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    <title>Au coeur de l'Empire</title>
    <link>https://www.lacledesondes.fr/podcasts/au-coeur-de-l-empire</link>
    <description>Face à la fascisation globale : les discours dominants se rejouent, les récits des Puissants saturent l’espace médiatique. Notre émission se veut un espace de parole, une ramification des luttes anti-impérialistes (à l'intersection des luttes pour la Libération).
Nous imaginons et créons une plateforme de transmission orale : pour semer les graines de futurs possibles...

Nous voulons sortir des grilles de lecture ultra-coloniales et ultra-blanchies, réhabiliter les acteur.ices du débat, faire entendre d’autres intelligences du monde — celles qui naissent dans les marges, dans les résistances, dans la quotidienneté, dans les imaginaires.

Les thématiques traverseront les luttes du monde contemporain : le génocide en Palestine, la guerre d’accaparement au Soudan et génocide du Darfur, le Genocost au Congo, les révolutions oubliées de Madagascar ou d’ailleurs…La radio devient alors un espace-temps d’espérances et de non-réponses.
Au lieu de lutter CONTRE on souhaite présenter POUR quoi nous luttons toustes. Utiliser les imaginaires pour nourrir l'A VENIR.

 QUI SOMMES NOUS ?

Nous sommes une émission diffusée sur la clé des ondes (une radio associative bordelaise) et nous aimerions discuter de sujets de sociétés en contextualisant le
présent avec celles et ceux qui le vivent pour ensuite mieux imaginer les futurs possibles

• Parler depuis un Nous (collectif et individuel) : sujets, acteur.ices, survivant.es et faiseur.euses de luttes. Au delà de représenter les « diasporas » auxquelles nous appartenons (ou pas),
Nous souhaitons tisser un lien de solidarité entre les diverses luttes anti-impérialistes

Chaque émission se construit autour de questions :
• Que faisons-nous autrement ?
• Qu’espérons-nous faire ?
• Comment aurions-nous agi si nous n’étions pas soumis aux contraintes du présent ?

Ce n’est pas un espace de réponses fermées, mais un espace de résonances — entre récits,
témoignages, musiques, réflexions collectives et silences... L'espace du doute est partie intégrante du format.

Nous ne luttons plus contre un système, nous luttons pour l’avenir. Pour des mondes à venir, pour des possibles à inventer, pour que l’imaginaire redevienne un levier à actionner

TU SOUHAITES CONTRIBUER/PARTICIPER?

Pour participer tu peux :
- proposer un sujet/format de segment
- participer à un entretien, témoignage et/ou discussion
- proposer et participer à l'élaboration d'une émission
- créer toi même ton émission grâce au modèle proposé

Pour les détails, envoyer des contributions ou nous contacter tu peux écrire à l'adresse mail de l'émission.

Cette émission est un espace d'expression qui priorise les voix immigré.es/diasporiques et se faisant nous pourrions demander de préciser ton point de vue situé sans pour autant faire la police de ta légitimité

A bientôt, Au coeur de l'Empire!
</description>
    <language>fr</language>
    <copyright>2024 - La Clé des Ondes</copyright>
    <lastBuildDate>Wed Aug 12 2026 23:39:40 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</lastBuildDate>
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Nous imaginons et créons une plateforme de transmission orale : pour semer les graines de futurs possibles...

Nous voulons sortir des grilles de lecture ultra-coloniales et ultra-blanchies, réhabiliter les acteur.ices du débat, faire entendre d’autres intelligences du monde — celles qui naissent dans les marges, dans les résistances, dans la quotidienneté, dans les imaginaires.

Les thématiques traverseront les luttes du monde contemporain : le génocide en Palestine, la guerre d’accaparement au Soudan et génocide du Darfur, le Genocost au Congo, les révolutions oubliées de Madagascar ou d’ailleurs…La radio devient alors un espace-temps d’espérances et de non-réponses.
Au lieu de lutter CONTRE on souhaite présenter POUR quoi nous luttons toustes. Utiliser les imaginaires pour nourrir l'A VENIR.

 QUI SOMMES NOUS ?

Nous sommes une émission diffusée sur la clé des ondes (une radio associative bordelaise) et nous aimerions discuter de sujets de sociétés en contextualisant le
présent avec celles et ceux qui le vivent pour ensuite mieux imaginer les futurs possibles

• Parler depuis un Nous (collectif et individuel) : sujets, acteur.ices, survivant.es et faiseur.euses de luttes. Au delà de représenter les « diasporas » auxquelles nous appartenons (ou pas),
Nous souhaitons tisser un lien de solidarité entre les diverses luttes anti-impérialistes

Chaque émission se construit autour de questions :
• Que faisons-nous autrement ?
• Qu’espérons-nous faire ?
• Comment aurions-nous agi si nous n’étions pas soumis aux contraintes du présent ?

Ce n’est pas un espace de réponses fermées, mais un espace de résonances — entre récits,
témoignages, musiques, réflexions collectives et silences... L'espace du doute est partie intégrante du format.

Nous ne luttons plus contre un système, nous luttons pour l’avenir. Pour des mondes à venir, pour des possibles à inventer, pour que l’imaginaire redevienne un levier à actionner

TU SOUHAITES CONTRIBUER/PARTICIPER?

Pour participer tu peux :
- proposer un sujet/format de segment
- participer à un entretien, témoignage et/ou discussion
- proposer et participer à l'élaboration d'une émission
- créer toi même ton émission grâce au modèle proposé

Pour les détails, envoyer des contributions ou nous contacter tu peux écrire à l'adresse mail de l'émission.

Cette émission est un espace d'expression qui priorise les voix immigré.es/diasporiques et se faisant nous pourrions demander de préciser ton point de vue situé sans pour autant faire la police de ta légitimité

A bientôt, Au coeur de l'Empire!
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    <item>
      <title>Emission 5 : Transmission culturelle, engagement citoyen et création artistique</title>
      <link>https://www.lacledesondes.fr/emission/au-coeur-de-l-empire</link>
      <description>I. Créer des espaces culturels afro-caribéens : le pari d'Issalane Éditions

De l'édition de jeux à un projet de transmission culturelle

Comment transmettre une histoire lorsque les supports qui la racontent restent peu nombreux ? C'est à partir de cette question qu'est née Issalane Éditions, avant de donner naissance à Issalane Culture, un projet consacré à la mise en réseau des acteurs culturels afro-caribéens.

Au cours de cet émission, Anne-Marie, fondatrice d'Issalane Éditions, a accepté de revenir sur la genèse de cette aventure entrepreneuriale. Son parcours témoigne d'une volonté de créer des espaces où les cultures africaines et afro-descendantes occupent une place pleinement reconnue dans le paysage culturel.

Si les ouvrages consacrés aux cultures africaines et afro-descendantes sont aujourd'hui plus nombreux qu'auparavant, les jeux éducatifs qui mettent en valeur ces histoires, ces figures et ces patrimoines restent encore très rares. Convaincue que le jeu constitue un formidable outil de transmission, Anne-Marie imagine alors un support capable de rendre ces récits accessibles aux familles comme aux plus jeunes.

Cette réflexion prend forme alors qu'elle travaille au sein d'un média culturel panafricain. L'équipe évoque la possibilité de développer un jeu éducatif consacré aux cultures africaines. Le projet collectif n'aboutit pas, mais l'idée, elle, continue de mûrir. Quelques années plus tard, Anne-Marie décide de la concrétiser en fondant Issalane Éditions.

N'ayant aucune expérience dans l'univers du jeu de société, elle entreprend un véritable travail d'autoformation. Conception des mécaniques de jeu, rédaction des règles, recherche d'illustrateurs, sélection d'imprimeurs, financement de la production, diffusion : chaque étape devient un nouvel apprentissage.

Au-delà de l'objet lui-même, c'est une vision de la représentation culturelle qui guide son travail. Pour Anne-Marie, les cultures africaines et afro-descendantes ne devraient pas être cantonnées à quelques rayons spécialisés des librairies ou des boutiques. Elles doivent pouvoir trouver naturellement leur place dans l'offre culturelle générale, au même titre que n'importe quel autre patrimoine.

Le jeu devient ainsi un outil de médiation culturelle. Il permet d'apprendre autrement, de transmettre des mémoires parfois absentes des programmes scolaires et de créer des moments de partage entre les générations.

Entreprendre autrement

 La qualité d'une idée ne suffit pas à faire vivre un projet.

Après avoir choisi de poursuivre seule cette aventure entrepreneuriale, elle doit reconstruire entièrement le projet : trouver les financements, comprendre les contraintes de fabrication, développer une stratégie de diffusion et apprendre à présenter son travail auprès du public.

L'année 2025 marque une étape décisive. Nous l'accompagnons dans le récit d'une année particulièrement dense, au cours de laquelle elle participe à une vingtaine de salons, marchés de créateurs et festivals, à Bordeaux comme dans d'autres villes. Chaque événement devient à la fois un espace de vente, de test et de rencontre.

Ces déplacements représentent un investissement considérable. Aux frais de production s'ajoutent les coûts de déplacement, les droits d'inscription et un temps de travail important, le tout en parallèle d'une activité professionnelle.

Pour autant, cette immersion lui permet de mieux comprendre les réalités du secteur culturel indépendant. Au fil des rencontres, elle réalise que les difficultés qu'elle rencontre sont largement partagées : les principaux obstacles résident moins dans le manque de créativité que dans les contraintes économiques, administratives et logistiques auxquelles sont confrontés les porteurs de projets.

Faire du collectif une force

Cette prise de conscience conduit Anne-Marie à élargir son ambition.

À la fin de l'année 2025, elle lance Issalane Culture, une initiative destinée à rassembler auteurs, éditeurs, libraires, artistes, associations et entrepreneurs culturels afro-caribéens autour d'un même objectif : créer des liens durables entre des acteurs qui travaillent souvent de manière isolée.

La première édition, organisée en février 2026 à Bordeaux, réunit plusieurs centaines de visiteurs. Plus qu'un simple salon, l'événement devient un espace de rencontres professionnelles, de découvertes artistiques et de coopération.

Au fil des échanges, des collaborations voient le jour entre créateurs, maisons d'édition, associations et intervenants culturels. Pour Anne-Marie, cette dynamique collective constitue l'une des plus grandes réussites du projet. Son ambition n'est plus seulement de diffuser ses propres créations, mais de contribuer à structurer un écosystème culturel afro-caribéen à l'échelle locale.

Interrogée sur les éventuelles discriminations rencontrées au cours de cette aventure, elle explique ne pas avoir été confrontée à des obstacles directement liés à ses origines ou à sa couleur de peau. Elle insiste plutôt sur les nombreux soutiens reçus tout au long du projet, rappelant que cette réussite repose aussi sur un réseau de personnes qui ont choisi d'apporter leur aide, souvent discrètement.

L'entretien se conclut par un retour sur les origines du nom Issalane. Issu du tamasheq, il signifie « Quelles sont les nouvelles ? » ou « Quoi de neuf ? ». Le logo reprend quant à lui la croix d'Agadez, symbole du nord du Niger, région dont est originaire sa mère touarègue.

À travers ces références, Anne-Marie affirme une volonté de relier mémoire, transmission et création contemporaine. Plus qu'une maison d'édition, Issalane apparaît comme un projet culturel visant à faire circuler les récits, favoriser les rencontres et créer des espaces où les héritages afro-caribéens trouvent pleinement leur place dans le paysage culturel.

II. Gaza, mémoire coloniale et droit international : quand les luttes se répondent

Après avoir exploré les enjeux de la transmission culturelle à travers l'expérience d'Issalane Éditions, l'émission change de registre sans pour autant quitter le fil conducteur principal : celui des récits, des mémoires et des espaces de résistance. Cette fois, la discussion nous conduit vers Gaza, les mobilisations citoyennes, le droit international et la manière dont les conflits contemporains sont racontés, compris et parfois invisibilités.

Les flottilles pour Gaza : une solidarité qui traverse les frontières

Nous ouvrons ce segment par un retour sur l'histoire des flottilles humanitaires à destination de Gaza. Loin d'être des initiatives isolées, ces expéditions s'inscrivent dans un mouvement de solidarité qui se poursuit depuis plusieurs années. À travers elles, des citoyens, des associations et des militants internationaux cherchent à acheminer une aide humanitaire tout en attirant l'attention sur la situation de la population palestinienne.

Plusieurs missions récentes, parmi lesquelles Conscience, Handala et Global Sumud Flotilla. Au-delà des interceptions, ont essuyé des arrestations ou des difficultés rencontrées en mer, ces expéditions sont présentées comme des gestes de solidarité qui refusent de laisser le silence s'installer autour de Gaza. Elles rappellent que les mobilisations citoyennes continuent d'exister, même lorsqu'elles restent peu visibles dans l'espace médiatique.

Quand le droit international rencontre les rapports de force

À partir de cette histoire des flottilles, la discussion s'élargit naturellement au droit international. Nous nous interrogeons sur la capacité des institutions internationales à protéger les populations civiles et à faire appliquer les principes qu'elles défendent.

Une question traverse l'ensemble des échanges : que devient le droit lorsque ses décisions restent sans effet ? Derrière cette interrogation, c'est le fonctionnement même des institutions internationales qui est mis en débat. Nous revenons notamment sur le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies et sur les limites d'un système où le droit de veto des membres permanents peut empêcher l'adoption de certaines résolutions.

Plus largement, l'émission nous invite à réfléchir aux tensions permanentes entre les principes du droit international et les rapports de force géopolitiques qui façonnent les relations entre les États.

Replacer Gaza dans une histoire plus longue

comprendre la situation actuelle suppose de la replacer dans une histoire plus ancienne.

Nous revenons ainsi sur les références mobilisées au cours de l'émission, notamment la Nakba de 1948, la colonisation de la Palestine, les déplacements de populations et les décennies de conflit qui ont façonné le territoire.L'émission invite à regarder le conflit dans sa profondeur historique et à interroger les héritages coloniaux qui continuent, selon les analyses développées, d'influencer les équilibres internationaux.

