très gentiment, de barrage en barrage, par des gardes du corps qui ne m’amènent au barrage suivant qu’après avoir vérifié qui est sur le trajet. Mais la campagne médiatique xénophobe commence à faire de l’effet. La plupart des étrangers ont quitté le Caire depuis longtemps. Ceux qui restent en sont d’autant plus visibles. Plusieurs amis viennent de recevoir la visite de la police militaire. Les ordinateurs sont fouillés. Il devient évident que…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Le discours prononcé par le vice-président Souleyman le 11 février 2011, est toujours un moment culte pour de nombreux égyptiens qui l’ont écouté des centaines de fois (video ici). C’est celui par lequel il annonce l’abdication de Moubarak et la prise de pouvoir du Conseil suprême des forces armées. <br />
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Avant de décrire l’incroyable fête qui a suivie cette annonce dans toute l’Egypte et au-delà, il faut revenir sur ces dix premiers jours de février, sur les espoirs, les déceptions, les violences, les souffrances et les joies.<br />
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1er février<br />
Le 1er février, c’était la manifestation du million, comme l’avait annoncé les organisateurs. L’objectif a surement été atteint, mais nul n’était en mesure de compter les manifestants qui se serraient déjà sur l’immense place dès 9h du matin. La journée s’est terminée par un discours très tardif de Moubarak à la télévision annonçant qu’il renonçait à se présenter aux prochaines élections, qu’il envisageait de réviser les amendements 76 et 77 de la constitution … mais qu’il restait « je suis né ici et je mourrai sur cette terre ». Ce qui n’a pas manqué d’enrager un peu plus les insurgés.<br />
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Le 1er février, sur leur front &quot;Non à l&apos;injustice&quot; <br />
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2 février<br />
Le 2 février, une contre-manifestation des taxis blancs contre les insurgés, puis une centaine de manifestants pro-Mubarak. Enfin en soirée la garde spéciale a pris position sur l’île toute proche de Zamalek puis des cortèges pro-Mubarak convergent vers la place. Coups de feu, cris, sirènes, hélicoptères …. Les combats continuent toute la nuit, avec une violence jamais atteinte. On comprend que la contre-révolution s’organise. Video depuis mon balcon en soirée. <br />
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Sieste du matin sur banderole<br />
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3 février<br />
Le 3 février, la place s’est réveillée groggy. Elle est cernée de barricades qui ont été érigées dans la nuit pour se protéger des attaques de contre-révolutionnaires. Ceux-ci étaient armés de cocktails Molotov, de gourdins et d’armes blanches et 500 insurgés ont été blessés, 5 sont morts. On apprendra plus tard que les hommes de main, quand ils n’étaient pas des flics en civil, étaient des mercenaires achetés 80 LE. La chaîne al-Jazeera a montré toutes les cartes militaires trouvées dans les poches de ceux que les jeunes ont réussi à arrêter cette nuit. <br />
Dans le même temps la télévision égyptienne abreuve le pays d’informations mensongères, souffle sur les braises de la colère des plus pauvres qui ont encore plus faim qu’avant et mène une campagne xénophobe en tentant de convaincre les égyptiens que tous les troubles ont été prémédités par une (ou des) puissances étrangères. Les forces armées envoient des messages politiques par sms : « ya chabab masr » (Jeunes d’Egypte) : « rentrez chez vous et écoutez la voix de la raison… ». Les non-égyptiens et tout ce qui peut ressembler à un journaliste est en danger dans la rue. <br />
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Infirmerie à ciel ouvert au matin du 3 février<br />
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Rue Bassiouny au matin du 3 février<br />
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Accès à la place Tahrir barricadé le 3 au matin<br />
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4 février<br />
Le 4 février baptisé journée du départ est encore un énorme rassemblement. Les azharis – les cheikhs de l’université islamique d’al-Azhar – sont venus mener la prière du vendredi sur la place. Les pro-Mubarak eux, sont toujours sur le pont du 6 octobre, et jettent des pierres sur les insurgés. Pour faire les trois cent mètres entre la place et chez moi, il y a une dizaine de barrages à passer maintenant, contrôlés par les insurgés. Je suis accompagnée très gentiment, de barrage en barrage, par des gardes du corps qui ne m’amènent au barrage suivant qu’après avoir vérifié qui est sur le trajet. Mais la campagne médiatique xénophobe commence à faire de l’effet. La plupart des étrangers ont quitté le Caire depuis longtemps. Ceux qui restent en sont d’autant plus visibles. Plusieurs amis viennent de recevoir la visite de la police militaire. Les ordinateurs sont fouillés. Il devient évident que…]]></content:encoded>
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Avant de décrire l’incroyable fête qui a suivie cette annonce dans toute l’Egypte et au-delà, il faut revenir sur ces dix premiers jours de février, sur les espoirs, les déceptions, les violences, les souffrances et les joies.

1er février
Le 1er février, c’était la manifestation du million, comme l’avait annoncé les organisateurs. L’objectif a surement été atteint, mais nul n’était en mesure de compter les manifestants qui se serraient déjà sur l’immense place dès 9h du matin. La journée s’est terminée par un discours très tardif de Moubarak à la télévision annonçant qu’il renonçait à se présenter aux prochaines élections, qu’il envisageait de réviser les amendements 76 et 77 de la constitution … mais qu’il restait « je suis né ici et je mourrai sur cette terre ». Ce qui n’a pas manqué d’enrager un peu plus les insurgés.

Le 1er février, sur leur front "Non à l'injustice" 

2 février
Le 2 février, une contre-manifestation des taxis blancs contre les insurgés, puis une centaine de manifestants pro-Mubarak. Enfin en soirée la garde spéciale a pris position sur l’île toute proche de Zamalek puis des cortèges pro-Mubarak convergent vers la place. Coups de feu, cris, sirènes, hélicoptères …. Les combats continuent toute la nuit, avec une violence jamais atteinte. On comprend que la contre-révolution s’organise. Video depuis mon balcon en soirée. 

Sieste du matin sur banderole

3 février
Le 3 février, la place s’est réveillée groggy. Elle est cernée de barricades qui ont été érigées dans la nuit pour se protéger des attaques de contre-révolutionnaires. Ceux-ci étaient armés de cocktails Molotov, de gourdins et d’armes blanches et 500 insurgés ont été blessés, 5 sont morts. On apprendra plus tard que les hommes de main, quand ils n’étaient pas des flics en civil, étaient des mercenaires achetés 80 LE. La chaîne al-Jazeera a montré toutes les cartes militaires trouvées dans les poches de ceux que les jeunes ont réussi à arrêter cette nuit. 
Dans le même temps la télévision égyptienne abreuve le pays d’informations mensongères, souffle sur les braises de la colère des plus pauvres qui ont encore plus faim qu’avant et mène une campagne xénophobe en tentant de convaincre les égyptiens que tous les troubles ont été prémédités par une (ou des) puissances étrangères. Les forces armées envoient des messages politiques par sms : « ya chabab masr » (Jeunes d’Egypte) : « rentrez chez vous et écoutez la voix de la raison… ». Les non-égyptiens et tout ce qui peut ressembler à un journaliste est en danger dans la rue. 

 

Infirmerie à ciel ouvert au matin du 3 février

Rue Bassiouny au matin du 3 février

Accès à la place Tahrir barricadé le 3 au matin

4 février
Le 4 février baptisé journée du départ est encore un énorme rassemblement. Les azharis – les cheikhs de l’université islamique d’al-Azhar – sont venus mener la prière du vendredi sur la place. Les pro-Mubarak eux, sont toujours sur le pont du 6 octobre, et jettent des pierres sur les insurgés. Pour faire les trois cent mètres entre la place et chez moi, il y a une dizaine de barrages à passer maintenant, contrôlés par les insurgés. Je suis accompagnée très gentiment, de barrage en barrage, par des gardes du corps qui ne m’amènent au barrage suivant qu’après avoir vérifié qui est sur le trajet. Mais la campagne médiatique xénophobe commence à faire de l’effet. La plupart des étrangers ont quitté le Caire depuis longtemps. Ceux qui restent en sont d’autant plus visibles. Plusieurs amis viennent de recevoir la visite de la police militaire. Les ordinateurs sont fouillés. Il devient évident que…]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution égyptienne (6) : Cette nuit où l&amp;#039;armée trahit</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Après le 11 février, la place est restée occupée par des insurgés et la vie de la ville a continué d’être rythmée par les rassemblements du vendredi. 