Cette réflexion dépasse d'ailleurs le seul cas de Gaza. Nous évoquons également d'autres crises humanitaires qui peinent à trouver une place durable dans l'actualité, notamment au Soudan, en République démocratique du Congo ou encore à travers la situation des Ouïghours en Chine. Ces exemples alimentent une même interrogation : pourquoi certaines tragédies occupent-elles le devant de la scène quand d'autres restent largement ignorées ?

Donner une place aux voix que l'on entend peu

Nous réfléchissons à la manière dont certaines mobilisations deviennent visibles. L'émission rappelle que de nombreuses initiatives existent depuis longtemps, portées par les personnes directement concernées, les associations et les militants de terrain. Pourtant, elles n'accèdent souvent à une large visibilité qu'à partir du moment où elles sont relayées par des personnalités déjà médiatisées.

Cette réflexion rejoint pleinement la vocation de la radio associative : créer un espace où des voix moins présentes dans les grands médias peuvent être entendues. Plus qu'une simple diffusion d'informations, il s'agit de proposer des clés de compréhension, de multiplier les points de vue et d'encourager une écoute attentive des récits portés par celles et ceux qui vivent ces réalités.

Préserver les espaces de débat

Quelles sont les frontières entre la critique des politiques d'un État, la lutte indispensable contre toutes les formes de racisme, notamment l'antisémitisme, et la nécessité de préserver un espace de discussion démocratique? 

Sans chercher à apporter de réponse définitive, l'émission rappelle combien ces questions demeurent sensibles et invitent à une vigilance collective.
À mesure que la conversation progresse, une conviction s'impose : 

informer ne consiste pas seulement à relater des faits. C'est aussi donner des repères historiques, encourager l'esprit critique et permettre à chacun de construire sa propre compréhension du monde.


III. Quand l'art prend le relais : musique, poésie et transmission

Après avoir interrogé les limites du droit international, le rôle des médias et les récits qui façonnent notre compréhension des conflits, l'émission change une nouvelle fois de rythme. La parole politique laisse progressivement place à l'expression artistique, non pas comme une parenthèse, mais comme une autre manière de raconter le monde.

Blueprint : une mémoire portée par la musique

Nous poursuivons l'émission avec la diffusion de Blueprint, de Rosarae. Plus qu'une respiration musicale, le morceau prolonge les réflexions engagées tout au long du précédent segment.

À travers ses paroles, l'artiste revient sur l'histoire de la colonisation du continent africain, l'esclavage, le pillage des ressources et l'effacement progressif de langues, de cultures et de mémoires. Le titre, Blueprint — que l'on pourrait traduire par « empreinte originelle » — renvoie à l'idée d'une humanité dont les racines africaines auraient été invisibilisées ou déformées au fil de l'histoire.

Nous découvrons ainsi une œuvre qui ne se contente pas de raconter le passé. Elle interroge la manière dont les héritages coloniaux continuent d'influencer les représentations contemporaines et rappelle que la musique peut devenir un véritable outil de transmission historique.

Rosette Laplanche : écrire pour transmettre

Le slam est d'abord une manière d'observer le monde. 

Écrire, explique-t-elle, consiste à prêter attention aux gestes du quotidien, aux regards, aux silences, aux histoires qui se racontent à voix basse. C'est dans cette attention au réel que naît son écriture. Au fil des années, cette pratique s'est nourrie d'engagements plus affirmés. Féminisme, antiracisme, anticolonialisme, lutte contre les différentes formes de domination : autant de combats qui traversent aujourd'hui ses textes. Pourtant, Rosette préfère se définir avant tout comme « pro-humanité », une manière de rappeler que son travail cherche moins à opposer qu'à relier.

À travers ses mots, nous retrouvons un thème déjà présent dans les précédents segments : celui de la transmission.

la poésie ne consiste pas uniquement à exprimer une émotion. Elle permet de faire vivre des mémoires, de transmettre des expériences et de questionner les récits dominants qui façonnent notre manière de comprendre le monde.

A bientôt Au Coeur de l'Empire.</description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
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      <pubDate>Mon Aug 10 2026 02:00:00 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</pubDate>
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De l'édition de jeux à un projet de transmission culturelle

Comment transmettre une histoire lorsque les supports qui la racontent restent peu nombreux ? C'est à partir de cette question qu'est née Issalane Éditions, avant de donner naissance à Issalane Culture, un projet consacré à la mise en réseau des acteurs culturels afro-caribéens.

Au cours de cet émission, Anne-Marie, fondatrice d'Issalane Éditions, a accepté de revenir sur la genèse de cette aventure entrepreneuriale. Son parcours témoigne d'une volonté de créer des espaces où les cultures africaines et afro-descendantes occupent une place pleinement reconnue dans le paysage culturel.

Si les ouvrages consacrés aux cultures africaines et afro-descendantes sont aujourd'hui plus nombreux qu'auparavant, les jeux éducatifs qui mettent en valeur ces histoires, ces figures et ces patrimoines restent encore très rares. Convaincue que le jeu constitue un formidable outil de transmission, Anne-Marie imagine alors un support capable de rendre ces récits accessibles aux familles comme aux plus jeunes.

Cette réflexion prend forme alors qu'elle travaille au sein d'un média culturel panafricain. L'équipe évoque la possibilité de développer un jeu éducatif consacré aux cultures africaines. Le projet collectif n'aboutit pas, mais l'idée, elle, continue de mûrir. Quelques années plus tard, Anne-Marie décide de la concrétiser en fondant Issalane Éditions.

N'ayant aucune expérience dans l'univers du jeu de société, elle entreprend un véritable travail d'autoformation. Conception des mécaniques de jeu, rédaction des règles, recherche d'illustrateurs, sélection d'imprimeurs, financement de la production, diffusion : chaque étape devient un nouvel apprentissage.

Au-delà de l'objet lui-même, c'est une vision de la représentation culturelle qui guide son travail. Pour Anne-Marie, les cultures africaines et afro-descendantes ne devraient pas être cantonnées à quelques rayons spécialisés des librairies ou des boutiques. Elles doivent pouvoir trouver naturellement leur place dans l'offre culturelle générale, au même titre que n'importe quel autre patrimoine.

Le jeu devient ainsi un outil de médiation culturelle. Il permet d'apprendre autrement, de transmettre des mémoires parfois absentes des programmes scolaires et de créer des moments de partage entre les générations.

Entreprendre autrement

 La qualité d'une idée ne suffit pas à faire vivre un projet.

Après avoir choisi de poursuivre seule cette aventure entrepreneuriale, elle doit reconstruire entièrement le projet : trouver les financements, comprendre les contraintes de fabrication, développer une stratégie de diffusion et apprendre à présenter son travail auprès du public.

L'année 2025 marque une étape décisive. Nous l'accompagnons dans le récit d'une année particulièrement dense, au cours de laquelle elle participe à une vingtaine de salons, marchés de créateurs et festivals, à Bordeaux comme dans d'autres villes. Chaque événement devient à la fois un espace de vente, de test et de rencontre.

Ces déplacements représentent un investissement considérable. Aux frais de production s'ajoutent les coûts de déplacement, les droits d'inscription et un temps de travail important, le tout en parallèle d'une activité professionnelle.

Pour autant, cette immersion lui permet de mieux comprendre les réalités du secteur culturel indépendant. Au fil des rencontres, elle réalise que les difficultés qu'elle rencontre sont largement partagées : les principaux obstacles résident moins dans le manque de créativité que dans les contraintes économiques, administratives et logistiques auxquelles sont confrontés les porteurs de projets.

Faire du collectif une force

Cette prise de conscience conduit Anne-Marie à élargir son ambition.

À la fin de l'année 2025, elle lance Issalane Culture, une initiative destinée à rassembler auteurs, éditeurs, libraires, artistes, associations et entrepreneurs culturels afro-caribéens autour d'un même objectif : créer des liens durables entre des acteurs qui travaillent souvent de manière isolée.

La première édition, organisée en février 2026 à Bordeaux, réunit plusieurs centaines de visiteurs. Plus qu'un simple salon, l'événement devient un espace de rencontres professionnelles, de découvertes artistiques et de coopération.

Au fil des échanges, des collaborations voient le jour entre créateurs, maisons d'édition, associations et intervenants culturels. Pour Anne-Marie, cette dynamique collective constitue l'une des plus grandes réussites du projet. Son ambition n'est plus seulement de diffuser ses propres créations, mais de contribuer à structurer un écosystème culturel afro-caribéen à l'échelle locale.

Interrogée sur les éventuelles discriminations rencontrées au cours de cette aventure, elle explique ne pas avoir été confrontée à des obstacles directement liés à ses origines ou à sa couleur de peau. Elle insiste plutôt sur les nombreux soutiens reçus tout au long du projet, rappelant que cette réussite repose aussi sur un réseau de personnes qui ont choisi d'apporter leur aide, souvent discrètement.

L'entretien se conclut par un retour sur les origines du nom Issalane. Issu du tamasheq, il signifie « Quelles sont les nouvelles ? » ou « Quoi de neuf ? ». Le logo reprend quant à lui la croix d'Agadez, symbole du nord du Niger, région dont est originaire sa mère touarègue.

À travers ces références, Anne-Marie affirme une volonté de relier mémoire, transmission et création contemporaine. Plus qu'une maison d'édition, Issalane apparaît comme un projet culturel visant à faire circuler les récits, favoriser les rencontres et créer des espaces où les héritages afro-caribéens trouvent pleinement leur place dans le paysage culturel.

II. Gaza, mémoire coloniale et droit international : quand les luttes se répondent

Après avoir exploré les enjeux de la transmission culturelle à travers l'expérience d'Issalane Éditions, l'émission change de registre sans pour autant quitter le fil conducteur principal : celui des récits, des mémoires et des espaces de résistance. Cette fois, la discussion nous conduit vers Gaza, les mobilisations citoyennes, le droit international et la manière dont les conflits contemporains sont racontés, compris et parfois invisibilités.

Les flottilles pour Gaza : une solidarité qui traverse les frontières

Nous ouvrons ce segment par un retour sur l'histoire des flottilles humanitaires à destination de Gaza. Loin d'être des initiatives isolées, ces expéditions s'inscrivent dans un mouvement de solidarité qui se poursuit depuis plusieurs années. À travers elles, des citoyens, des associations et des militants internationaux cherchent à acheminer une aide humanitaire tout en attirant l'attention sur la situation de la population palestinienne.

Plusieurs missions récentes, parmi lesquelles Conscience, Handala et Global Sumud Flotilla. Au-delà des interceptions, ont essuyé des arrestations ou des difficultés rencontrées en mer, ces expéditions sont présentées comme des gestes de solidarité qui refusent de laisser le silence s'installer autour de Gaza. Elles rappellent que les mobilisations citoyennes continuent d'exister, même lorsqu'elles restent peu visibles dans l'espace médiatique.

Quand le droit international rencontre les rapports de force

À partir de cette histoire des flottilles, la discussion s'élargit naturellement au droit international. Nous nous interrogeons sur la capacité des institutions internationales à protéger les populations civiles et à faire appliquer les principes qu'elles défendent.

Une question traverse l'ensemble des échanges : que devient le droit lorsque ses décisions restent sans effet ? Derrière cette interrogation, c'est le fonctionnement même des institutions internationales qui est mis en débat. Nous revenons notamment sur le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies et sur les limites d'un système où le droit de veto des membres permanents peut empêcher l'adoption de certaines résolutions.

Plus largement, l'émission nous invite à réfléchir aux tensions permanentes entre les principes du droit international et les rapports de force géopolitiques qui façonnent les relations entre les États.

Replacer Gaza dans une histoire plus longue

comprendre la situation actuelle suppose de la replacer dans une histoire plus ancienne.

Nous revenons ainsi sur les références mobilisées au cours de l'émission, notamment la Nakba de 1948, la colonisation de la Palestine, les déplacements de populations et les décennies de conflit qui ont façonné le territoire.L'émission invite à regarder le conflit dans sa profondeur historique et à interroger les héritages coloniaux qui continuent, selon les analyses développées, d'influencer les équilibres internationaux.

Cette réflexion dépasse d'ailleurs le seul cas de Gaza. Nous évoquons également d'autres crises humanitaires qui peinent à trouver une place durable dans l'actualité, notamment au Soudan, en République démocratique du Congo ou encore à travers la situation des Ouïghours en Chine. Ces exemples alimentent une même interrogation : pourquoi certaines tragédies occupent-elles le devant de la scène quand d'autres restent largement ignorées ?

Donner une place aux voix que l'on entend peu

Nous réfléchissons à la manière dont certaines mobilisations deviennent visibles. L'émission rappelle que de nombreuses initiatives existent depuis longtemps, portées par les personnes directement concernées, les associations et les militants de terrain. Pourtant, elles n'accèdent souvent à une large visibilité qu'à partir du moment où elles sont relayées par des personnalités déjà médiatisées.

Cette réflexion rejoint pleinement la vocation de la radio associative : créer un espace où des voix moins présentes dans les grands médias peuvent être entendues. Plus qu'une simple diffusion d'informations, il s'agit de proposer des clés de compréhension, de multiplier les points de vue et d'encourager une écoute attentive des récits portés par celles et ceux qui vivent ces réalités.

Préserver les espaces de débat

Quelles sont les frontières entre la critique des politiques d'un État, la lutte indispensable contre toutes les formes de racisme, notamment l'antisémitisme, et la nécessité de préserver un espace de discussion démocratique? 

Sans chercher à apporter de réponse définitive, l'émission rappelle combien ces questions demeurent sensibles et invitent à une vigilance collective.
À mesure que la conversation progresse, une conviction s'impose : 

informer ne consiste pas seulement à relater des faits. C'est aussi donner des repères historiques, encourager l'esprit critique et permettre à chacun de construire sa propre compréhension du monde.


III. Quand l'art prend le relais : musique, poésie et transmission

Après avoir interrogé les limites du droit international, le rôle des médias et les récits qui façonnent notre compréhension des conflits, l'émission change une nouvelle fois de rythme. La parole politique laisse progressivement place à l'expression artistique, non pas comme une parenthèse, mais comme une autre manière de raconter le monde.

Blueprint : une mémoire portée par la musique

Nous poursuivons l'émission avec la diffusion de Blueprint, de Rosarae. Plus qu'une respiration musicale, le morceau prolonge les réflexions engagées tout au long du précédent segment.

À travers ses paroles, l'artiste revient sur l'histoire de la colonisation du continent africain, l'esclavage, le pillage des ressources et l'effacement progressif de langues, de cultures et de mémoires. Le titre, Blueprint — que l'on pourrait traduire par « empreinte originelle » — renvoie à l'idée d'une humanité dont les racines africaines auraient été invisibilisées ou déformées au fil de l'histoire.

Nous découvrons ainsi une œuvre qui ne se contente pas de raconter le passé. Elle interroge la manière dont les héritages coloniaux continuent d'influencer les représentations contemporaines et rappelle que la musique peut devenir un véritable outil de transmission historique.

Rosette Laplanche : écrire pour transmettre

Le slam est d'abord une manière d'observer le monde. 

Écrire, explique-t-elle, consiste à prêter attention aux gestes du quotidien, aux regards, aux silences, aux histoires qui se racontent à voix basse. C'est dans cette attention au réel que naît son écriture. Au fil des années, cette pratique s'est nourrie d'engagements plus affirmés. Féminisme, antiracisme, anticolonialisme, lutte contre les différentes formes de domination : autant de combats qui traversent aujourd'hui ses textes. Pourtant, Rosette préfère se définir avant tout comme « pro-humanité », une manière de rappeler que son travail cherche moins à opposer qu'à relier.

À travers ses mots, nous retrouvons un thème déjà présent dans les précédents segments : celui de la transmission.

la poésie ne consiste pas uniquement à exprimer une émotion. Elle permet de faire vivre des mémoires, de transmettre des expériences et de questionner les récits dominants qui façonnent notre manière de comprendre le monde.

A bientôt Au Coeur de l'Empire.</itunes:summary>
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      <title>Emission 4. Art et résistance</title>
      <link>https://www.lacledesondes.fr/emission/au-coeur-de-l-empire</link>
      <description>I. Quand l'art devient un langage politique


Des parcours façonnés par les histoires de résistance

Dans cette émission riche en révélations Ninoska revient sur son histoire familiale, marquée par l'exil politique de ses parents chiliens après la dictature, ainsi que sur les années passées en Martinique, qui ont nourri sa sensibilité aux questions de colonisation, de métissage culturel et de résistance. Gaston Poz, de son côté, évoque une pratique artistique profondément liée aux réalités sociales et aux combats pour les droits humains en Amérique latine.

Pour les deux artistes, créer n'est jamais un acte neutre. Ils considèrent que la musique constitue un véritable outil de résistance face aux violences politiques. Ils rappellent que, tout au long de l'histoire, les régimes autoritaires ont cherché à faire taire les artistes, précisément parce que leurs œuvres participent à la construction d'une mémoire collective. Ils établissent notamment un parallèle avec Guernica de Picasso, devenue une référence universelle dans la dénonciation des crimes de guerre.

si l'art ne met pas fin aux conflits, il permet d'en conserver la mémoire et d'empêcher que les victimes soient oubliées.

De Gaza à une lutte universelle pour l'enfance

Cette volonté de témoigner se retrouve dans leur chanson, qui mêle émotion et prise de position politique. Le clip alterne les images tournées à Gaza avec des extraits de discours de personnalités ayant publiquement dénoncé les violences contre les civils, notamment les présidents Gustavo Petro et Luiz Inácio Lula da Silva, ainsi que les analyses de l'anthropologue Rita Segato ou encore les interventions de Francesca Albanese. Les artistes expliquent avoir souhaité donner une résonance internationale à leur message en mettant en avant des voix qui continuent d'alerter sur la situation malgré les pressions diplomatiques.
Au-delà du cas de Gaza, Me voy a comer tu dolor porte un message universel. Les auteurs rappellent que la chanson n'avait pas été écrite à l'origine pour la Palestine, mais après le viol d'une adolescente en Argentine privée de son droit à l'avortement. Au fil du temps, elle est devenue une œuvre consacrée à toutes les enfances victimes des violences : enfants de Gaza, victimes des cartels mexicains, enfants exploités dans les mines ou confrontés à d'autres formes de domination. La souffrance des enfants devient ainsi le symbole d'une violence systémique qui dépasse les frontières.

Face à l'impuissance ressentie par de nombreux citoyens, l'art demeure un espace d'action. Sans prétendre remplacer les institutions politiques, les artistes revendiquent leur responsabilité de témoigner, de participer au débat public et de contribuer à préserver la mémoire des violences contemporaines. Pour eux, créer revient autant à transmettre une émotion qu'à refuser le silence et l'oubli.


II. De la mémoire décoloniale aux mobilisations contemporaines : faire vivre les luttes

Le reggae et le slam comme héritages des résistances

Pour Ninoska et Gaston Poz, la beauté qui peut naître au cœur de la violence ne relève pas d'une contradiction mais d'un acte profondément politique. La résistance, expliquent-ils, est une forme d'espoir. Face à des rapports de force qui semblent déséquilibrés, créer revient à refuser que la violence ait le dernier mot. 

L'art est le témoignage d'une humanité qui persiste malgré les guerres, les oppressions et les tentatives d'effacement.

Cette philosophie irrigue également leurs choix artistiques. Les musiciens reviennent sur l'utilisation du reggae pour interpréter Me voy a comer tu dolor. Plus qu'un simple genre musical, le reggae est présenté comme une tradition historique de contestation sociale et politique. Héritier des luttes populaires jamaïcaines, il porte depuis des décennies des messages d'émancipation, de justice sociale et de résistance face aux systèmes d'oppression. En inscrivant leur chanson dans cette esthétique, les artistes revendiquent leur appartenance à une longue histoire de musiques engagées.

Le Printemps décolonial : repenser les mémoires coloniales

L'émission se prolonge ensuite par la diffusion tiré d'un extrait du Voyage poétique, une création collective présentée lors du Printemps décolonial organisé à Bordeaux. À travers plusieurs textes de slam, les auteurs interrogent la mémoire coloniale et les conditions dans lesquelles les objets issus des anciennes colonies sont conservés dans les musées occidentaux. Loin d'être de simples pièces de collection, ces œuvres sont décrites comme des éléments vivants d'une mémoire collective, porteurs d'histoires, de croyances, de traditions et de liens spirituels avec les peuples dont ils proviennent.

Les textes dénoncent une muséification qui réduit ces objets à leur seule valeur esthétique, en oubliant leur portée culturelle et symbolique. Ils soulignent qu'en arrachant ces patrimoines à leurs territoires d'origine, c'est parfois une partie de la mémoire des peuples qui disparaît ou devient inaccessible. Présenté dans le cadre du Printemps décolonial organisé par le collectif Bordeaux Décolonial, ce travail artistique invite à réfléchir aux héritages de l'esclavage, aux traces laissées par la colonisation dans l'espace public et aux formes contemporaines de restitution des mémoires.

De la mémoire à l'action : soutenir les luttes d'aujourd'hui

Présentées comme des initiatives de solidarité destinées à attirer l'attention sur la situation humanitaire dans l'enclave palestinienne, les nouvelles flottilles citoyennes en route vers Gaza sont suivies par des médias indépendants comme WaveZero, qui proposent une couverture alternative des événements.

Au Coeur de l'Empire, nous invitons les auditeurs à soutenir les mobilisations locales en faveur de la Palestine, notamment les rassemblements organisés régulièrement à Bordeaux, mais aussi à participer aux campagnes citoyennes menées à l'échelle européenne. Une Initiative citoyenne européenne est notamment mise en avant comme un moyen d'interpeller les institutions sur les relations entre l'Union européenne et Israël.

Les différentes luttes abordées — restitution des patrimoines, mémoire coloniale, engagement artistique, solidarité avec la Palestine et mobilisation citoyenne — ne sont pas des combats isolés. Elles participent d'une même réflexion sur les héritages du colonialisme, les rapports de domination contemporains et la nécessité de construire des formes collectives de résistance.


III. Les frontières comme espaces de lutte : migrations, mémoire et musique engagée

« Solo queda caminar » : raconter les migrations par la musique

La troisième partie de l'émission s'ouvre sur Solo queda caminar (« Il ne reste plus qu'à marcher »), une chanson qui élargit encore le propos des artistes. Si leur précédent morceau était consacré aux enfants de Gaza, celui-ci aborde une réalité plus universelle : celle des migrations contraintes. À travers des paroles qui évoquent les traversées de frontières, la faim, les guerres ou encore l'exil, Ninoska et Gaston Poz donnent une voix à celles et ceux qui n'ont d'autre choix que de quitter leur pays pour survivre.

Les personnages évoqués dans la chanson se succèdent comme autant de destins possibles : une femme palestinienne, une personne africaine traversant la Méditerranée, des réfugiés d'Amérique latine, des hommes, des femmes, des enfants. Les artistes expliquent avoir volontairement mêlé ces trajectoires afin de montrer que les migrations ne constituent pas une succession de crises isolées, mais une réalité commune qui traverse les époques et les continents.
Pour eux, « marcher » devient bien plus qu'un déplacement physique. C'est un acte de survie, une manière de préserver la vie lorsque résister sur place n'est plus possible. Là où certains peuvent lutter en restant sur leur territoire, d'autres sont contraints de partir. Ces deux formes de résistance sont présentées comme également légitimes.

Les frontières visibles... et celles que l'on ne voit pas

Au fil de la discussion, Gaston Poz propose une réflexion plus large sur la notion même de frontière. Il rappelle que les frontières administratives ne sont qu'une partie des obstacles auxquels sont confrontés les individus. À celles des États s'ajoutent des frontières sociales, économiques et humaines : la pauvreté, la faim, les discriminations, l'absence d'accès à l'éducation ou encore les traumatismes liés aux conflits.

La Méditerranée est notamment décrite comme l'une des grandes frontières de notre époque, devenue un espace où se concentrent les drames migratoires contemporains. Les artistes soulignent que derrière chaque traversée se cache une histoire singulière, mais aussi des mécanismes politiques plus larges qui produisent l'exil.

Ils rappellent également que les migrations sont une constante de l'histoire humaine. En s'appuyant sur les travaux du biologiste Stefano Mancuso, Gaston Poz insiste sur l'idée que le mouvement est une caractéristique fondamentale du vivant. Les êtres humains, comme les autres espèces, se déplacent, se rencontrent et se métissent depuis toujours. À leurs yeux, les discours politiques qui prétendent pouvoir arrêter définitivement les migrations ignorent cette réalité historique et biologique.

Leur propre histoire familiale illustre cette continuité. Tous deux sont issus de familles marquées par l'exil politique ou les migrations internationales. Ils rappellent également que l'Argentine s'est construite grâce à plusieurs grandes vagues migratoires européennes, preuve que les sociétés contemporaines sont elles-mêmes le produit de ces circulations humaines.

La chanson engagée comme devoir de mémoire

Au-delà de la question migratoire, les artistes reviennent sur l'héritage des musiques engagées d'Amérique latine. Solo queda caminar s'inscrit dans leur album Mil Fronteras (« Mille frontières »), un projet qui mêle salsa, latin-jazz et ce qu'ils qualifient de salsa consciente, un courant musical popularisé notamment par le chanteur panaméen Rubén Blades.
À l'image de cette tradition, leurs chansons cherchent autant à faire danser qu'à faire réfléchir. Elles racontent les dictatures, les exils, les inégalités sociales et les combats pour les droits humains, tout en conservant une esthétique festive. Pour Ninoska, cette manière de transmettre les luttes fait pleinement partie de l'héritage culturel latino-américain : les chansons deviennent des outils de mémoire, capables de raconter ce que les régimes autoritaires ont tenté de faire disparaître.

Les deux artistes évoquent également les œuvres clandestines qui circulaient sous les dictatures sud-américaines, lorsque les chansons interdites continuaient d'être échangées de main en main sur des cassettes audio. Pour eux, cette histoire rappelle que la musique n'est pas seulement un divertissement : elle est aussi un moyen de maintenir vivante la parole lorsque les libertés sont menacées.

Produisant aujourd'hui leur musique en toute indépendance, Ninoska et Gaston revendiquent cette liberté artistique comme une condition essentielle de leur engagement. Selon eux, même lorsqu'elle paraît modeste, chaque création contribue à nourrir une mémoire collective, à accompagner celles et ceux qui traversent des épreuves et à rappeler que les luttes d'hier continuent d'éclairer celles d'aujourd'hui.

L'art se doit d'être profondément ancré dans le réel : cela deviens alors un art qui refuse l'oubli, accompagne les personnes en mouvement et participe, à sa manière, à construire des solidarités entre les peuples.

A bientôt Au coeur de l'empire. </description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
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      <pubDate>Mon Aug 03 2026 02:00:00 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</pubDate>
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Des parcours façonnés par les histoires de résistance

Dans cette émission riche en révélations Ninoska revient sur son histoire familiale, marquée par l'exil politique de ses parents chiliens après la dictature, ainsi que sur les années passées en Martinique, qui ont nourri sa sensibilité aux questions de colonisation, de métissage culturel et de résistance. Gaston Poz, de son côté, évoque une pratique artistique profondément liée aux réalités sociales et aux combats pour les droits humains en Amérique latine.