Jour du nettoyage
Le 25 février, la manifestation, baptisée « jour du nettoyage »  est encore joyeuse et déterminée. Si l’enthousiasme du 12 février n’est pas retombé, les corrompus sont toujours là, le régime est encore globalement en place et le nom de Chafiq, l’actuel premier ministre est de plus en plus souvent conspué comme sur cette banderole que l’on retrouve en plusieurs endroits de la place.

Le gouvernement Chafiq dehors, dehors ; nous voulons un gouvernement libre, libre 

Les égyptiens ont conscience que rien n’est vraiment gagné. Comme si toutes ces contradictions s’exacerbaient à grande vitesse, l’atmosphère s’est nettement dégradée lorsqu’à minuit les militaires ont voulu faire évacuer la place. On a vu arriver des hommes cagoulés, des véhicules de la police militaire avec des armes à l’intérieur, et certains militaires ont sorti leurs Tazers. Ce sont les mêmes qui m’ont arrêtée vers minuit sur la place et ont exigé la suppression de la plupart de mes photos de la journée. 

Depuis mon balcon j’ai vu des manifestants fuyant devant les militaires qui les poursuivaient. A 2h du matin des coups de feu ont éclaté ensuite, puis on a entendu des hélicoptères au dessus du centre ville, et des manœuvres des chars de l’armée dans le quartier. Sur Facebook dans la nuit, j’ai lu des appels à « dénoncer la trahison de l’armée » et  à protester dès le lendemain.Un peu plus tard encore dans la nuit, toujours sur Facebook, le Conseil suprême des forces armées a publié des excuses et affirmé que ces incidents n’étaient pas intentionnels, ce qui est difficilement crédible...

8 mars : journée des droits des femmes
Les jours suivants, la tension n’a cessé de monter. Lors de la manifestation du 8 mars les femmes se sont rassemblées sur un terre-plein pour brandir affiches et banderoles, mais il a fallu que des jeunes hommes du mouvement leur servent de cordon de sécurité face à une centaine d’hommes, plutôt jeunes, qui scandaient des slogans ironiques à leur encontre comme : « Suzanne, Suzanne !!! », renvoyant ainsi les revendications féministes aux bonnes œuvres de l’épouse de Moubarak.

Les coulisses de l’actu
Mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas en se promenant sur la place, et c’est toute la limite d'un témoignage comme le mien qui n’est pas un travail de journaliste, il faut en avoir conscience. Le lendemain de cette manifestation, le 9 mars, il y a eu une évacuation de la place par les militaires et de jeunes activistes ont été arrêtés au musée archéologique du Caire. 
En fait, ce sont 190 insurgé.e.s qui ont été arrêté.e.s ce 9 mars et l’armée a refusé d’informer sur leur lieu de détention et de leur permettre de rencontrer des avocats. Ces détenus que la télévision nationale a décrit comme des voyous, ont raconté avoir été enfermés dans le bâtiment du musée, et « frappés violemment avec des bâtons et des tazers ». Le chanteur Ramy Issam, en témoigne dans une chanson « manifestant mais pas voyou » chantée ici sur la place.

Mais je n’ai su que le 23 mars, lors de la parution du rapport d’Amnesty (suisse) le sort réel des jeunes militants et surtout militantes. Alaa al-Aswani, le romancier égyptien désormais interdit de retour dans son pays, a récolté les témoignages de six de ces jeunes filles sur les 18 qui ont subi le même traitement, dans son dernier roman « J’ai couru vers le Nil ».

Alaa al-Aswani et son dernier roman

Le témoignage de Saïda Ahmed est à lire p. 263-265

La version officielle, donnée par le chef du renseignement militaire aux enquêteurs d’Amnysty est que le but de ces ignobles tests est (je cite) d’éviter que les manifestantes arrêtées n’accusent l’armée de viol, ainsi que de démasquer les prostituées. Ce chef du renseignement n’est autre que le gén…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Après le 11 février, la place est restée occupée par des insurgés et la vie de la ville a continué d’être rythmée par les rassemblements du vendredi. <br />
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Jour du nettoyage<br />
Le 25 février, la manifestation, baptisée « jour du nettoyage »  est encore joyeuse et déterminée. Si l’enthousiasme du 12 février n’est pas retombé, les corrompus sont toujours là, le régime est encore globalement en place et le nom de Chafiq, l’actuel premier ministre est de plus en plus souvent conspué comme sur cette banderole que l’on retrouve en plusieurs endroits de la place.<br />
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Le gouvernement Chafiq dehors, dehors ; nous voulons un gouvernement libre, libre <br />
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Les égyptiens ont conscience que rien n’est vraiment gagné. Comme si toutes ces contradictions s’exacerbaient à grande vitesse, l’atmosphère s’est nettement dégradée lorsqu’à minuit les militaires ont voulu faire évacuer la place. On a vu arriver des hommes cagoulés, des véhicules de la police militaire avec des armes à l’intérieur, et certains militaires ont sorti leurs Tazers. Ce sont les mêmes qui m’ont arrêtée vers minuit sur la place et ont exigé la suppression de la plupart de mes photos de la journée. <br />
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Depuis mon balcon j’ai vu des manifestants fuyant devant les militaires qui les poursuivaient. A 2h du matin des coups de feu ont éclaté ensuite, puis on a entendu des hélicoptères au dessus du centre ville, et des manœuvres des chars de l’armée dans le quartier. Sur Facebook dans la nuit, j’ai lu des appels à « dénoncer la trahison de l’armée » et  à protester dès le lendemain.Un peu plus tard encore dans la nuit, toujours sur Facebook, le Conseil suprême des forces armées a publié des excuses et affirmé que ces incidents n’étaient pas intentionnels, ce qui est difficilement crédible...<br />
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8 mars : journée des droits des femmes<br />
Les jours suivants, la tension n’a cessé de monter. Lors de la manifestation du 8 mars les femmes se sont rassemblées sur un terre-plein pour brandir affiches et banderoles, mais il a fallu que des jeunes hommes du mouvement leur servent de cordon de sécurité face à une centaine d’hommes, plutôt jeunes, qui scandaient des slogans ironiques à leur encontre comme : « Suzanne, Suzanne !!! », renvoyant ainsi les revendications féministes aux bonnes œuvres de l’épouse de Moubarak.<br />
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Les coulisses de l’actu<br />
Mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas en se promenant sur la place, et c’est toute la limite d&apos;un témoignage comme le mien qui n’est pas un travail de journaliste, il faut en avoir conscience. Le lendemain de cette manifestation, le 9 mars, il y a eu une évacuation de la place par les militaires et de jeunes activistes ont été arrêtés au musée archéologique du Caire. <br />
En fait, ce sont 190 insurgé.e.s qui ont été arrêté.e.s ce 9 mars et l’armée a refusé d’informer sur leur lieu de détention et de leur permettre de rencontrer des avocats. Ces détenus que la télévision nationale a décrit comme des voyous, ont raconté avoir été enfermés dans le bâtiment du musée, et « frappés violemment avec des bâtons et des tazers ». Le chanteur Ramy Issam, en témoigne dans une chanson « manifestant mais pas voyou » chantée ici sur la place.<br />
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Mais je n’ai su que le 23 mars, lors de la parution du rapport d’Amnesty (suisse) le sort réel des jeunes militants et surtout militantes. Alaa al-Aswani, le romancier égyptien désormais interdit de retour dans son pays, a récolté les témoignages de six de ces jeunes filles sur les 18 qui ont subi le même traitement, dans son dernier roman « J’ai couru vers le Nil ».<br />
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Alaa al-Aswani et son dernier roman<br />
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Le témoignage de Saïda Ahmed est à lire p. 263-265<br />
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La version officielle, donnée par le chef du renseignement militaire aux enquêteurs d’Amnysty est que le but de ces ignobles tests est (je cite) d’éviter que les manifestantes arrêtées n’accusent l’armée de viol, ainsi que de démasquer les prostituées. Ce chef du renseignement n’est autre que le gén…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>Le 8 mars, la trahison de l&apos;armée et le référendum sur la constitution.</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Après le 11 février, la place est restée occupée par des insurgés et la vie de la ville a continué d’être rythmée par les rassemblements du vendredi. 