Pour les deux artistes, créer n'est jamais un acte neutre. Ils considèrent que la musique constitue un véritable outil de résistance face aux violences politiques. Ils rappellent que, tout au long de l'histoire, les régimes autoritaires ont cherché à faire taire les artistes, précisément parce que leurs œuvres participent à la construction d'une mémoire collective. Ils établissent notamment un parallèle avec Guernica de Picasso, devenue une référence universelle dans la dénonciation des crimes de guerre.

si l'art ne met pas fin aux conflits, il permet d'en conserver la mémoire et d'empêcher que les victimes soient oubliées.

De Gaza à une lutte universelle pour l'enfance

Cette volonté de témoigner se retrouve dans leur chanson, qui mêle émotion et prise de position politique. Le clip alterne les images tournées à Gaza avec des extraits de discours de personnalités ayant publiquement dénoncé les violences contre les civils, notamment les présidents Gustavo Petro et Luiz Inácio Lula da Silva, ainsi que les analyses de l'anthropologue Rita Segato ou encore les interventions de Francesca Albanese. Les artistes expliquent avoir souhaité donner une résonance internationale à leur message en mettant en avant des voix qui continuent d'alerter sur la situation malgré les pressions diplomatiques.
Au-delà du cas de Gaza, Me voy a comer tu dolor porte un message universel. Les auteurs rappellent que la chanson n'avait pas été écrite à l'origine pour la Palestine, mais après le viol d'une adolescente en Argentine privée de son droit à l'avortement. Au fil du temps, elle est devenue une œuvre consacrée à toutes les enfances victimes des violences : enfants de Gaza, victimes des cartels mexicains, enfants exploités dans les mines ou confrontés à d'autres formes de domination. La souffrance des enfants devient ainsi le symbole d'une violence systémique qui dépasse les frontières.

Face à l'impuissance ressentie par de nombreux citoyens, l'art demeure un espace d'action. Sans prétendre remplacer les institutions politiques, les artistes revendiquent leur responsabilité de témoigner, de participer au débat public et de contribuer à préserver la mémoire des violences contemporaines. Pour eux, créer revient autant à transmettre une émotion qu'à refuser le silence et l'oubli.


II. De la mémoire décoloniale aux mobilisations contemporaines : faire vivre les luttes

Le reggae et le slam comme héritages des résistances

Pour Ninoska et Gaston Poz, la beauté qui peut naître au cœur de la violence ne relève pas d'une contradiction mais d'un acte profondément politique. La résistance, expliquent-ils, est une forme d'espoir. Face à des rapports de force qui semblent déséquilibrés, créer revient à refuser que la violence ait le dernier mot. 

L'art est le témoignage d'une humanité qui persiste malgré les guerres, les oppressions et les tentatives d'effacement.

Cette philosophie irrigue également leurs choix artistiques. Les musiciens reviennent sur l'utilisation du reggae pour interpréter Me voy a comer tu dolor. Plus qu'un simple genre musical, le reggae est présenté comme une tradition historique de contestation sociale et politique. Héritier des luttes populaires jamaïcaines, il porte depuis des décennies des messages d'émancipation, de justice sociale et de résistance face aux systèmes d'oppression. En inscrivant leur chanson dans cette esthétique, les artistes revendiquent leur appartenance à une longue histoire de musiques engagées.

Le Printemps décolonial : repenser les mémoires coloniales

L'émission se prolonge ensuite par la diffusion tiré d'un extrait du Voyage poétique, une création collective présentée lors du Printemps décolonial organisé à Bordeaux. À travers plusieurs textes de slam, les auteurs interrogent la mémoire coloniale et les conditions dans lesquelles les objets issus des anciennes colonies sont conservés dans les musées occidentaux. Loin d'être de simples pièces de collection, ces œuvres sont décrites comme des éléments vivants d'une mémoire collective, porteurs d'histoires, de croyances, de traditions et de liens spirituels avec les peuples dont ils proviennent.

Les textes dénoncent une muséification qui réduit ces objets à leur seule valeur esthétique, en oubliant leur portée culturelle et symbolique. Ils soulignent qu'en arrachant ces patrimoines à leurs territoires d'origine, c'est parfois une partie de la mémoire des peuples qui disparaît ou devient inaccessible. Présenté dans le cadre du Printemps décolonial organisé par le collectif Bordeaux Décolonial, ce travail artistique invite à réfléchir aux héritages de l'esclavage, aux traces laissées par la colonisation dans l'espace public et aux formes contemporaines de restitution des mémoires.

De la mémoire à l'action : soutenir les luttes d'aujourd'hui

Présentées comme des initiatives de solidarité destinées à attirer l'attention sur la situation humanitaire dans l'enclave palestinienne, les nouvelles flottilles citoyennes en route vers Gaza sont suivies par des médias indépendants comme WaveZero, qui proposent une couverture alternative des événements.

Au Coeur de l'Empire, nous invitons les auditeurs à soutenir les mobilisations locales en faveur de la Palestine, notamment les rassemblements organisés régulièrement à Bordeaux, mais aussi à participer aux campagnes citoyennes menées à l'échelle européenne. Une Initiative citoyenne européenne est notamment mise en avant comme un moyen d'interpeller les institutions sur les relations entre l'Union européenne et Israël.

Les différentes luttes abordées — restitution des patrimoines, mémoire coloniale, engagement artistique, solidarité avec la Palestine et mobilisation citoyenne — ne sont pas des combats isolés. Elles participent d'une même réflexion sur les héritages du colonialisme, les rapports de domination contemporains et la nécessité de construire des formes collectives de résistance.


III. Les frontières comme espaces de lutte : migrations, mémoire et musique engagée

« Solo queda caminar » : raconter les migrations par la musique

La troisième partie de l'émission s'ouvre sur Solo queda caminar (« Il ne reste plus qu'à marcher »), une chanson qui élargit encore le propos des artistes. Si leur précédent morceau était consacré aux enfants de Gaza, celui-ci aborde une réalité plus universelle : celle des migrations contraintes. À travers des paroles qui évoquent les traversées de frontières, la faim, les guerres ou encore l'exil, Ninoska et Gaston Poz donnent une voix à celles et ceux qui n'ont d'autre choix que de quitter leur pays pour survivre.

Les personnages évoqués dans la chanson se succèdent comme autant de destins possibles : une femme palestinienne, une personne africaine traversant la Méditerranée, des réfugiés d'Amérique latine, des hommes, des femmes, des enfants. Les artistes expliquent avoir volontairement mêlé ces trajectoires afin de montrer que les migrations ne constituent pas une succession de crises isolées, mais une réalité commune qui traverse les époques et les continents.
Pour eux, « marcher » devient bien plus qu'un déplacement physique. C'est un acte de survie, une manière de préserver la vie lorsque résister sur place n'est plus possible. Là où certains peuvent lutter en restant sur leur territoire, d'autres sont contraints de partir. Ces deux formes de résistance sont présentées comme également légitimes.

Les frontières visibles... et celles que l'on ne voit pas

Au fil de la discussion, Gaston Poz propose une réflexion plus large sur la notion même de frontière. Il rappelle que les frontières administratives ne sont qu'une partie des obstacles auxquels sont confrontés les individus. À celles des États s'ajoutent des frontières sociales, économiques et humaines : la pauvreté, la faim, les discriminations, l'absence d'accès à l'éducation ou encore les traumatismes liés aux conflits.

La Méditerranée est notamment décrite comme l'une des grandes frontières de notre époque, devenue un espace où se concentrent les drames migratoires contemporains. Les artistes soulignent que derrière chaque traversée se cache une histoire singulière, mais aussi des mécanismes politiques plus larges qui produisent l'exil.

Ils rappellent également que les migrations sont une constante de l'histoire humaine. En s'appuyant sur les travaux du biologiste Stefano Mancuso, Gaston Poz insiste sur l'idée que le mouvement est une caractéristique fondamentale du vivant. Les êtres humains, comme les autres espèces, se déplacent, se rencontrent et se métissent depuis toujours. À leurs yeux, les discours politiques qui prétendent pouvoir arrêter définitivement les migrations ignorent cette réalité historique et biologique.

Leur propre histoire familiale illustre cette continuité. Tous deux sont issus de familles marquées par l'exil politique ou les migrations internationales. Ils rappellent également que l'Argentine s'est construite grâce à plusieurs grandes vagues migratoires européennes, preuve que les sociétés contemporaines sont elles-mêmes le produit de ces circulations humaines.

La chanson engagée comme devoir de mémoire

Au-delà de la question migratoire, les artistes reviennent sur l'héritage des musiques engagées d'Amérique latine. Solo queda caminar s'inscrit dans leur album Mil Fronteras (« Mille frontières »), un projet qui mêle salsa, latin-jazz et ce qu'ils qualifient de salsa consciente, un courant musical popularisé notamment par le chanteur panaméen Rubén Blades.
À l'image de cette tradition, leurs chansons cherchent autant à faire danser qu'à faire réfléchir. Elles racontent les dictatures, les exils, les inégalités sociales et les combats pour les droits humains, tout en conservant une esthétique festive. Pour Ninoska, cette manière de transmettre les luttes fait pleinement partie de l'héritage culturel latino-américain : les chansons deviennent des outils de mémoire, capables de raconter ce que les régimes autoritaires ont tenté de faire disparaître.

Les deux artistes évoquent également les œuvres clandestines qui circulaient sous les dictatures sud-américaines, lorsque les chansons interdites continuaient d'être échangées de main en main sur des cassettes audio. Pour eux, cette histoire rappelle que la musique n'est pas seulement un divertissement : elle est aussi un moyen de maintenir vivante la parole lorsque les libertés sont menacées.

Produisant aujourd'hui leur musique en toute indépendance, Ninoska et Gaston revendiquent cette liberté artistique comme une condition essentielle de leur engagement. Selon eux, même lorsqu'elle paraît modeste, chaque création contribue à nourrir une mémoire collective, à accompagner celles et ceux qui traversent des épreuves et à rappeler que les luttes d'hier continuent d'éclairer celles d'aujourd'hui.

L'art se doit d'être profondément ancré dans le réel : cela deviens alors un art qui refuse l'oubli, accompagne les personnes en mouvement et participe, à sa manière, à construire des solidarités entre les peuples.

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      <title>Au coeur de l'Empire du 27/07/2026</title>
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      <description>Retrouvez plus d'infos et toutes nos émissions sur https://www.lacledesondes.fr</description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
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      <pubDate>Mon Jul 27 2026 02:00:00 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</pubDate>
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      <title>Au coeur de l'Empire du 11/05/2026</title>
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      <pubDate>Mon May 11 2026 02:00:00 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</pubDate>
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      <title>Au coeur de l'Empire du 13/04/2026</title>
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      <pubDate>Mon Apr 13 2026 02:00:00 GMT+0200 (heure d’été d’Europe centrale)</pubDate>
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      <title>Au coeur de l'Empire du 09/03/2026</title>
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      <pubDate>Mon Mar 09 2026 01:00:00 GMT+0100 (heure normale d’Europe centrale)</pubDate>
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      <title>Emission 3  - Récits, mémoire et solidarité – 09.02.2026</title>
      <link>https://www.lacledesondes.fr/emission/au-coeur-de-l-empire</link>
      <description>Photo article: Anacaona, reine Taïno ayant combattu les côlons espagnols (territoire Haïti actuel)- par Ulrick Jean-Pierre via Spencer Museum of Art

Partie 1 – Quand parole intime et histoire collective se rencontrent

Nous avons commencé l’émission dans un cercle de confiance, avec chaleur, curiosité et sincérité. Nous avons pris le temps de partager notre état d’esprit : fatigue, excitation, stress, mélanges d’émotions qui nous sont familiers dans tout projet collectif. Dès ces premières minutes, une atmosphère d’attention et d’ouverture s’est installée. Puis l’un de nous a évoqué la rencontre avec un mystérieux groupe « secret » de personnes puissantes. Cette anecdote a ouvert la voie à la narration et à la réflexion, suspendant notre attention à ce fil d’histoire.

Une parole poétique pour dire l’identité

Le premier moment artistique nous a été offert par Nolan Emmanuel, dit « Nono ». Né à Port-au-Prince et grandi à Bordeaux, il nous a livré un texte autobiographique qui explorait sa double identité. Nous avons découvert un récit façonné par des absences et des présences : l’absence de son père biologique, la présence forte de sa mère biologique et de sa mère adoptive. Ses mots nous ont fait sentir comment une identité peut se construire dans les silences autant que dans la parole.

Nous avons été transportés par ses souvenirs sensoriels : la nourriture de rue dans le quartier Saint-Michel, les ballons rebondissant près de la basilique, les explorations d’églises vécues comme des quêtes spirituelles. Cette enfance nous est apparue heureuse mais déjà marquée par la conscience  d’un héritage historique et culturel plus vaste que lui.

Le choc de l’histoire

Notre immersion a basculé au Musée d’Aquitaine, face aux représentations de la traite négrière : chaînes, navires, silhouettes entravées. Nous avons ressenti, avec lui, cette peur corporelle qui transforme l’histoire abstraite en expérience physique. Et pourtant, cette confrontation douloureuse a ouvert un espace de fierté, notamment en découvrant la date du 1er janvier 1804, l’indépendance d’Haïti. Nous avons compris ensemble que le passé peut devenir une force, une source de courage et d’affirmation identitaire.

Nous avons suivi Nono dans sa quête de culture et de savoir : les récits et contes de Mimi Barthélémy, les figures mythologiques haïtiennes comme Timalice et Bouki. La littérature et l’histoire sont apparues comme des ponts entre la mémoire individuelle et collective, permettant de sentir et d’habiter pleinement une culture, même  lorsqu’elle se complexifie avec l’expérience migratoire.

Le corps comme mémoire

L’expérience corporelle de Nono a été un autre vecteur d’apprentissage. À treize ans, une opération cardiaque a laissé une cicatrice, transformée dans le poème en symbole : blessure physique, vulnérabilité et mémoire vivante des épreuves traversées. Nous avons constaté que le corps peut devenir archive et lieu de réminiscence historique et émotionnelle.
Au fil du temps, Nono a relié son histoire personnelle à l’histoire politique : son rapport à la France, sa critique des représentations médiatiques d’Haïti, son désir de dépasser les clichés et de réconcilier ses identités. Apprendre la langue, retrouver la cuisine, explorer la spiritualité et la culture, autant de gestes pour faire coexister Nolan et Emmanuel en une seule voix.

Haïti, mémoire vive des luttes

Nous avons ensuite élargi la focale à l’histoire d’Haïti avec Marie. Elle nous a rappelé l’existence des Taïnos, peuple autochtone décimé après l’arrivée de Christophe Colomb, et nous a invité à remettre en question l’expression « découverte de l’Amérique ». Nous avons revécu la figure de Anacaona, reine taïno résistante, puis la colonisation française et l’exploitation violente des esclaves africains.

Le récit de la révolution haïtienne nous a fait traverser :

• la révolte d’esclaves en 1791,

• l’abolition en 1794,

• la tentative de rétablissement par Napoléon,

• la guerre et la victoire en 1803,

• et l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804.

Haïti est apparue comme la première république Noire et le premier État issu d’une révolte d’esclaves à interdire constitutionnellement discrimination raciale et esclavage. Nous avons compris que cette histoire est fondatrice pour tous les peuples opprimés et pour le panafricanisme. Marie nous a aussi fait mesurer la dette imposée par la France en 1825 et ses conséquences économiques sur un siècle. La culture et la mémoire se manifestent encore aujourd’hui, par exemple à travers la cassave, galette de manioc héritée des peuples autochtones et transmise aux esclaves africains, aujourd’hui patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Une respiration musicale : la saudade

Nous avons conclu ce premier segment par la chanson Petit Pays de Saudade, où le mot portugais saudade exprime un mélange de nostalgie, de tendresse et de manque. La musique nous a permis de ressentir ce lien complexe à un pays, entre amour et critique, attachement et désir de liberté.

Aparté: Après retour d'un.e auditeurice nous apprenons que le terme Saudade est en fait une construction coloniale qui fait écho à la nostalgie de la colonisation et a été créé par des Portugais qui se considéraient comme &quot;moins colons&quot; que les Anglais ou les Français. Or colon en partie, reste colon !

Partie 2 – Solidarité et humanité : le collectif CSMNA

Nous avons ensuite exploré le quotidien des jeunes exilés avec Noëlla, 30 ans, engagée depuis 2017 auprès des personnes migrantes. Son parcours, du service civique comme professeure de FLE à l’accompagnement direct de mineurs non accompagnés dans un squat bordelais à partir de 2019, nous a montré l’intensité de l’engagement  bénévole.

Sa sensibilité à la migration était également nourrie par l’histoire de son père originaire de La Réunion, confronté au déracinement.

Le collectif CSMNA

Nous avons découvert un collectif composé uniquement d’une dizaine de bénévoles, sans local officiel, organisant des permanences deux fois par semaine. Les jeunes accompagnés avaient entre 14 et 18 ans, souvent en attente de reconnaissance de leur minorité ou déjà majeurs mais en situation administrative précaire. Le collectif offrait :

• Hébergement et accès à la nourriture

• Suivi des procédures juridiques et dépôt de demandes d’asile

• Aide pour régularisation par le travail ou les études
Chaque accompagnement était individualisé, au cas par cas, afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque jeune.

Obstacles spécifiques à Bordeaux

Noëlla nous a expliqué plusieurs difficultés locales :

• Demande d’asile conditionnée : impossible pour un jeune non reconnu mineur de déposer une demande d’asile comme mineur.

• Accès bancaire impossible : sans représentant légal, les jeunes ne pouvaient pas toucher leur salaire ou gérer leur argent, même en situation d’emploi légal.

• Contrat jeune majeur limité : en Gironde, le suivi des jeunes reconnus mineurs après recours ne dépassait pas six mois, alors que la norme nationale permet un accompagnement jusqu’à 21 ans.

Nous avons compris combien ces contraintes plongeaient les jeunes dans l’incertitude permanente, les empêchant de vivre une adolescence normale.

Recréer une vie d’adolescent et engagement bénévole

Pour compenser ces manques, nous avons vu le collectif organiser concerts, sorties culturelles et moments festifs. Les formes d’engagement proposées étaient diverses : hébergement, suivi de dossier, accompagnement à des rendez-vous, aide à la constitution de dossiers, organisation d’événements solidaires.

Nous avons retenu que le bénévolat, bien que gratifiant, est exigeant et émotionnellement lourd, pouvant ressembler à un travail social sans salaire. Il n’était donc pas recommandé aux personnes déjà fragilisées ou surchargées.

Faire entendre les voix migrantes

Noëlla insistait sur l’importance de donner la parole aux jeunes comme Abdulkarim, dont le témoignage direct permettait de rendre visibles des parcours migratoires irréguliers. Les permanences à la Halle des Douves n’étaient pas seulement administratives : elles offraient un espace social, où jouer, discuter et créer du lien étaient déjà des formes d’engagement.

Les dons financiers et matériels étaient utilisés concrètement : transports, repas, recharges téléphoniques, démarches administratives, vêtements, ordinateurs et vélos.

Nous avons réalisé combien chaque contribution, même ponctuelle, pouvait transformer la vie quotidienne des jeunes.

Représentation, diversité et solidarité horizontale

Nous avons observé que le manque de bénévoles issus des diasporas locales créait parfois une distance symbolique, certains jeunes percevant l’aide comme venant de « sauveurs » extérieurs. Une période plus inclusive, avec davantage de bénévoles issus des diasporas, avait favorisé des relations naturelles et réciproques, où les jeunes participaient activement à la vie du collectif.

Malgré les contraintes, un réseau d’entraide existait entre les jeunes : traduction, accompagnement aux rendez-vous, conseils pratiques et soutien moral. Noëlla nous a rappelé l’importance de l’engagement de tous,  particulièrement des personnes issues de diasporas ou ayant elles-mêmes vécu la migration.

Partie 3 – Traverser l’espoir : le témoignage d’Abdulkarim

Nous avons écouté le récit d’Abdulkarim, originaire de Côte d’Ivoire. Son voyage de deux ans à travers le Mali, l’Algérie, la Tunisie, puis la mer jusqu’en Italie et enfin la France, a été marqué par la peur, la fatigue et le danger constant. La traversée maritime a été particulièrement critique : dérive pendant 10 heures, blessés, sauvetage final par les autorités italiennes.

Même après son arrivée en Europe, les défis ont continué : vie en foyer stricte, liberté limitée, fatigue psychologique et 80 € d’argent de poche insuffisant pour les besoins essentiels. Les convocations répétées devant les juges et l’incertitude quant à sa minorité ont créé un stress permanent.

Réflexion sur le rêve et la réalité

Abdulkarim nous a confié que, s’il pouvait parler à son « moi » du passé, il lui dirait de ne pas croire aux images idéalisées de la France. Les difficultés ne se limitaient pas au trajet : elles persistaient après l’arrivée, dans l’administration et la vie quotidienne.

Pourtant, il conservait espoir et détermination : courage, foi et conviction qu’abandonner aurait été pire que risquer sa vie. Son récit illustrait l’écart entre rêve et réalité et la force nécessaire pour continuer malgré tout.

Partie 4 – Musique, savoir et réappropriation des récits

Nous avons terminé l’émission avec une réflexion collective sur la mémoire, le savoir et la résistance, portée par la musique et les échanges des intervenants.

Daboor et Shabjdeed, avec la chanson « Inn Ann », nous ont rappelé la lutte palestinienne et plus largement la résistance à la violence politique. Nous avons ensuite réfléchi ensemble sur la transmission historique, le contrôle des récits et la nécessité pour les peuples colonisés et diasporiques de se réaproprier leur histoire.
Nous avons exploré les figures intellectuelles oubliées, comme Anténor Firmin, et compris l’impact des classifications raciales scientifiques, de l’héritage psychologique de la colonisation selon Fanon, et du colorisme. La réapropriation linguistique et symbolique, comme l’usage positif du mot « nègre » en Haïti, est apparue comme une forme de résistance et de dignité culturelle.

Synthèse collective

En rassemblant nos réflexions, nous avons identifié trois axes :

1. Témoignage vécu : courage et espoir des jeunes migrants.

2. Réflexion politique : critique des récits dominants et du monopole historique occidental.

3. Analyse culturelle : héritage psychologique de la colonisation, colorisme et réapropriation identitaire.
Nous avons compris que l’histoire n’était pas seulement un savoir académique, mais qu’elle structure nos vies, nos perceptions et nos identités.

Conclusion : vers une réappropriation identitaire

Nous sommes partis avec la conviction que comprendre le passé est indispensable pour comprendre le présent et agir pour l’avenir. Les parcours migratoires, la mémoire coloniale et l’engagement citoyen se croisent : écouter, partager et agir sont des gestes de liberté et de dignité.

Nous avons ressenti combien chaque voix, chaque récit, chaque geste de solidarité, aussi petit soit-il, peut transformer la vie des jeunes et nourrir notre propre compréhension du monde. Cette émission nous a rappelé que l’histoire et les trajectoires humaines ne sont jamais abstraites : elles sont faites de courage, d’espoir et d’humanité.</description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
      <categories>Music</categories>
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      <pubDate>Mon Feb 09 2026 01:00:00 GMT+0100 (heure normale d’Europe centrale)</pubDate>
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      <itunes:title>Emission 3  - Récits, mémoire et solidarité – 09.02.2026</itunes:title>
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      <itunes:author>Au coeur de l'Empire</itunes:author>
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      <itunes:keywords>Au coeur de l'Empire</itunes:keywords>
      <itunes:subtitle>Au coeur de l'Empire</itunes:subtitle>
      <itunes:summary>Photo article: Anacaona, reine Taïno ayant combattu les côlons espagnols (territoire Haïti actuel)- par Ulrick Jean-Pierre via Spencer Museum of Art

Partie 1 – Quand parole intime et histoire collective se rencontrent

Nous avons commencé l’émission dans un cercle de confiance, avec chaleur, curiosité et sincérité. Nous avons pris le temps de partager notre état d’esprit : fatigue, excitation, stress, mélanges d’émotions qui nous sont familiers dans tout projet collectif. Dès ces premières minutes, une atmosphère d’attention et d’ouverture s’est installée. Puis l’un de nous a évoqué la rencontre avec un mystérieux groupe « secret » de personnes puissantes. Cette anecdote a ouvert la voie à la narration et à la réflexion, suspendant notre attention à ce fil d’histoire.

Une parole poétique pour dire l’identité

Le premier moment artistique nous a été offert par Nolan Emmanuel, dit « Nono ». Né à Port-au-Prince et grandi à Bordeaux, il nous a livré un texte autobiographique qui explorait sa double identité. Nous avons découvert un récit façonné par des absences et des présences : l’absence de son père biologique, la présence forte de sa mère biologique et de sa mère adoptive. Ses mots nous ont fait sentir comment une identité peut se construire dans les silences autant que dans la parole.

Nous avons été transportés par ses souvenirs sensoriels : la nourriture de rue dans le quartier Saint-Michel, les ballons rebondissant près de la basilique, les explorations d’églises vécues comme des quêtes spirituelles. Cette enfance nous est apparue heureuse mais déjà marquée par la conscience  d’un héritage historique et culturel plus vaste que lui.

Le choc de l’histoire

Notre immersion a basculé au Musée d’Aquitaine, face aux représentations de la traite négrière : chaînes, navires, silhouettes entravées. Nous avons ressenti, avec lui, cette peur corporelle qui transforme l’histoire abstraite en expérience physique. Et pourtant, cette confrontation douloureuse a ouvert un espace de fierté, notamment en découvrant la date du 1er janvier 1804, l’indépendance d’Haïti. Nous avons compris ensemble que le passé peut devenir une force, une source de courage et d’affirmation identitaire.

Nous avons suivi Nono dans sa quête de culture et de savoir : les récits et contes de Mimi Barthélémy, les figures mythologiques haïtiennes comme Timalice et Bouki. La littérature et l’histoire sont apparues comme des ponts entre la mémoire individuelle et collective, permettant de sentir et d’habiter pleinement une culture, même  lorsqu’elle se complexifie avec l’expérience migratoire.

Le corps comme mémoire

L’expérience corporelle de Nono a été un autre vecteur d’apprentissage. À treize ans, une opération cardiaque a laissé une cicatrice, transformée dans le poème en symbole : blessure physique, vulnérabilité et mémoire vivante des épreuves traversées. Nous avons constaté que le corps peut devenir archive et lieu de réminiscence historique et émotionnelle.
Au fil du temps, Nono a relié son histoire personnelle à l’histoire politique : son rapport à la France, sa critique des représentations médiatiques d’Haïti, son désir de dépasser les clichés et de réconcilier ses identités. Apprendre la langue, retrouver la cuisine, explorer la spiritualité et la culture, autant de gestes pour faire coexister Nolan et Emmanuel en une seule voix.

Haïti, mémoire vive des luttes

Nous avons ensuite élargi la focale à l’histoire d’Haïti avec Marie. Elle nous a rappelé l’existence des Taïnos, peuple autochtone décimé après l’arrivée de Christophe Colomb, et nous a invité à remettre en question l’expression « découverte de l’Amérique ». Nous avons revécu la figure de Anacaona, reine taïno résistante, puis la colonisation française et l’exploitation violente des esclaves africains.

Le récit de la révolution haïtienne nous a fait traverser :

• la révolte d’esclaves en 1791,

• l’abolition en 1794,

• la tentative de rétablissement par Napoléon,

• la guerre et la victoire en 1803,

• et l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804.