Jour du nettoyage
Le 25 février, la manifestation, baptisée « jour du nettoyage »  est encore joyeuse et déterminée. Si l’enthousiasme du 12 février n’est pas retombé, les corrompus sont toujours là, le régime est encore globalement en place et le nom de Chafiq, l’actuel premier ministre est de plus en plus souvent conspué comme sur cette banderole que l’on retrouve en plusieurs endroits de la place.

Le gouvernement Chafiq dehors, dehors ; nous voulons un gouvernement libre, libre 

Les égyptiens ont conscience que rien n’est vraiment gagné. Comme si toutes ces contradictions s’exacerbaient à grande vitesse, l’atmosphère s’est nettement dégradée lorsqu’à minuit les militaires ont voulu faire évacuer la place. On a vu arriver des hommes cagoulés, des véhicules de la police militaire avec des armes à l’intérieur, et certains militaires ont sorti leurs Tazers. Ce sont les mêmes qui m’ont arrêtée vers minuit sur la place et ont exigé la suppression de la plupart de mes photos de la journée. 

Depuis mon balcon j’ai vu des manifestants fuyant devant les militaires qui les poursuivaient. A 2h du matin des coups de feu ont éclaté ensuite, puis on a entendu des hélicoptères au dessus du centre ville, et des manœuvres des chars de l’armée dans le quartier. Sur Facebook dans la nuit, j’ai lu des appels à « dénoncer la trahison de l’armée » et  à protester dès le lendemain.Un peu plus tard encore dans la nuit, toujours sur Facebook, le Conseil suprême des forces armées a publié des excuses et affirmé que ces incidents n’étaient pas intentionnels, ce qui est difficilement crédible...

8 mars : journée des droits des femmes
Les jours suivants, la tension n’a cessé de monter. Lors de la manifestation du 8 mars les femmes se sont rassemblées sur un terre-plein pour brandir affiches et banderoles, mais il a fallu que des jeunes hommes du mouvement leur servent de cordon de sécurité face à une centaine d’hommes, plutôt jeunes, qui scandaient des slogans ironiques à leur encontre comme : « Suzanne, Suzanne !!! », renvoyant ainsi les revendications féministes aux bonnes œuvres de l’épouse de Moubarak.

Les coulisses de l’actu
Mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas en se promenant sur la place, et c’est toute la limite d'un témoignage comme le mien qui n’est pas un travail de journaliste, il faut en avoir conscience. Le lendemain de cette manifestation, le 9 mars, il y a eu une évacuation de la place par les militaires et de jeunes activistes ont été arrêtés au musée archéologique du Caire. 
En fait, ce sont 190 insurgé.e.s qui ont été arrêté.e.s ce 9 mars et l’armée a refusé d’informer sur leur lieu de détention et de leur permettre de rencontrer des avocats. Ces détenus que la télévision nationale a décrit comme des voyous, ont raconté avoir été enfermés dans le bâtiment du musée, et « frappés violemment avec des bâtons et des tazers ». Le chanteur Ramy Issam, en témoigne dans une chanson « manifestant mais pas voyou » chantée ici sur la place.

Mais je n’ai su que le 23 mars, lors de la parution du rapport d’Amnesty (suisse) le sort réel des jeunes militants et surtout militantes. Alaa al-Aswani, le romancier égyptien désormais interdit de retour dans son pays, a récolté les témoignages de six de ces jeunes filles sur les 18 qui ont subi le même traitement, dans son dernier roman « J’ai couru vers le Nil ».

Alaa al-Aswani et son dernier roman

Le témoignage de Saïda Ahmed est à lire p. 263-265

La version officielle, donnée par le chef du renseignement militaire aux enquêteurs d’Amnysty est que le but de ces ignobles tests est (je cite) d’éviter que les manifestantes arrêtées n’accusent l’armée de viol, ainsi que de démasquer les prostituées. Ce chef du renseignement n’est autre que le gén…]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution égyptienne (4) : &amp;quot;Êtes-vous sûrs que l’armée va prendre le parti des insurgés ?&amp;quot;</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[A partir du 28 janvier, l’occupation de la place Tahrir est permanente. Des jeunes vont planter leurs tentes, d’autres se relayeront pour occuper la place et la défendre. C’est le bastion de la révolution. Dans la journée du 28, les combats de rue se sont déchaînés, la police tirant sur tout ce qui lui semble suspect à coup de balle en caoutchouc, de balles réelles et de grenades lacrymo dont visiblement, les Etats-Unis ont assuré un stock conséquent. 

Video tournée rue Bassiouny, depuis une petite venelle où je me suis retranchée.

Le 29 janvier, le téléphone GSM qui était coupé depuis la veille est rétabli. Les tanks de l’armée ont pris place tout autour de l’immense esplanade et on ne voit plus un seul policier. 
Les manifestants sont là, tous ont les yeux rougis à la fois par le manque de sommeil et les gaz reçus hier et cette nuit. De nombreux éclopés mais des gens heureux, persuadés qu’ils vont gagner. La foule est joyeuse et les slogans offensifs. Il fait très beau aujourd’hui  et les slogans comme « l’armée avec le peuple ! » donnent à cette place un air printanier de révolution des œillets. La destruction de nombreux commissariats et les victoires contre cette police haïe par tous les égyptiens ont éloigné le spectre de la peur et les yeux brillent fort.

De nombreux témoignages confirment qu’hier soir tard, après le couvre-feu, les policiers ont fait sortir les droits-communs de prison (les baltaguiya) pendant que la radio annonçait la « descente » des jeunes de quartiers pauvres vers le centre, pour susciter davantage encore « de vocations ». De nombreux incendies de voitures, des pillages ont eu lieu dans la nuit, qui n’ont rien à voir avec les manifestants. La présence de l’armée semble avoir stoppé tout ça, mais nous allons vite apprendre que ce n’est pas le cas dans de nombreux quartiers.

La recette est connue et c’est celle de tous les dictateurs arabes : lorsqu’ils se sentent débordés par un mouvement social trop important, ils sortent leur jocker : les voyous et/ou les extrémistes religieux pour créer une pagaille telle que le peuple aspirera au retour du calme, par la force bien sûr. Ben Ali l’a fait, Bachar al-Assad lui aussi a fait sortir tout ce que ses prisons contenaient de terroristes et de criminels pour contrer les révolutionnaires.

Environnement
Scène inusitée au Caire. On y voit des jeunes s’emparer de sacs plastiques ou de poubelles à roulettes et entreprendre de nettoyer la place. Ils ont même ensuite disposé des cartons régulièrement dans les rues commerçantes aux alentours, rues qui sont totalement dépourvues de poubelles publiques. Il s’agit d’inciter tout le monde à faire le ménage. Pour ceux qui connaissent le Caire et ses montagnes de déchets à ciel ouvert, cela peut étonner. Je me dis que pour se préoccuper de son environnement, il faut reprendre la main sur l’espace public, reprendre ses droits dans la cité et qu’à l’inverse, on peut difficilement exiger de gens qui sont exclus de tout de prendre soin de l’espace commun.

Je discute avec des jeunes, différents groupes : « êtes-vous sûrs que l’armée va prendre le parti des insurgés, défendre leurs revendications ? » Personne n’en doute : « L’armée égyptienne n’a jamais levé les armes contre le peuple, d’ailleurs l’armée c’est le peuple ». Plus tard en f in d’après-midi, je rencontre un jeune beaucoup plus politisé qui répond ainsi : « Ce n’est pas bien clair. L’armée est avec nous, mais où sont les officiers ? Il n’y a ici que des soldats. » Effectivement il n’y a aucun officier dans les parages.  