Haïti est apparue comme la première république Noire et le premier État issu d’une révolte d’esclaves à interdire constitutionnellement discrimination raciale et esclavage. Nous avons compris que cette histoire est fondatrice pour tous les peuples opprimés et pour le panafricanisme. Marie nous a aussi fait mesurer la dette imposée par la France en 1825 et ses conséquences économiques sur un siècle. La culture et la mémoire se manifestent encore aujourd’hui, par exemple à travers la cassave, galette de manioc héritée des peuples autochtones et transmise aux esclaves africains, aujourd’hui patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Une respiration musicale : la saudade

Nous avons conclu ce premier segment par la chanson Petit Pays de Saudade, où le mot portugais saudade exprime un mélange de nostalgie, de tendresse et de manque. La musique nous a permis de ressentir ce lien complexe à un pays, entre amour et critique, attachement et désir de liberté.

Aparté: Après retour d'un.e auditeurice nous apprenons que le terme Saudade est en fait une construction coloniale qui fait écho à la nostalgie de la colonisation et a été créé par des Portugais qui se considéraient comme &quot;moins colons&quot; que les Anglais ou les Français. Or colon en partie, reste colon !

Partie 2 – Solidarité et humanité : le collectif CSMNA

Nous avons ensuite exploré le quotidien des jeunes exilés avec Noëlla, 30 ans, engagée depuis 2017 auprès des personnes migrantes. Son parcours, du service civique comme professeure de FLE à l’accompagnement direct de mineurs non accompagnés dans un squat bordelais à partir de 2019, nous a montré l’intensité de l’engagement  bénévole.

Sa sensibilité à la migration était également nourrie par l’histoire de son père originaire de La Réunion, confronté au déracinement.

Le collectif CSMNA

Nous avons découvert un collectif composé uniquement d’une dizaine de bénévoles, sans local officiel, organisant des permanences deux fois par semaine. Les jeunes accompagnés avaient entre 14 et 18 ans, souvent en attente de reconnaissance de leur minorité ou déjà majeurs mais en situation administrative précaire. Le collectif offrait :

• Hébergement et accès à la nourriture

• Suivi des procédures juridiques et dépôt de demandes d’asile

• Aide pour régularisation par le travail ou les études
Chaque accompagnement était individualisé, au cas par cas, afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque jeune.

Obstacles spécifiques à Bordeaux

Noëlla nous a expliqué plusieurs difficultés locales :

• Demande d’asile conditionnée : impossible pour un jeune non reconnu mineur de déposer une demande d’asile comme mineur.

• Accès bancaire impossible : sans représentant légal, les jeunes ne pouvaient pas toucher leur salaire ou gérer leur argent, même en situation d’emploi légal.

• Contrat jeune majeur limité : en Gironde, le suivi des jeunes reconnus mineurs après recours ne dépassait pas six mois, alors que la norme nationale permet un accompagnement jusqu’à 21 ans.

Nous avons compris combien ces contraintes plongeaient les jeunes dans l’incertitude permanente, les empêchant de vivre une adolescence normale.

Recréer une vie d’adolescent et engagement bénévole

Pour compenser ces manques, nous avons vu le collectif organiser concerts, sorties culturelles et moments festifs. Les formes d’engagement proposées étaient diverses : hébergement, suivi de dossier, accompagnement à des rendez-vous, aide à la constitution de dossiers, organisation d’événements solidaires.

Nous avons retenu que le bénévolat, bien que gratifiant, est exigeant et émotionnellement lourd, pouvant ressembler à un travail social sans salaire. Il n’était donc pas recommandé aux personnes déjà fragilisées ou surchargées.

Faire entendre les voix migrantes

Noëlla insistait sur l’importance de donner la parole aux jeunes comme Abdulkarim, dont le témoignage direct permettait de rendre visibles des parcours migratoires irréguliers. Les permanences à la Halle des Douves n’étaient pas seulement administratives : elles offraient un espace social, où jouer, discuter et créer du lien étaient déjà des formes d’engagement.

Les dons financiers et matériels étaient utilisés concrètement : transports, repas, recharges téléphoniques, démarches administratives, vêtements, ordinateurs et vélos.

Nous avons réalisé combien chaque contribution, même ponctuelle, pouvait transformer la vie quotidienne des jeunes.

Représentation, diversité et solidarité horizontale

Nous avons observé que le manque de bénévoles issus des diasporas locales créait parfois une distance symbolique, certains jeunes percevant l’aide comme venant de « sauveurs » extérieurs. Une période plus inclusive, avec davantage de bénévoles issus des diasporas, avait favorisé des relations naturelles et réciproques, où les jeunes participaient activement à la vie du collectif.

Malgré les contraintes, un réseau d’entraide existait entre les jeunes : traduction, accompagnement aux rendez-vous, conseils pratiques et soutien moral. Noëlla nous a rappelé l’importance de l’engagement de tous,  particulièrement des personnes issues de diasporas ou ayant elles-mêmes vécu la migration.

Partie 3 – Traverser l’espoir : le témoignage d’Abdulkarim

Nous avons écouté le récit d’Abdulkarim, originaire de Côte d’Ivoire. Son voyage de deux ans à travers le Mali, l’Algérie, la Tunisie, puis la mer jusqu’en Italie et enfin la France, a été marqué par la peur, la fatigue et le danger constant. La traversée maritime a été particulièrement critique : dérive pendant 10 heures, blessés, sauvetage final par les autorités italiennes.

Même après son arrivée en Europe, les défis ont continué : vie en foyer stricte, liberté limitée, fatigue psychologique et 80 € d’argent de poche insuffisant pour les besoins essentiels. Les convocations répétées devant les juges et l’incertitude quant à sa minorité ont créé un stress permanent.

Réflexion sur le rêve et la réalité

Abdulkarim nous a confié que, s’il pouvait parler à son « moi » du passé, il lui dirait de ne pas croire aux images idéalisées de la France. Les difficultés ne se limitaient pas au trajet : elles persistaient après l’arrivée, dans l’administration et la vie quotidienne.

Pourtant, il conservait espoir et détermination : courage, foi et conviction qu’abandonner aurait été pire que risquer sa vie. Son récit illustrait l’écart entre rêve et réalité et la force nécessaire pour continuer malgré tout.

Partie 4 – Musique, savoir et réappropriation des récits

Nous avons terminé l’émission avec une réflexion collective sur la mémoire, le savoir et la résistance, portée par la musique et les échanges des intervenants.

Daboor et Shabjdeed, avec la chanson « Inn Ann », nous ont rappelé la lutte palestinienne et plus largement la résistance à la violence politique. Nous avons ensuite réfléchi ensemble sur la transmission historique, le contrôle des récits et la nécessité pour les peuples colonisés et diasporiques de se réaproprier leur histoire.
Nous avons exploré les figures intellectuelles oubliées, comme Anténor Firmin, et compris l’impact des classifications raciales scientifiques, de l’héritage psychologique de la colonisation selon Fanon, et du colorisme. La réapropriation linguistique et symbolique, comme l’usage positif du mot « nègre » en Haïti, est apparue comme une forme de résistance et de dignité culturelle.

Synthèse collective

En rassemblant nos réflexions, nous avons identifié trois axes :

1. Témoignage vécu : courage et espoir des jeunes migrants.

2. Réflexion politique : critique des récits dominants et du monopole historique occidental.

3. Analyse culturelle : héritage psychologique de la colonisation, colorisme et réapropriation identitaire.
Nous avons compris que l’histoire n’était pas seulement un savoir académique, mais qu’elle structure nos vies, nos perceptions et nos identités.

Conclusion : vers une réappropriation identitaire

Nous sommes partis avec la conviction que comprendre le passé est indispensable pour comprendre le présent et agir pour l’avenir. Les parcours migratoires, la mémoire coloniale et l’engagement citoyen se croisent : écouter, partager et agir sont des gestes de liberté et de dignité.

Nous avons ressenti combien chaque voix, chaque récit, chaque geste de solidarité, aussi petit soit-il, peut transformer la vie des jeunes et nourrir notre propre compréhension du monde. Cette émission nous a rappelé que l’histoire et les trajectoires humaines ne sont jamais abstraites : elles sont faites de courage, d’espoir et d’humanité.</itunes:summary>
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    </item>
    <item>
      <title>Emission 2 - Imaginer pour le futur &amp; Agir MAINTENANT</title>
      <link>https://www.lacledesondes.fr/emission/au-coeur-de-l-empire</link>
      <description> Partie 1 : « L’impression d’être en pleine 3e guerre mondiale »

Mettre en lumière une crise humanitaire invisibilisées

Le coeur de cette première partie repose sur une rencontre avec Basile Mohamed, 20 ans, étudiant en histoire, activiste franco-soudanais. À travers son témoignage, nous sommes confrontés à une réalité trop souvent absente du débat public : la situation au Soudan constitue aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, et pourtant l’une des plus invisibilisées.
Basile ne parle pas depuis une position extérieure. Il parle depuis son vécu, depuis la diaspora, depuis l’impossibilité de rentrer dans son pays, depuis la douleur de voir des civils subir des violences inhumaines dans l’indifférence générale. Son combat est limpide : informer pour exister, informer pour briser le silence, informer pour que cette crise ne reste pas reléguée aux marges de l’actualité.

Être jeune n’est pas un frein, c’est une force politique

À 20 ans, Basile démontre que l’engagement n’attend pas le nombre des années. Au contraire, l’histoire nous montre que les luttes sociales, politiques et révolutionnaires ont toujours été portées par les jeunes.
Ce qu’il pointe avec justesse, c’est le caractère problématique de la surprise constante face à l’engagement des jeunes. Comme si se mobiliser était une anomalie. Comme si la jeunesse devait être apolitique, passive ou distraite.

Nous partageons ce constat : l’engagement des jeunes doit être normalisé, encouragé, transmis. S’engager ne signifie pas tout sacrifier. Cela peut passer par l’associatif, les réseaux sociaux, le terrain, le politique. L’essentiel reste de prendre position.

Réseaux sociaux : informer oui, agir surtout

Partager ne suffit pas!
Relayer une vidéo, poster un hashtag, c’est une étape. Pas une finalité. L’activisme ne peut pas se limiter à l’écran. L’effet de groupe, la présence physique, la rencontre, la mobilisation collective restent irremplaçables.
Notre message est clair : les réseaux peuvent ouvrir la porte, mais le réel est le lieu où les choses bougent.

Nous ne rejetons pas les réseaux. Ils sont aujourd’hui des outils puissants, parfois plus rapides et plus honnêtes que certains médias traditionnels. C’est grâce à eux que des images circulent, que des vérités émergent, que des récits ignorés trouvent une audience.

S’engager concrètement : oser faire le premier pas

À celles et ceux qui se demandent comment agir, nous retenons une idée centrale de l’échange : oser. Oser aller vers les autres. Oser s’informer. Oser rejoindre une association. Oser poser des questions. Oser approcher celles et ceux qui semblent “trop importants” ou “trop loin”.

La peur de l’illégitimité est un frein majeur à l’engagement. Pourtant, comme Basile le rappelle, nous sommes souvent à quelques personnes seulement de celles et ceux qui peuvent faire avancer les choses.

Diasporas et solidarités : informer avant tout

La diaspora soudanaise en France, bien que récente et peu visible, joue un rôle essentiel : entraide, envois d’argent, mobilisation associative, soutien aux populations sur place.

Mais avant toute chose, il y a une urgence : faire savoir.
Informer est la condition première de toute solidarité. Si les gens ne savent pas ce qui se passe, comment pourraient-ils aider ? Pour nous comme pour Basile, rendre visible cette réalité est déjà une victoire politique.

Partie 2 : Briser le silence

Dans cette deuxième partie de l’émission, nous avons choisi de faire ce que les médias dominants font trop rarement : laisser du temps, de l’espace et de la complexité à une parole directement concernée. Celle de Souleymane, membre actif de la Maison des Soudanais à Bordeaux, expatrié soudanais arrivé en France en 2019, engagé au quotidien auprès de sa communauté.

Ce témoignage dépasse largement le cadre d’une interview associative. Il agit comme un contre-récit : une mise en perspective historique, politique et humaine d’une crise que l’on résume trop souvent à des mots vagues — conflit, instabilité, violences ethniques — sans jamais en expliquer les causes profondes.

La Maison des Soudanais : entraide face à l’abandon

La Maison des Soudanais n’est pas seulement un lieu culturel. C’est un espace de survie collective, né d’un constat simple : en arrivant en France, beaucoup de Soudanais se retrouvent seuls, perdus dans une administration opaque, confrontés à une barrière linguistique et à une précarité structurelle.

La solidarité devient alors une nécessité politique. Aider à remplir des papiers, traduire, expliquer les codes, accompagner : ce sont ces gestes-là qui permettent de tenir. Ce travail repose sur des personnes comme Souleymane, qui ont réussi à s’approprier — partiellement — les rouages du système français, et qui refusent de garder ce savoir pour eux.

Comprendre le Soudan, refuser les raccourcis

Souleymane replace la situation actuelle du Soudan dans une histoire longue, marquée par la colonisation britannique, une indépendance inachevée, un partage du pouvoir profondément inégal et une marginalisation persistante des populations non arabes, notamment dans la région du Darfour.

Il décrit, non pas un conflit “ethnique” spontané, mais une construction politique, nourrie par des intérêts économiques majeurs : terres agricoles, or, pétrole, ressources minières. Le Darfour apparaît alors comme un territoire stratégique, convoité par des puissances régionales et internationales, pendant que ses habitants sont déplacés, appauvris, dépossédés.
Nous mesurons à quel point cette réalité est absente du débat public. Les liens entre le Soudan, les pays du Golfe, les grandes puissances militaires, les projets d’appropriation territoriale et les déplacements forcés de population sont rarement nommés, encore moins expliqués.

Diasporas : survivre ici pendant que l’on meurt là-bas

Un point traverse tout le témoignage : la violence de l’entre-deux.
Être en France pendant que son pays brûle. Tenter de survivre ici, administrativement, économiquement, psychologiquement — tout en sachant que, pendant que nous parlons, des gens meurent là-bas.
La diaspora soudanaise est jeune, peu nombreuse, précaire. Elle ne dispose ni de relais politiques puissants ni de moyens financiers suffisants pour soutenir durablement les populations sur place.