Char à l’angle de la place tangué : A bas Moubarak

La veille au soir, Moubarak dans un discours télévisé a affirmé qu’il ne partirait pas. Les groupes discutent et affinent leurs revendications. Je leur demande ce qui ressort de leurs discussions. Le résumé est le suivant : 1/ Chute du régime 2/ Réélection de l’Assemblée Nationale 3/ Changeme…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[A partir du 28 janvier, l’occupation de la place Tahrir est permanente. Des jeunes vont planter leurs tentes, d’autres se relayeront pour occuper la place et la défendre. C’est le bastion de la révolution. Dans la journée du 28, les combats de rue se sont déchaînés, la police tirant sur tout ce qui lui semble suspect à coup de balle en caoutchouc, de balles réelles et de grenades lacrymo dont visiblement, les Etats-Unis ont assuré un stock conséquent. <br />
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Video tournée rue Bassiouny, depuis une petite venelle où je me suis retranchée.<br />
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Le 29 janvier, le téléphone GSM qui était coupé depuis la veille est rétabli. Les tanks de l’armée ont pris place tout autour de l’immense esplanade et on ne voit plus un seul policier. <br />
Les manifestants sont là, tous ont les yeux rougis à la fois par le manque de sommeil et les gaz reçus hier et cette nuit. De nombreux éclopés mais des gens heureux, persuadés qu’ils vont gagner. La foule est joyeuse et les slogans offensifs. Il fait très beau aujourd’hui  et les slogans comme « l’armée avec le peuple ! » donnent à cette place un air printanier de révolution des œillets. La destruction de nombreux commissariats et les victoires contre cette police haïe par tous les égyptiens ont éloigné le spectre de la peur et les yeux brillent fort.<br />
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De nombreux témoignages confirment qu’hier soir tard, après le couvre-feu, les policiers ont fait sortir les droits-communs de prison (les baltaguiya) pendant que la radio annonçait la « descente » des jeunes de quartiers pauvres vers le centre, pour susciter davantage encore « de vocations ». De nombreux incendies de voitures, des pillages ont eu lieu dans la nuit, qui n’ont rien à voir avec les manifestants. La présence de l’armée semble avoir stoppé tout ça, mais nous allons vite apprendre que ce n’est pas le cas dans de nombreux quartiers.<br />
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La recette est connue et c’est celle de tous les dictateurs arabes : lorsqu’ils se sentent débordés par un mouvement social trop important, ils sortent leur jocker : les voyous et/ou les extrémistes religieux pour créer une pagaille telle que le peuple aspirera au retour du calme, par la force bien sûr. Ben Ali l’a fait, Bachar al-Assad lui aussi a fait sortir tout ce que ses prisons contenaient de terroristes et de criminels pour contrer les révolutionnaires.<br />
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Environnement<br />
Scène inusitée au Caire. On y voit des jeunes s’emparer de sacs plastiques ou de poubelles à roulettes et entreprendre de nettoyer la place. Ils ont même ensuite disposé des cartons régulièrement dans les rues commerçantes aux alentours, rues qui sont totalement dépourvues de poubelles publiques. Il s’agit d’inciter tout le monde à faire le ménage. Pour ceux qui connaissent le Caire et ses montagnes de déchets à ciel ouvert, cela peut étonner. Je me dis que pour se préoccuper de son environnement, il faut reprendre la main sur l’espace public, reprendre ses droits dans la cité et qu’à l’inverse, on peut difficilement exiger de gens qui sont exclus de tout de prendre soin de l’espace commun.<br />
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Je discute avec des jeunes, différents groupes : « êtes-vous sûrs que l’armée va prendre le parti des insurgés, défendre leurs revendications ? » Personne n’en doute : « L’armée égyptienne n’a jamais levé les armes contre le peuple, d’ailleurs l’armée c’est le peuple ». Plus tard en f in d’après-midi, je rencontre un jeune beaucoup plus politisé qui répond ainsi : « Ce n’est pas bien clair. L’armée est avec nous, mais où sont les officiers ? Il n’y a ici que des soldats. » Effectivement il n’y a aucun officier dans les parages.  <br />
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Char à l’angle de la place tangué : A bas Moubarak<br />
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La veille au soir, Moubarak dans un discours télévisé a affirmé qu’il ne partirait pas. Les groupes discutent et affinent leurs revendications. Je leur demande ce qui ressort de leurs discussions. Le résumé est le suivant : 1/ Chute du régime 2/ Réélection de l’Assemblée Nationale 3/ Changeme…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>Pour les premiers jours de la révolution, on voit des scènes de guerre, solidarités nouvelles et un début d&apos;organisation dont une mosquée-hôpital. Témoignages.</itunes:subtitle>
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Video tournée rue Bassiouny, depuis une petite venelle où je me suis retranchée.

Le 29 janvier, le téléphone GSM qui était coupé depuis la veille est rétabli. Les tanks de l’armée ont pris place tout autour de l’immense esplanade et on ne voit plus un seul policier. 
Les manifestants sont là, tous ont les yeux rougis à la fois par le manque de sommeil et les gaz reçus hier et cette nuit. De nombreux éclopés mais des gens heureux, persuadés qu’ils vont gagner. La foule est joyeuse et les slogans offensifs. Il fait très beau aujourd’hui  et les slogans comme « l’armée avec le peuple ! » donnent à cette place un air printanier de révolution des œillets. La destruction de nombreux commissariats et les victoires contre cette police haïe par tous les égyptiens ont éloigné le spectre de la peur et les yeux brillent fort.

De nombreux témoignages confirment qu’hier soir tard, après le couvre-feu, les policiers ont fait sortir les droits-communs de prison (les baltaguiya) pendant que la radio annonçait la « descente » des jeunes de quartiers pauvres vers le centre, pour susciter davantage encore « de vocations ». De nombreux incendies de voitures, des pillages ont eu lieu dans la nuit, qui n’ont rien à voir avec les manifestants. La présence de l’armée semble avoir stoppé tout ça, mais nous allons vite apprendre que ce n’est pas le cas dans de nombreux quartiers.

La recette est connue et c’est celle de tous les dictateurs arabes : lorsqu’ils se sentent débordés par un mouvement social trop important, ils sortent leur jocker : les voyous et/ou les extrémistes religieux pour créer une pagaille telle que le peuple aspirera au retour du calme, par la force bien sûr. Ben Ali l’a fait, Bachar al-Assad lui aussi a fait sortir tout ce que ses prisons contenaient de terroristes et de criminels pour contrer les révolutionnaires.

Environnement
Scène inusitée au Caire. On y voit des jeunes s’emparer de sacs plastiques ou de poubelles à roulettes et entreprendre de nettoyer la place. Ils ont même ensuite disposé des cartons régulièrement dans les rues commerçantes aux alentours, rues qui sont totalement dépourvues de poubelles publiques. Il s’agit d’inciter tout le monde à faire le ménage. Pour ceux qui connaissent le Caire et ses montagnes de déchets à ciel ouvert, cela peut étonner. Je me dis que pour se préoccuper de son environnement, il faut reprendre la main sur l’espace public, reprendre ses droits dans la cité et qu’à l’inverse, on peut difficilement exiger de gens qui sont exclus de tout de prendre soin de l’espace commun.

Je discute avec des jeunes, différents groupes : « êtes-vous sûrs que l’armée va prendre le parti des insurgés, défendre leurs revendications ? » Personne n’en doute : « L’armée égyptienne n’a jamais levé les armes contre le peuple, d’ailleurs l’armée c’est le peuple ». Plus tard en f in d’après-midi, je rencontre un jeune beaucoup plus politisé qui répond ainsi : « Ce n’est pas bien clair. L’armée est avec nous, mais où sont les officiers ? Il n’y a ici que des soldats. » Effectivement il n’y a aucun officier dans les parages.  

Char à l’angle de la place tangué : A bas Moubarak

La veille au soir, Moubarak dans un discours télévisé a affirmé qu’il ne partirait pas. Les groupes discutent et affinent leurs revendications. Je leur demande ce qui ressort de leurs discussions. Le résumé est le suivant : 1/ Chute du régime 2/ Réélection de l’Assemblée Nationale 3/ Changeme…]]></itunes:summary>
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		<title>Révolution Egyptienne (3) - Quand la fête de la police allait devenir journée de la colère</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Le Caire, 25/01/2011
Le 25 janvier est un jour férié en raison de la fête nationale de la police. Un appel à en faire  « journée de la colère » circulait depuis plusieurs jours. 
Ce n’est pas une, mais de nombreuses manifestations  qui se sont déroulées, impossible de les dénombrer. Malgré les interdits et les menaces diffusées depuis plusieurs jours, les mises en garde du pape Chenouda et celles du recteur de la mosquée d’al-Azhar, les égyptiens sont massivement descendus dans la rue aujourd’hui, crier leur volonté de changement. 

Non à la misère, non au chômage, non à la torture
Le cortège qui est parti de la rue Ramses, vers 15h au niveau de la rue Abd el Hameed Said (celle où j’habite)  n’avait rien de vraiment organisé. Les slogans s’inventaient sur place « Justice, justice ! », « Non à la pauvreté, non au chômage, non à la torture », « Hosny, Gamal, c’est non ! », « Et un, et deux, c’est le peuple d’Égypte ! » (allusion à la Tunisie) , « Unité du peuple égyptien! » (en écho, sans doute, aux récents événements chrétiens/musulmans). 