Contrairement aux discours rassurants, la solidarité internationale ne compense pas l’abandon institutionnel. Ce constat est brutal : il n’y a pas toujours de solution, parfois même pas d’espoir immédiat. Et pourtant, la lutte continue, parce qu’abandonner serait accepter l’effacement.

Pourquoi cette parole compte

Elle vise à rappeler une responsabilité collective : comprendre est un actenpolitique. Écouter est déjà une forme de soutien. Relayer ces paroles, c’est refuser qu’elles restent confinées aux marges.
Nous retenons, une chose essentielle : les peuples que l’on appelle “tiers-monde” vivent souvent sur les terres les plus riches du globe, et paient leur richesse de leur appauvrissement. En donnant la parole à Souleymane, nous n’avons pas “donné la voix” à quelqu’un : nous avons cessé de la confisquer.

NE ME TOUCHE PAS
La poésie comme espace de résistance et de transmission

Après les constats politiques et les récits de survie, nous faisons un pas de côté essentiel : celui de l’expression artistique comme outil de lutte.

Avec Diaspoétique, nous affirmons une conviction forte : les récits des diasporas ne se limitent pas à la douleur, ils produisent aussi du sens, de la mémoire et de la résistance. La scène devient alors un espace où ce qui est habituellement réduit au silence peut enfin s’énoncer sans filtre.

Dire « ne me touche pas » c’est aussi reprendre possession du corps et de l’histoire Le texte de Rosette agit comme un choc nécessaire.

Il met des mots sur ce que beaucoup vivent sans toujours pouvoir le formuler : l’appropriation permanente des corps racisés, la curiosité violente, l’exotisation, la dépossession de l’intime, qu’elle passe par la peau, les cheveux, l’histoire ou la mémoire.

Ce poème est un refus clair de la condescendance, de la fausse empathie, de la récupération anti-coloniale de façade. Il rappelle que la poésie peut être un espace de refus, de colère maîtrisée, de lucidité tranchante. En écoutant ces mots, nous comprenons que la violence coloniale ne relève pas seulement du passé. Elle s’inscrit encore aujourd’hui dans les regards, les gestes, les discours, les récits dominants qui s’autorisent à parler à la place de.

Quand la parole située dérange
Cette séquence soulève aussi une question essentielle : qui parle, et depuis où ? Le malaise exprimé n’est pas anecdotique. Il révèle une tension permanente dans les espaces militants, culturels et médiatiques : comment relayer des luttes sans les confisquer ?

Comment soutenir sans se substituer ?
Nous assumons cette réflexion. Parce qu’elle est nécessaire. Parce que donner de la place à ces voix implique aussi d’accepter d’être bousculé, remis en question, déplacé.

Dernière partie — Briser les récits dominants, reconstruire un horizon commun

Dans cette dernière séquence, nous touchons au coeur du problème : la bataille des récits. Pas seulement celle qui oppose faits et mensonges, mais celle qui conditionne nos peurs, nos absences, nos renoncements collectifs. La question migratoire y apparaît pour ce qu’elle est réellement : un révélateur politique majeur de notre époque.

Déconstruire les mensonges d’État et médiatiques

Nous affirmons une chose simple, mais encore trop souvent niée : les discours dominants sur les migrations sont fondés sur des clichés, des stéréotypes et des fausses informations, y compris lorsque les chiffres officiels eux-mêmes les contredisent. L’idée d’une « invasion », d’un coût insupportable, d’une concurrence sur l’emploi ne résiste pas à l’analyse factuelle. Ce que cette séquence met en lumière, c’est la responsabilité directe des politiques publiques
et des grands médias dans la fabrication d’un climat xénophobe. Non par ignorance, mais par choix. La peur est devenue un outil de gouvernement.

Des politiques qui fabriquent la précarité et la mort

Nous nommons clairement les choses : la précarité des personnes migrantes n’est pas un accident, c’est une politique organisée. Le tri aux frontières, l’entrave à l’accès au travail, au logement, aux soins, la criminalisation de la solidarité, tout cela produit des vies suspendues et trop souvent des morts. Face à cela, les revendications exprimées ne relèvent pas de l’utopie abstraite, mais d’une logique de dignité et de justice :
• la régularisation de toutes et tous,
• l’ouverture des frontières,
• la fin des lois répressives,
• la reconnaissance pleine et entière des personnes migrantes comme sujets de droits.

La question du rapport de force

Un autre point essentiel traverse cette partie : l’absence relative de mobilisation massive, et ce qu’elle dit de notre moment politique. Nous ne nous contentons pas de le constater, nous l’interrogeons. Pourquoi la rue est-elle parfois vide, même lorsque les enjeux sont vitaux ? Pourquoi tant de résignation, de fatigue, de distance ?

La réponse esquissée est lucide : sans stratégie de rapport de force — grève, blocage, organisation collective — les mobilisations peinent à s’ancrer durablement. La solidarité symbolique ne suffit pas. Il faut des cadres offensifs, lisibles, capables de fédérer largement, notamment dans les classes populaires.

Les migrants ne sont pas le problème : ils sont la force

Cette séquence remet frontalement en cause un mythe central : celui du migrant « voleur d’emplois ». Nous rappelons une réalité sociale bien connue mais rarement assumée : les personnes migrantes occupent des emplois essentiels, pénibles, mal payés, que beaucoup refusent, et ce dans des conditions d’exploitation rendues possibles précisément par leur absence de droits. L’ennemi n’est pas celui qui survit. L’ennemi, ce sont les logiques économiques qui exploitent, divisent et enrichissent une minorité au détriment du plus grand
nombre.

Une histoire coloniale toujours à l’oeuvre
Impossible de parler des migrations sans parler de colonialisme. Cette dernière partie le dit sans détour : les déplacements actuels sont indissociables de siècles de pillage, de domination et d’ingérences impérialistes. Venir chercher ailleurs ce qui a été volé n’est pas une aberration morale, c’est une conséquence historique. Refuser de voir cela, c’est accepter une lecture déshumanisée du monde.

Culture, transmission et futur désirable
Enfin, la séquence se referme sur une dimension essentielle : la transmission. À travers la musique, la poésie, le spoken word, c’est un autre imaginaire qui se construit. Raconter une Afrique forte, consciente, fière, raconter des luttes, des victoires, des héritages, ce n’est pas du folklore : c’est une stratégie politique pour réparer, projeter, et permettre aux générations futures de se reconnaître.

Là se joue peut-être l’essentiel : changer les lois, oui. Changer les rapports de force, évidemment. Mais aussi changer ce que nous racontons au monde et à nos enfants.

Ce que nous retenons
Cette dernière partie nous oblige à une conclusion inconfortable mais nécessaire : la question migratoire n’est pas périphérique. Elle est centrale.

Elle dit notre rapport à l’humanité, à la justice, à la solidarité, et à l’avenir. Et tant que des vies seront sacrifiées au nom de frontières arbitraires, tant que la peur primera sur la vérité, tant que l’exploitation sera déguisée en fatalité, nous continuerons à porter ces voix, à déconstruire ces récits, et à rappeler que personne n’est illégal.</description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
      <categories>Music</categories>
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      <pubDate>Mon Jan 12 2026 01:00:00 GMT+0100 (heure normale d’Europe centrale)</pubDate>
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      <itunes:title>Emission 2 - Imaginer pour le futur &amp; Agir MAINTENANT</itunes:title>
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      <itunes:author>Au coeur de l'Empire</itunes:author>
      <itunes:explicit>no</itunes:explicit>
      <itunes:keywords>Au coeur de l'Empire</itunes:keywords>
      <itunes:subtitle>Au coeur de l'Empire</itunes:subtitle>
      <itunes:summary> Partie 1 : « L’impression d’être en pleine 3e guerre mondiale »

Mettre en lumière une crise humanitaire invisibilisées

Le coeur de cette première partie repose sur une rencontre avec Basile Mohamed, 20 ans, étudiant en histoire, activiste franco-soudanais. À travers son témoignage, nous sommes confrontés à une réalité trop souvent absente du débat public : la situation au Soudan constitue aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, et pourtant l’une des plus invisibilisées.
Basile ne parle pas depuis une position extérieure. Il parle depuis son vécu, depuis la diaspora, depuis l’impossibilité de rentrer dans son pays, depuis la douleur de voir des civils subir des violences inhumaines dans l’indifférence générale. Son combat est limpide : informer pour exister, informer pour briser le silence, informer pour que cette crise ne reste pas reléguée aux marges de l’actualité.

Être jeune n’est pas un frein, c’est une force politique

À 20 ans, Basile démontre que l’engagement n’attend pas le nombre des années. Au contraire, l’histoire nous montre que les luttes sociales, politiques et révolutionnaires ont toujours été portées par les jeunes.
Ce qu’il pointe avec justesse, c’est le caractère problématique de la surprise constante face à l’engagement des jeunes. Comme si se mobiliser était une anomalie. Comme si la jeunesse devait être apolitique, passive ou distraite.

Nous partageons ce constat : l’engagement des jeunes doit être normalisé, encouragé, transmis. S’engager ne signifie pas tout sacrifier. Cela peut passer par l’associatif, les réseaux sociaux, le terrain, le politique. L’essentiel reste de prendre position.

Réseaux sociaux : informer oui, agir surtout

Partager ne suffit pas!
Relayer une vidéo, poster un hashtag, c’est une étape. Pas une finalité. L’activisme ne peut pas se limiter à l’écran. L’effet de groupe, la présence physique, la rencontre, la mobilisation collective restent irremplaçables.
Notre message est clair : les réseaux peuvent ouvrir la porte, mais le réel est le lieu où les choses bougent.

Nous ne rejetons pas les réseaux. Ils sont aujourd’hui des outils puissants, parfois plus rapides et plus honnêtes que certains médias traditionnels. C’est grâce à eux que des images circulent, que des vérités émergent, que des récits ignorés trouvent une audience.

S’engager concrètement : oser faire le premier pas

À celles et ceux qui se demandent comment agir, nous retenons une idée centrale de l’échange : oser. Oser aller vers les autres. Oser s’informer. Oser rejoindre une association. Oser poser des questions. Oser approcher celles et ceux qui semblent “trop importants” ou “trop loin”.

La peur de l’illégitimité est un frein majeur à l’engagement. Pourtant, comme Basile le rappelle, nous sommes souvent à quelques personnes seulement de celles et ceux qui peuvent faire avancer les choses.

Diasporas et solidarités : informer avant tout

La diaspora soudanaise en France, bien que récente et peu visible, joue un rôle essentiel : entraide, envois d’argent, mobilisation associative, soutien aux populations sur place.

Mais avant toute chose, il y a une urgence : faire savoir.
Informer est la condition première de toute solidarité. Si les gens ne savent pas ce qui se passe, comment pourraient-ils aider ? Pour nous comme pour Basile, rendre visible cette réalité est déjà une victoire politique.

Partie 2 : Briser le silence

Dans cette deuxième partie de l’émission, nous avons choisi de faire ce que les médias dominants font trop rarement : laisser du temps, de l’espace et de la complexité à une parole directement concernée. Celle de Souleymane, membre actif de la Maison des Soudanais à Bordeaux, expatrié soudanais arrivé en France en 2019, engagé au quotidien auprès de sa communauté.

Ce témoignage dépasse largement le cadre d’une interview associative. Il agit comme un contre-récit : une mise en perspective historique, politique et humaine d’une crise que l’on résume trop souvent à des mots vagues — conflit, instabilité, violences ethniques — sans jamais en expliquer les causes profondes.

La Maison des Soudanais : entraide face à l’abandon

La Maison des Soudanais n’est pas seulement un lieu culturel. C’est un espace de survie collective, né d’un constat simple : en arrivant en France, beaucoup de Soudanais se retrouvent seuls, perdus dans une administration opaque, confrontés à une barrière linguistique et à une précarité structurelle.

La solidarité devient alors une nécessité politique. Aider à remplir des papiers, traduire, expliquer les codes, accompagner : ce sont ces gestes-là qui permettent de tenir. Ce travail repose sur des personnes comme Souleymane, qui ont réussi à s’approprier — partiellement — les rouages du système français, et qui refusent de garder ce savoir pour eux.

Comprendre le Soudan, refuser les raccourcis

Souleymane replace la situation actuelle du Soudan dans une histoire longue, marquée par la colonisation britannique, une indépendance inachevée, un partage du pouvoir profondément inégal et une marginalisation persistante des populations non arabes, notamment dans la région du Darfour.

Il décrit, non pas un conflit “ethnique” spontané, mais une construction politique, nourrie par des intérêts économiques majeurs : terres agricoles, or, pétrole, ressources minières. Le Darfour apparaît alors comme un territoire stratégique, convoité par des puissances régionales et internationales, pendant que ses habitants sont déplacés, appauvris, dépossédés.
Nous mesurons à quel point cette réalité est absente du débat public. Les liens entre le Soudan, les pays du Golfe, les grandes puissances militaires, les projets d’appropriation territoriale et les déplacements forcés de population sont rarement nommés, encore moins expliqués.

Diasporas : survivre ici pendant que l’on meurt là-bas

Un point traverse tout le témoignage : la violence de l’entre-deux.
Être en France pendant que son pays brûle. Tenter de survivre ici, administrativement, économiquement, psychologiquement — tout en sachant que, pendant que nous parlons, des gens meurent là-bas.
La diaspora soudanaise est jeune, peu nombreuse, précaire. Elle ne dispose ni de relais politiques puissants ni de moyens financiers suffisants pour soutenir durablement les populations sur place.

Contrairement aux discours rassurants, la solidarité internationale ne compense pas l’abandon institutionnel. Ce constat est brutal : il n’y a pas toujours de solution, parfois même pas d’espoir immédiat. Et pourtant, la lutte continue, parce qu’abandonner serait accepter l’effacement.