Le cortège a réussi à forcer le cordon de policiers qui lui barrait l’accès à l’arrière de la place Tahrir.
video complète ici

Un peu plus tard, 500 personnes se sont retrouvées sur la place Tahrir très hésitants sur la marche à suivre, hélant les badauds et les habitants des alentours en leur demandant de descendre. Enzil ! Enzil !
Puis ceux qui étaient partis de Mohendissine sur la rive gauche du Nil, ont rejoint le rassemblement, via le pont Qasr el Eny acclamés par la foule. Vers 15h30 les effectifs avaient largement triplé. Un canon à eau parti du Mogamma, le bâtiment administratif du fond de la place a traversé la foule à vive allure. Sur le toit du véhicule, un jeune a tenté d’obstruer le canon, applaudi par la foule.

video canon à eau (maya signifie eau).

Puis un flic en civil l’a pris à bras le corps. Les deux hommes sont tombés dans la foule, alors que le camion poursuivait sa route. On voit sur la video les femmes organiser spontanément des cordons pour protéger la foule.

Le cortège s’est avancé ensuite vers la place où des manifestants affluaient de toute part. Il s’est mis à grossir de façon exponentielle et la place s’est vite retrouvée noire de monde. Vers 16h la police plutôt affolée qu’agressive, a commencé à tirer des bombes lacrymogènes, sans même prendre le temps de regarder d’où venait le vent… Les policiers en larmes couraient dans tous les sens, tout autant que les manifestants. 

Flics sous vents contraires

Jamais, depuis deux ans et demi, je n’ai vu une si grande  diversité sociale. On croisait aussi bien des jeunes de quartiers populaires, que des hommes en costumes, des femmes « en cheveux » ou femmes voilées. Dans l’après midi, j’ai pris en photo la pancarte d’un manifestant représentant Ben Ali prenant une gazma (une godasse) dans la figure. 

En Tunisie et maintenant en Egypte

Nul doute au soir de ce 25 janvier, que la puissance de cette « Journée de la colère », catalys ée par les journées précédentes en Tunisie fera date.
Après minuit des milliers de manifestants sont encore sur la place Tahrir. Entièrement cernée par des policiers, des canons à eau postés dans chacune des rues d’accès, le rassemblement est toujours aussi impressionnant de calme et de détermination. Les allocutions s’enchaînent, entrecoupées de « liberté, liberté » et de « dehors Hosny, dehors Gamal ».

video de la première nuit

Rendez-vous semble pris pour demain midi…

Le 26 j’écris sur mon blog

Malgré les interdictions, les menaces de répression, les fouilles aux abords du centre ville, les dissolutions de rassemblement de plus de quatre personnes, les égyptiens ont réussi à se retrouver vers 16h, rue Ramses, devant la cour suprême de justice pour protester contre la censure, exiger la « fin du régime » et le départ du clan Moubarak.

A 16h20, la police a chargé, à coup de bâtons et d…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Le Caire, 25/01/2011<br />
Le 25 janvier est un jour férié en raison de la fête nationale de la police. Un appel à en faire  « journée de la colère » circulait depuis plusieurs jours. <br />
Ce n’est pas une, mais de nombreuses manifestations  qui se sont déroulées, impossible de les dénombrer. Malgré les interdits et les menaces diffusées depuis plusieurs jours, les mises en garde du pape Chenouda et celles du recteur de la mosquée d’al-Azhar, les égyptiens sont massivement descendus dans la rue aujourd’hui, crier leur volonté de changement. <br />
<br />
Non à la misère, non au chômage, non à la torture<br />
Le cortège qui est parti de la rue Ramses, vers 15h au niveau de la rue Abd el Hameed Said (celle où j’habite)  n’avait rien de vraiment organisé. Les slogans s’inventaient sur place « Justice, justice ! », « Non à la pauvreté, non au chômage, non à la torture », « Hosny, Gamal, c’est non ! », « Et un, et deux, c’est le peuple d’Égypte ! » (allusion à la Tunisie) , « Unité du peuple égyptien! » (en écho, sans doute, aux récents événements chrétiens/musulmans). <br />
<br />
Le cortège a réussi à forcer le cordon de policiers qui lui barrait l’accès à l’arrière de la place Tahrir.<br />
video complète ici<br />
<br />
Un peu plus tard, 500 personnes se sont retrouvées sur la place Tahrir très hésitants sur la marche à suivre, hélant les badauds et les habitants des alentours en leur demandant de descendre. Enzil ! Enzil !<br />
Puis ceux qui étaient partis de Mohendissine sur la rive gauche du Nil, ont rejoint le rassemblement, via le pont Qasr el Eny acclamés par la foule. Vers 15h30 les effectifs avaient largement triplé. Un canon à eau parti du Mogamma, le bâtiment administratif du fond de la place a traversé la foule à vive allure. Sur le toit du véhicule, un jeune a tenté d’obstruer le canon, applaudi par la foule.<br />
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video canon à eau (maya signifie eau).<br />
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Puis un flic en civil l’a pris à bras le corps. Les deux hommes sont tombés dans la foule, alors que le camion poursuivait sa route. On voit sur la video les femmes organiser spontanément des cordons pour protéger la foule.<br />
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Le cortège s’est avancé ensuite vers la place où des manifestants affluaient de toute part. Il s’est mis à grossir de façon exponentielle et la place s’est vite retrouvée noire de monde. Vers 16h la police plutôt affolée qu’agressive, a commencé à tirer des bombes lacrymogènes, sans même prendre le temps de regarder d’où venait le vent… Les policiers en larmes couraient dans tous les sens, tout autant que les manifestants. <br />
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Flics sous vents contraires<br />
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Jamais, depuis deux ans et demi, je n’ai vu une si grande  diversité sociale. On croisait aussi bien des jeunes de quartiers populaires, que des hommes en costumes, des femmes « en cheveux » ou femmes voilées. Dans l’après midi, j’ai pris en photo la pancarte d’un manifestant représentant Ben Ali prenant une gazma (une godasse) dans la figure. <br />
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En Tunisie et maintenant en Egypte<br />
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Nul doute au soir de ce 25 janvier, que la puissance de cette « Journée de la colère », catalys ée par les journées précédentes en Tunisie fera date.<br />
Après minuit des milliers de manifestants sont encore sur la place Tahrir. Entièrement cernée par des policiers, des canons à eau postés dans chacune des rues d’accès, le rassemblement est toujours aussi impressionnant de calme et de détermination. Les allocutions s’enchaînent, entrecoupées de « liberté, liberté » et de « dehors Hosny, dehors Gamal ».<br />
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video de la première nuit<br />
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Rendez-vous semble pris pour demain midi…<br />
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Le 26 j’écris sur mon blog<br />
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Malgré les interdictions, les menaces de répression, les fouilles aux abords du centre ville, les dissolutions de rassemblement de plus de quatre personnes, les égyptiens ont réussi à se retrouver vers 16h, rue Ramses, devant la cour suprême de justice pour protester contre la censure, exiger la « fin du régime » et le départ du clan Moubarak.<br />
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A 16h20, la police a chargé, à coup de bâtons et d…]]></content:encoded>
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		<itunes:title>Révolution Egyptienne (3) - Quand la fête de la police allait devenir journée de la colère</itunes:title>
		<itunes:author>Chronique D&amp;#039;Une Révolution Egyptienne</itunes:author>
		<itunes:subtitle>Les premiers jours de la révolution égyptienne sont d&apos;une ampleur sans précédent. Les slogans mettent en cause la dictature : Non à la pauvreté, au chômage et à la torture !</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Le Caire, 25/01/2011
Le 25 janvier est un jour férié en raison de la fête nationale de la police. Un appel à en faire  « journée de la colère » circulait depuis plusieurs jours. 
Ce n’est pas une, mais de nombreuses manifestations  qui se sont déroulées, impossible de les dénombrer. Malgré les interdits et les menaces diffusées depuis plusieurs jours, les mises en garde du pape Chenouda et celles du recteur de la mosquée d’al-Azhar, les égyptiens sont massivement descendus dans la rue aujourd’hui, crier leur volonté de changement. 

Non à la misère, non au chômage, non à la torture
Le cortège qui est parti de la rue Ramses, vers 15h au niveau de la rue Abd el Hameed Said (celle où j’habite)  n’avait rien de vraiment organisé. Les slogans s’inventaient sur place « Justice, justice ! », « Non à la pauvreté, non au chômage, non à la torture », « Hosny, Gamal, c’est non ! », « Et un, et deux, c’est le peuple d’Égypte ! » (allusion à la Tunisie) , « Unité du peuple égyptien! » (en écho, sans doute, aux récents événements chrétiens/musulmans). 

Le cortège a réussi à forcer le cordon de policiers qui lui barrait l’accès à l’arrière de la place Tahrir.
video complète ici

Un peu plus tard, 500 personnes se sont retrouvées sur la place Tahrir très hésitants sur la marche à suivre, hélant les badauds et les habitants des alentours en leur demandant de descendre. Enzil ! Enzil !
Puis ceux qui étaient partis de Mohendissine sur la rive gauche du Nil, ont rejoint le rassemblement, via le pont Qasr el Eny acclamés par la foule. Vers 15h30 les effectifs avaient largement triplé. Un canon à eau parti du Mogamma, le bâtiment administratif du fond de la place a traversé la foule à vive allure. Sur le toit du véhicule, un jeune a tenté d’obstruer le canon, applaudi par la foule.

video canon à eau (maya signifie eau).

Puis un flic en civil l’a pris à bras le corps. Les deux hommes sont tombés dans la foule, alors que le camion poursuivait sa route. On voit sur la video les femmes organiser spontanément des cordons pour protéger la foule.

Le cortège s’est avancé ensuite vers la place où des manifestants affluaient de toute part. Il s’est mis à grossir de façon exponentielle et la place s’est vite retrouvée noire de monde. Vers 16h la police plutôt affolée qu’agressive, a commencé à tirer des bombes lacrymogènes, sans même prendre le temps de regarder d’où venait le vent… Les policiers en larmes couraient dans tous les sens, tout autant que les manifestants. 

Flics sous vents contraires

Jamais, depuis deux ans et demi, je n’ai vu une si grande  diversité sociale. On croisait aussi bien des jeunes de quartiers populaires, que des hommes en costumes, des femmes « en cheveux » ou femmes voilées. Dans l’après midi, j’ai pris en photo la pancarte d’un manifestant représentant Ben Ali prenant une gazma (une godasse) dans la figure. 

En Tunisie et maintenant en Egypte

Nul doute au soir de ce 25 janvier, que la puissance de cette « Journée de la colère », catalys ée par les journées précédentes en Tunisie fera date.
Après minuit des milliers de manifestants sont encore sur la place Tahrir. Entièrement cernée par des policiers, des canons à eau postés dans chacune des rues d’accès, le rassemblement est toujours aussi impressionnant de calme et de détermination. Les allocutions s’enchaînent, entrecoupées de « liberté, liberté » et de « dehors Hosny, dehors Gamal ».

video de la première nuit

Rendez-vous semble pris pour demain midi…

Le 26 j’écris sur mon blog

Malgré les interdictions, les menaces de répression, les fouilles aux abords du centre ville, les dissolutions de rassemblement de plus de quatre personnes, les égyptiens ont réussi à se retrouver vers 16h, rue Ramses, devant la cour suprême de justice pour protester contre la censure, exiger la « fin du régime » et le départ du clan Moubarak.

A 16h20, la police a chargé, à coup de bâtons et d…]]></itunes:summary>
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	</item>
	<item>
		<title>La révolution egyptienne ne surgit pas de nulle part (2) : la répression de 2009-2010</title>
		<link>https://www.lacledesondes.fr/podcasts/archives-chronique-dune-revolution-egyptienne/la-revolution-egyptienne-ne-surgit-pas-de-nulle-part-2-la-repression-de-2009-2010/</link>
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		<pubDate>Tue, 19 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[La chanson Midan at-tahrir
Avant d’aller plus loin dans le rappel des évènements qui ont précédé le 25 janvier 2011, je dois répondre à une question : quel est ce superbe morceau qui sert de jingle à l’émission ? C’est une chanson qui a été composée sur la place Tahrir, pendant la révolution. L’auteur des paroles est Mohamed Zanaty, un poète et ami. La musique est de Hatem Ezzat, compositeur et joueur de oud, et l’interprétation est celle du groupe Salsabil, composé de Hatem Ezzat et Fatma Mohamed Ali (photo). Pour ceux d’entre vous qui fréquentent le festival Planète, rive droite, le groupe Salsabil est venu y chanter en 2014.

Fatma et Hatem à Bordeaux en 2014

J’avais prévu de demander un témoignage à Mohamed dans l’une de ces chroniques. Ce ne sera sans doute pas possible car il est cloué au lit par le Covid depuis deux semaines déjà. Il n’a pas eu de place à l’hôpital puisque le système de santé égyptien est totalement sous-calibré et de toutes façons inaccessible à la plupart des égyptiens hormis les hôpitaux publics totalement délabrés. Mohamed  se soigne donc chez lui et guérit lentement, mais il n’a pas encore retrouvé la voix. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Pour revenir à la chanson, que dit-elle ? 

« Mon adresse n’est plus notre maison, mon adresse est la place Tahrir/ Le sang s’est vidé du corps des martyrs de la place Tahrir/ Ce nom est celui que mon âme a choisi/ Je suis le fils de la place Tahrir ». 

Cette chanson a eu un succès énorme, et elle est connue de la plupart de ceux qui ont occupé cette place en 2011. 

Nous avons vu hier comment s’est déroulée la grande grève du 6 avril 2008. Elle devait être suivie par une réplique le 4 mai qui n’a pas vraiment eu lieu. Et pour cause. Une énorme répression a suivi le 6 avril, et les arrestations n’ont pas cessé . Mubarak a aussi tenté de désamorcer la bombe qui se préparait en annonçant la semaine dernière une hausse de 30% des salaires de fonctionnaires, et l’octroi de 15 millions de cartes d’approvisionnement supplémentaires ! De quoi désengorger les files d’attentes de plus en plus longues devant les algeco qui délivrent le pain subventionné par l’État.

Le pain
Le pain en égyptien se dit 'aîch, et c’est le même mot pour dire « la vie ». Cette galette à base de farine grossière est la nourriture de base des égyptiens. Il suffit d’un peu de sauce tomate, ou de fèves bouillies (le foul) ou d’huile et d’herbes aromatiques (za’atar) pour qu’il se transforme en festin de roi. Mais même ce repas frugal devient inaccessible au point que circule sur les réseaux une image qui fait fureur. On y voit l’épouse du fils du président (Gamal Mubarak) lui glisser à l’oreille :

S’ils ne trouvent pas de pain, ya Gimy, dis-leur de manger des gâteaux !

Deux remarques sur cette image :

Dans l’Egypte de Moubarak on peut parodier le fils du président, critiquer le régime (au moins par allusions) et faire des reportages sur les manifestations, sur la faim. Mais on risque la prison (et la torture puisqu’elle est systématique) si on critique Moubarak lui-même. Dans l’Egypte de Sissi, on va en prison dans tous les cas que je viens d’énumérer, et bien d’autres.

La phrase qui est prêtée à l’épouse de Gamal est bien sûr une parodie de celle attribuée à Marie-Antoinette. La référence à la Révolution française est très forte en Egypte et elle sera vivace pendant tous les événements qui vont suivre.

6 avril 2009
Le 6 avril 2009 une grève générale était annoncée qui n’a pas eu lieu. Pourtant la mobilisation était importante chez les personnels administratifs du ministère de l’éducation et de l’enseignement, dans les usines de Mahalla, dans une grosse entreprise de céramique au Fayoum, dans de nombreuses universités.

Quelques partis de « gauche » ont annoncé leur soutien mais l’organisation des Frères musulmans a annoncé il y a plusieurs jours qu’elle se désolidarisait du mouv…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[La chanson Midan at-tahrir<br />
Avant d’aller plus loin dans le rappel des évènements qui ont précédé le 25 janvier 2011, je dois répondre à une question : quel est ce superbe morceau qui sert de jingle à l’émission ? C’est une chanson qui a été composée sur la place Tahrir, pendant la révolution. L’auteur des paroles est Mohamed Zanaty, un poète et ami. La musique est de Hatem Ezzat, compositeur et joueur de oud, et l’interprétation est celle du groupe Salsabil, composé de Hatem Ezzat et Fatma Mohamed Ali (photo). Pour ceux d’entre vous qui fréquentent le festival Planète, rive droite, le groupe Salsabil est venu y chanter en 2014.<br />
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Fatma et Hatem à Bordeaux en 2014<br />
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J’avais prévu de demander un témoignage à Mohamed dans l’une de ces chroniques. Ce ne sera sans doute pas possible car il est cloué au lit par le Covid depuis deux semaines déjà. Il n’a pas eu de place à l’hôpital puisque le système de santé égyptien est totalement sous-calibré et de toutes façons inaccessible à la plupart des égyptiens hormis les hôpitaux publics totalement délabrés. Mohamed  se soigne donc chez lui et guérit lentement, mais il n’a pas encore retrouvé la voix. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.<br />
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Pour revenir à la chanson, que dit-elle ? <br />
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« Mon adresse n’est plus notre maison, mon adresse est la place Tahrir/ Le sang s’est vidé du corps des martyrs de la place Tahrir/ Ce nom est celui que mon âme a choisi/ Je suis le fils de la place Tahrir ». <br />
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Cette chanson a eu un succès énorme, et elle est connue de la plupart de ceux qui ont occupé cette place en 2011. <br />
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Nous avons vu hier comment s’est déroulée la grande grève du 6 avril 2008. Elle devait être suivie par une réplique le 4 mai qui n’a pas vraiment eu lieu. Et pour cause. Une énorme répression a suivi le 6 avril, et les arrestations n’ont pas cessé . Mubarak a aussi tenté de désamorcer la bombe qui se préparait en annonçant la semaine dernière une hausse de 30% des salaires de fonctionnaires, et l’octroi de 15 millions de cartes d’approvisionnement supplémentaires ! De quoi désengorger les files d’attentes de plus en plus longues devant les algeco qui délivrent le pain subventionné par l’État.<br />
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Le pain<br />
Le pain en égyptien se dit &apos;aîch, et c’est le même mot pour dire « la vie ». Cette galette à base de farine grossière est la nourriture de base des égyptiens. Il suffit d’un peu de sauce tomate, ou de fèves bouillies (le foul) ou d’huile et d’herbes aromatiques (za’atar) pour qu’il se transforme en festin de roi. Mais même ce repas frugal devient inaccessible au point que circule sur les réseaux une image qui fait fureur. On y voit l’épouse du fils du président (Gamal Mubarak) lui glisser à l’oreille :<br />
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S’ils ne trouvent pas de pain, ya Gimy, dis-leur de manger des gâteaux !<br />
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Deux remarques sur cette image :<br />
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Dans l’Egypte de Moubarak on peut parodier le fils du président, critiquer le régime (au moins par allusions) et faire des reportages sur les manifestations, sur la faim. Mais on risque la prison (et la torture puisqu’elle est systématique) si on critique Moubarak lui-même. Dans l’Egypte de Sissi, on va en prison dans tous les cas que je viens d’énumérer, et bien d’autres.<br />
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La phrase qui est prêtée à l’épouse de Gamal est bien sûr une parodie de celle attribuée à Marie-Antoinette. La référence à la Révolution française est très forte en Egypte et elle sera vivace pendant tous les événements qui vont suivre.<br />
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6 avril 2009<br />
Le 6 avril 2009 une grève générale était annoncée qui n’a pas eu lieu. Pourtant la mobilisation était importante chez les personnels administratifs du ministère de l’éducation et de l’enseignement, dans les usines de Mahalla, dans une grosse entreprise de céramique au Fayoum, dans de nombreuses universités.<br />
<br />
Quelques partis de « gauche » ont annoncé leur soutien mais l’organisation des Frères musulmans a annoncé il y a plusieurs jours qu’elle se désolidarisait du mouv…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>En 2009 et 2010, La répression continue comme lors de cette manifestation le 13 avril 2010 pour réclamer la libération des activistes emprisonnés,  la fin de l&apos;état d&apos;urgence et la révision de la constitution.</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[La chanson Midan at-tahrir
Avant d’aller plus loin dans le rappel des évènements qui ont précédé le 25 janvier 2011, je dois répondre à une question : quel est ce superbe morceau qui sert de jingle à l’émission ? C’est une chanson qui a été composée sur la place Tahrir, pendant la révolution. L’auteur des paroles est Mohamed Zanaty, un poète et ami. La musique est de Hatem Ezzat, compositeur et joueur de oud, et l’interprétation est celle du groupe Salsabil, composé de Hatem Ezzat et Fatma Mohamed Ali (photo). Pour ceux d’entre vous qui fréquentent le festival Planète, rive droite, le groupe Salsabil est venu y chanter en 2014.

Fatma et Hatem à Bordeaux en 2014

J’avais prévu de demander un témoignage à Mohamed dans l’une de ces chroniques. Ce ne sera sans doute pas possible car il est cloué au lit par le Covid depuis deux semaines déjà. Il n’a pas eu de place à l’hôpital puisque le système de santé égyptien est totalement sous-calibré et de toutes façons inaccessible à la plupart des égyptiens hormis les hôpitaux publics totalement délabrés. Mohamed  se soigne donc chez lui et guérit lentement, mais il n’a pas encore retrouvé la voix. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Pour revenir à la chanson, que dit-elle ? 

« Mon adresse n’est plus notre maison, mon adresse est la place Tahrir/ Le sang s’est vidé du corps des martyrs de la place Tahrir/ Ce nom est celui que mon âme a choisi/ Je suis le fils de la place Tahrir ». 

Cette chanson a eu un succès énorme, et elle est connue de la plupart de ceux qui ont occupé cette place en 2011. 

Nous avons vu hier comment s’est déroulée la grande grève du 6 avril 2008. Elle devait être suivie par une réplique le 4 mai qui n’a pas vraiment eu lieu. Et pour cause. Une énorme répression a suivi le 6 avril, et les arrestations n’ont pas cessé . Mubarak a aussi tenté de désamorcer la bombe qui se préparait en annonçant la semaine dernière une hausse de 30% des salaires de fonctionnaires, et l’octroi de 15 millions de cartes d’approvisionnement supplémentaires ! De quoi désengorger les files d’attentes de plus en plus longues devant les algeco qui délivrent le pain subventionné par l’État.

Le pain
Le pain en égyptien se dit 'aîch, et c’est le même mot pour dire « la vie ». Cette galette à base de farine grossière est la nourriture de base des égyptiens. Il suffit d’un peu de sauce tomate, ou de fèves bouillies (le foul) ou d’huile et d’herbes aromatiques (za’atar) pour qu’il se transforme en festin de roi. Mais même ce repas frugal devient inaccessible au point que circule sur les réseaux une image qui fait fureur. On y voit l’épouse du fils du président (Gamal Mubarak) lui glisser à l’oreille :

S’ils ne trouvent pas de pain, ya Gimy, dis-leur de manger des gâteaux !

Deux remarques sur cette image :

Dans l’Egypte de Moubarak on peut parodier le fils du président, critiquer le régime (au moins par allusions) et faire des reportages sur les manifestations, sur la faim. Mais on risque la prison (et la torture puisqu’elle est systématique) si on critique Moubarak lui-même. Dans l’Egypte de Sissi, on va en prison dans tous les cas que je viens d’énumérer, et bien d’autres.

La phrase qui est prêtée à l’épouse de Gamal est bien sûr une parodie de celle attribuée à Marie-Antoinette. La référence à la Révolution française est très forte en Egypte et elle sera vivace pendant tous les événements qui vont suivre.

6 avril 2009
Le 6 avril 2009 une grève générale était annoncée qui n’a pas eu lieu. Pourtant la mobilisation était importante chez les personnels administratifs du ministère de l’éducation et de l’enseignement, dans les usines de Mahalla, dans une grosse entreprise de céramique au Fayoum, dans de nombreuses universités.

Quelques partis de « gauche » ont annoncé leur soutien mais l’organisation des Frères musulmans a annoncé il y a plusieurs jours qu’elle se désolidarisait du mouv…]]></itunes:summary>
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		<title>La révolution egyptienne ne surgit pas de nulle part (1) : la grande grêve de 2008</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Cette chronique démarre un 18 janvier, ce qui n’est pas la date anniversaire de la révolution égyptienne. Mais il faut explorer les mois voire les années qui précèdent le 25 janvier 2011, jour où des dizaines de milliers d’égyptiens sont descendus dans la rue pour « célébrer » — à leur manière—  la fête de la police, pour tenter de comprendre. 
Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».

J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. 
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. 

J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.

Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. 

C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. 

Sur mon blog le 4 avril
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » 

Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.

Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Cette chronique démarre un 18 janvier, ce qui n’est pas la date anniversaire de la révolution égyptienne. Mais il faut explorer les mois voire les années qui précèdent le 25 janvier 2011, jour où des dizaines de milliers d’égyptiens sont descendus dans la rue pour « célébrer » — à leur manière—  la fête de la police, pour tenter de comprendre. <br />
Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».<br />
<br />
J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. <br />
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. <br />
<br />
J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.<br />
<br />
Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. <br />
<br />
C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. <br />
<br />
Sur mon blog le 4 avril<br />
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » <br />
<br />
Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.<br />
<br />
Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.<br />
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></content:encoded>
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		<itunes:title>La révolution egyptienne ne surgit pas de nulle part (1) : la grande grêve de 2008</itunes:title>
		<itunes:author>Chronique D&amp;#039;Une Révolution Egyptienne</itunes:author>
		<itunes:subtitle>La révolution de 2011 ne surgit pas de nulle part. Un puissant mouvement social la précède.</itunes:subtitle>
		<itunes:summary><![CDATA[Cette chronique démarre un 18 janvier, ce qui n’est pas la date anniversaire de la révolution égyptienne. Mais il faut explorer les mois voire les années qui précèdent le 25 janvier 2011, jour où des dizaines de milliers d’égyptiens sont descendus dans la rue pour « célébrer » — à leur manière—  la fête de la police, pour tenter de comprendre. 
Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».

J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. 
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. 

J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.

Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. 

C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. 

Sur mon blog le 4 avril
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » 

Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.

Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></itunes:summary>
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		<pubDate>Mon, 18 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[Cette chronique démarre un 18 janvier, ce qui n’est pas la date anniversaire de la révolution égyptienne. Mais il faut explorer les mois voire les années qui précèdent le 25 janvier 2011, jour où des dizaines de milliers d’égyptiens sont descendus dans la rue pour « célébrer » — à leur manière—  la fête de la police, pour tenter de comprendre. 
Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».

J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. 
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. 

J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.

Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. 

C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. 

Sur mon blog le 4 avril
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » 

Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.

Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[Cette chronique démarre un 18 janvier, ce qui n’est pas la date anniversaire de la révolution égyptienne. Mais il faut explorer les mois voire les années qui précèdent le 25 janvier 2011, jour où des dizaines de milliers d’égyptiens sont descendus dans la rue pour « célébrer » — à leur manière—  la fête de la police, pour tenter de comprendre. <br />
Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».<br />
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J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. <br />
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. <br />
<br />
J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.<br />
<br />
Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. <br />
<br />
C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. <br />
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Sur mon blog le 4 avril<br />
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » <br />
<br />
Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.<br />
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Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.<br />
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>La révolution de 2011 ne surgit pas de nulle part. Un puissant mouvement social la précède.</itunes:subtitle>
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Ce n’était pas la première révolte qui secouait le pays, et nous aimerions, pendant les premiers épisodes de cette chronique, aller au-delà des explications magiques qui nous sont à nouveau servies pour ce dixième anniversaire sur la « révolution Facebook ».

J’ai vécu en Egypte pendant 5 ans, de 2007 à 2012. 
J’étais partie là-bas pour mener des recherches en Histoire et Philosophie des Sciences, plus précisément sur la physique arabe du XIIe siècle. L’un de mes directeurs de thèse, directeur de recherche au CNRS mais aussi dans le privé, frère dominicain, m’avait conseillé la bibliothèque maintenant mondialement connue que l’Institut dominicain des études orientales fait vivre au Caire. C’est même dans leur couvent que j’ai été hébergée à mon arrivée, en attendant de me trouver un appartement au centre ville ensuite. Dans cette bibliothèque j’ai pu travailler en toute liberté, dans un cadre magnifique et avec l’entourage amical des frères dominicains qui sont presque tous des chercheurs. 

J’ai soutenu ma thèse à Paris 7 en décembre 2010, et j’étais donc libérée de la forte pression qu’exerce ce genre de travail lorsque les évènements du 25 janvier ont démarré. Mais bien avant, dès 2007, j’avais commencé à tenir un blog sur wordpress (puis sur Médiapart), dont je mettrai les coordonnées sur le site de la Clé des Ondes. Ce blog était initialement destiné à donner des  nouvelles à ma famille, à mes deux fils restés dans le nid familial à Bordeaux (le plus jeune venait d’avoir 20 ans) et mes amis. Petit à petit, il a rendu compte de mes explorations à travers la ville du Caire, à travers l’Egypte, ou le Liban et la Syrie où je me rendais régulièrement.

Même si j’ai beaucoup lu sur l’histoire contemporaine de l’Egypte, je ne prétends pas être une experte de ce pays. Je n’ai ni une formation de sociologue, ni une formation en sciences politiques. Ce qui peut caractériser mon regard sur les événements — et qui me différencie de nombreux commentateurs  — c’est d’avoir la grille de lecture d’une militante, engagée depuis toujours dans la vie associative, syndicale ou politique. 

C’est sans doute pour cette raison que je suivais de façon attentive la presse, les blogs des activistes et le réseau Facebook où j’ai ouvert un compte et découvert une liberté de parole qui contrastait avec le reste de la société. C’est là que j’ai découvert un appel à la grève pour le 6 avril 2008, appel lancé par un groupe qui s’est lui-même baptisé « les jeunes du 6 avril ». Cet appel prenait appui sur une colère de plus en plus manifeste. 

Sur mon blog le 4 avril
« l’Égypte se paralyse : l’envolée des prix, la crise du pain, les promesses gouvernementales non tenues, le chômage, les problèmes de logement, l’état d’urgence, les libertés bafouées, la torture en prison… il semble que le peuple égyptien en ait ras la musette (ou ras le burnou). On l’aurait à moins. Tous les mouvements d’opposition ou presque semblent s’être mis d’accord pour une journée d’action nationale…de Kefayya (ça suffit !) aux Frères musulmans en passant par la gauche nassérienne, voire l’extrême gauche. » 

Effectivement l’appel des organisations qui va être diffusé par voie de tract et dans la presse indépendante rassemble de nombreuses organisations.

Toutes les forces nationales en Egypte sont d’accord pour que le 6 avril soit un jour de grève générale en Égypte.
Le 6 avril reste assis à la maison ou participe avec nous sur les places publiques, n’abandonne pas et participe, ne va pas au travail, ne va pas à l’université, ne va pas à l’éc…]]></itunes:summary>
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		<title>Jusqu&amp;#039;au 29 janvier, nos chroniques d&amp;#039;une révolution egyptienne</title>
		<link>https://www.lacledesondes.fr/podcasts/archives-chronique-dune-revolution-egyptienne/jusquau-29-janvier-nos-chroniques-dune-revolution-egyptienne/</link>
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		<pubDate>Sat, 16 Jan 2021 00:00:00 +0100</pubDate>
		<description><![CDATA[En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute "officiellement" le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l'évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.

Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.

La Page de l'émission]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[En 2011 Sylvie Nony - chercheuse girondine - assiste au Caire à la révolution égyptienne qui débute &quot;officiellement&quot; le 25 janvier. Elle a commenté l’actualité de ce pays, avant, pendant et après sur deux blogs. Dix ans plus tard, elle nous donne une relecture de cette révolution et nous l&apos;évoquer sans la fossiliser dans le marbre des célébrations.<br />
<br />
Ces chroniques d&apos;une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.<br />
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Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.<br />
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		<itunes:subtitle>Un homme tend ces quelques mots : &quot;Non à la misère, non au chômage, non à la torture !&quot; La photo date de 2011 et est prise par Sylvie Nony qui nous propose ces dix chroniques d&apos;une révolution égyptienne qui a déjà 10 ans.</itunes:subtitle>
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Ces chroniques d'une révolution égyptienne sont à retrouver du lundi au vendredi à 9h juste après le journal et à 16h30 sur le 90.10 FM à Bordeaux (et en DAB+) mais aussi sur lacledesondes.fr.

Un rendez vous quotidien du lundi 18 au vendredi 29 janvier.

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