Pourquoi cette parole compte

Elle vise à rappeler une responsabilité collective : comprendre est un actenpolitique. Écouter est déjà une forme de soutien. Relayer ces paroles, c’est refuser qu’elles restent confinées aux marges.
Nous retenons, une chose essentielle : les peuples que l’on appelle “tiers-monde” vivent souvent sur les terres les plus riches du globe, et paient leur richesse de leur appauvrissement. En donnant la parole à Souleymane, nous n’avons pas “donné la voix” à quelqu’un : nous avons cessé de la confisquer.

NE ME TOUCHE PAS
La poésie comme espace de résistance et de transmission

Après les constats politiques et les récits de survie, nous faisons un pas de côté essentiel : celui de l’expression artistique comme outil de lutte.

Avec Diaspoétique, nous affirmons une conviction forte : les récits des diasporas ne se limitent pas à la douleur, ils produisent aussi du sens, de la mémoire et de la résistance. La scène devient alors un espace où ce qui est habituellement réduit au silence peut enfin s’énoncer sans filtre.

Dire « ne me touche pas » c’est aussi reprendre possession du corps et de l’histoire Le texte de Rosette agit comme un choc nécessaire.

Il met des mots sur ce que beaucoup vivent sans toujours pouvoir le formuler : l’appropriation permanente des corps racisés, la curiosité violente, l’exotisation, la dépossession de l’intime, qu’elle passe par la peau, les cheveux, l’histoire ou la mémoire.

Ce poème est un refus clair de la condescendance, de la fausse empathie, de la récupération anti-coloniale de façade. Il rappelle que la poésie peut être un espace de refus, de colère maîtrisée, de lucidité tranchante. En écoutant ces mots, nous comprenons que la violence coloniale ne relève pas seulement du passé. Elle s’inscrit encore aujourd’hui dans les regards, les gestes, les discours, les récits dominants qui s’autorisent à parler à la place de.

Quand la parole située dérange
Cette séquence soulève aussi une question essentielle : qui parle, et depuis où ? Le malaise exprimé n’est pas anecdotique. Il révèle une tension permanente dans les espaces militants, culturels et médiatiques : comment relayer des luttes sans les confisquer ?

Comment soutenir sans se substituer ?
Nous assumons cette réflexion. Parce qu’elle est nécessaire. Parce que donner de la place à ces voix implique aussi d’accepter d’être bousculé, remis en question, déplacé.

Dernière partie — Briser les récits dominants, reconstruire un horizon commun

Dans cette dernière séquence, nous touchons au coeur du problème : la bataille des récits. Pas seulement celle qui oppose faits et mensonges, mais celle qui conditionne nos peurs, nos absences, nos renoncements collectifs. La question migratoire y apparaît pour ce qu’elle est réellement : un révélateur politique majeur de notre époque.

Déconstruire les mensonges d’État et médiatiques

Nous affirmons une chose simple, mais encore trop souvent niée : les discours dominants sur les migrations sont fondés sur des clichés, des stéréotypes et des fausses informations, y compris lorsque les chiffres officiels eux-mêmes les contredisent. L’idée d’une « invasion », d’un coût insupportable, d’une concurrence sur l’emploi ne résiste pas à l’analyse factuelle. Ce que cette séquence met en lumière, c’est la responsabilité directe des politiques publiques
et des grands médias dans la fabrication d’un climat xénophobe. Non par ignorance, mais par choix. La peur est devenue un outil de gouvernement.

Des politiques qui fabriquent la précarité et la mort

Nous nommons clairement les choses : la précarité des personnes migrantes n’est pas un accident, c’est une politique organisée. Le tri aux frontières, l’entrave à l’accès au travail, au logement, aux soins, la criminalisation de la solidarité, tout cela produit des vies suspendues et trop souvent des morts. Face à cela, les revendications exprimées ne relèvent pas de l’utopie abstraite, mais d’une logique de dignité et de justice :
• la régularisation de toutes et tous,
• l’ouverture des frontières,
• la fin des lois répressives,
• la reconnaissance pleine et entière des personnes migrantes comme sujets de droits.

La question du rapport de force

Un autre point essentiel traverse cette partie : l’absence relative de mobilisation massive, et ce qu’elle dit de notre moment politique. Nous ne nous contentons pas de le constater, nous l’interrogeons. Pourquoi la rue est-elle parfois vide, même lorsque les enjeux sont vitaux ? Pourquoi tant de résignation, de fatigue, de distance ?

La réponse esquissée est lucide : sans stratégie de rapport de force — grève, blocage, organisation collective — les mobilisations peinent à s’ancrer durablement. La solidarité symbolique ne suffit pas. Il faut des cadres offensifs, lisibles, capables de fédérer largement, notamment dans les classes populaires.

Les migrants ne sont pas le problème : ils sont la force

Cette séquence remet frontalement en cause un mythe central : celui du migrant « voleur d’emplois ». Nous rappelons une réalité sociale bien connue mais rarement assumée : les personnes migrantes occupent des emplois essentiels, pénibles, mal payés, que beaucoup refusent, et ce dans des conditions d’exploitation rendues possibles précisément par leur absence de droits. L’ennemi n’est pas celui qui survit. L’ennemi, ce sont les logiques économiques qui exploitent, divisent et enrichissent une minorité au détriment du plus grand
nombre.

Une histoire coloniale toujours à l’oeuvre
Impossible de parler des migrations sans parler de colonialisme. Cette dernière partie le dit sans détour : les déplacements actuels sont indissociables de siècles de pillage, de domination et d’ingérences impérialistes. Venir chercher ailleurs ce qui a été volé n’est pas une aberration morale, c’est une conséquence historique. Refuser de voir cela, c’est accepter une lecture déshumanisée du monde.

Culture, transmission et futur désirable
Enfin, la séquence se referme sur une dimension essentielle : la transmission. À travers la musique, la poésie, le spoken word, c’est un autre imaginaire qui se construit. Raconter une Afrique forte, consciente, fière, raconter des luttes, des victoires, des héritages, ce n’est pas du folklore : c’est une stratégie politique pour réparer, projeter, et permettre aux générations futures de se reconnaître.

Là se joue peut-être l’essentiel : changer les lois, oui. Changer les rapports de force, évidemment. Mais aussi changer ce que nous racontons au monde et à nos enfants.

Ce que nous retenons
Cette dernière partie nous oblige à une conclusion inconfortable mais nécessaire : la question migratoire n’est pas périphérique. Elle est centrale.

Elle dit notre rapport à l’humanité, à la justice, à la solidarité, et à l’avenir. Et tant que des vies seront sacrifiées au nom de frontières arbitraires, tant que la peur primera sur la vérité, tant que l’exploitation sera déguisée en fatalité, nous continuerons à porter ces voix, à déconstruire ces récits, et à rappeler que personne n’est illégal.</itunes:summary>
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    </item>
    <item>
      <title>Emission 1 - Créer des espaces et explorer nos imaginaires</title>
      <link>https://www.lacledesondes.fr/emission/au-coeur-de-l-empire</link>
      <description> Segment 1 : Revenir sur l’histoire et la solidarité

Pour cette première émission, nous avons voulu donner la parole à Junior Kitambala., originaire de la RDC, qui a longuement exercé le métier de journaliste. Il est arrivé en Belgique en 2021 pour suivre un master en journalisme. Lors d'une interview improvisée dans un café associatif à Bordeaux, il a commencé par nous parler de son rapport à la Belgique, son pays d’adoption, et à son pays de naissance. Junior nous rappelle que les espaces de parole sont souvent réquisitionnés par les puissants, et que ce type d'espace (notre émission) a tout à fait sa place.
En revenant à la question, le portrait que dresse Junior évoque une forme d’asymétrie entre ces deux pays. D'un côté il a appris très tôt l’histoire de la Belgique, de l’autre, le Congo est à peine évoqué : à l'école, il nous est enseignée l’histoire de nos colons sans jamais réellement parler de leur histoire coloniale. Beaucoup, en Belgique ou en France, gardent en mémoire une forme de nostalgie de la colonisation dans le sens où les ex-colonisés n’ont pas droit à une véritable émancipation.

Qu’est-ce qui a animé son engagement de journaliste ?
Les récits de la colonisation sont souvent racontés par des personnes qui n’ont jamais vécu cette réalité, parfois par des pseudo-experts. Ces individus, après quelques voyages, s'érigent en connaisseurs de ces peuples, ce qui donne lieu à des récits vides de sens et d'authenticité. Sa motivation pour faire du journalisme a été de pouvoir restituer l’authenticité de ces récits. Outre les images que nous avons de guerres et de misères, Junior souhaite montrer autre chose : la créativité, la joie et la grandeur de ces peuples.

Comment pourrait-on se défaire de ce rapport asymétrique ?
Il faudrait reconnecter la lutte décoloniale avec ce que vivent les personnes, sans faire l’apologie du communautarisme. Il faut plus d’authenticité et créer des espaces où les personnes peuvent exprimer leur vécu en toute liberté et sans oppression. Dans cette « lutte », nous avons besoin d’alliés, et il est essentiel que les personnes concernées se placent au-devant de la scène.

Quels sont les espaces qui peuvent faire exister ces récits ?
Notre combat devrait être orienté vers la recherche de ces espaces, car les espaces actuels sont contrôlés et formatés selon une grille bien définie. Ainsi, c’est à nous de créer de nouveaux espaces adaptés à notre vécu. Nous sommes dans un moment charnière, où nous devons mutualiser nos efforts sans nous limiter. Il faut transcender les villes et les régions et parler à tout le monde. Il faut repenser les espaces libres, car aujourd’hui, nous avons trop facilement recours à la violence (violence policière) pour encadrer les activités militantes. Nous devons alors envisager d’autres espaces non contraignants dans les villes et les régions et réfléchir de façon globale.
Dans la lutte, il nous faut être positif ; elle doit être nourrie par l'optimisme et son résultat ne se récolte pas dans l'immédiat. Aujourd’hui, nous ne luttons pas pour nous-mêmes, sinon nous pousserions les gens à la résignation, nous devons lutter pour celleux qui viendront après nous.
« Nous semons des graines pour des fruits que mangeront nos enfants »

Faut-il rêver ?
L’histoire de l’humanité est une histoire des idées. Les idées sont une boussole, car elles précèdent le concret. Récemment, Junior a cherché une autoévaluation de la lutte décoloniale à l’époque de la négritude. Il essaie de rapprocher la lutte décoloniale moderne avec des penseurs comme Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. À l’époque, ces penseurs avaient formulé des idées claires qui ont conduit à l’indépendance en Afrique, grâce à une base théorique de l’imaginaire : ils ont mis en avant l’Homme Noir à travers la littérature. Aujourd’hui, malgré la démocratisation de l’information, les figures de proue se font rares.
Pour finir.
Ces derniers temps, nous assistons à une peur de l’engagement dans le but de conserver une forme de neutralité, mais nous vivons un moment où la neutralité n’existe pas. Cela signifierait que d'autres prennent des décisions à notre place, sachant que certains prennent des décisions à l’encontre des minorités en tout genre. Nous vivons un moment important de notre histoire, il est donc essentiel que nous prenions toustes le devant et espérions un changement, peut-être pas pour nous, mais pour les générations futures. Plus nous seront nombreux-ses et plus le changement sera concret.

 Interlude musicale

Dollars par I m roze, un.e artiste non binaire nord-américain.e, originaire de Louisiane, qui a fait ses armes dans le gospel. Rescapé-e de l'ouragan Laura en 2020, iel chantait alors à la rue. Aujourd'hui, sa chanson Dollar a été samplée des millions de fois sur les réseaux sociaux (Instagram et TikTok) avec sa plume vulnérable, sa voix claire... à donner des frissons. Dollar en soit est un texte qui interroge, exprime la tristesse, le deuil et la reponsabilité de nos choix qui ne semblent pas si politique: ce qu'implique en temps et vie notre mode de consommation capitaliste surtout en temps de Génocides (PLURIEL) retranscrits sur les plateformes de communication les plus utilisées.
Iel remet au coeur de la politique le fait que nous soyons toustes concerné-es dès lors que certain-es d'entre nous le sont et souffrent, d'autant plus pour notre confort.

&quot;Vous vous en foutez, Vous vous en foutrez. Vous devriez vous sentir concerné-es car nous le sommes. Dites-moi pourquoi la vie d'une autre personne vaut MON dollar&quot; -- I am Roze, Dollar

 Segment 2 : la poésie comme témoignage et résistance

Dans un enregistrement depuis Gaza, Ziad Médouk, poète, écrivain et professeur de français, partage son expérience des deux années d’offensive contre Gaza. Il explique que la poésie, l’art et la musique ont été utilisés comme moyens de documentation, de résilience et de résistance face à l’agression. Ces formes d’expression ont permis de raconter la réalité de la population civile — femmes, enfants, personnes âgées — à un public francophone et de relayer les initiatives de solidarité internationales. « […] la poésie m’a éloigné de la haine et de penser à l’avenir ».
Ziad Médouk a publié quatre ouvrages pendant cette période, mêlant poésie et chroniques de terrain, malgré des conditions de vie extrêmement difficiles : bombardements, déplacements forcés, pénuries de nourriture et d’eau, et destruction massive. Ses textes témoignent de l’horreur vécue par la population tout en transmettant l’espoir et la résilience des Gazaouis.

Éducation pour Gaza : un lien entre Gaza et la France
L’émission a également présenté le collectif Éducation pour Gaza, basé en Gironde. Ce collectif regroupe des professionnel·les de l’éducation et agit pour soutenir les Palestiniens de Gaza via des événements de sensibilisation, des projections de films, des initiatives de solidarité matérielle et financière, ainsi que des projets éducatifs pour permettre à des étudiant·es palestinien·nes de suivre des études en France. L’émission aborde aussi les difficultés rencontrées par certains militant·es pro-palestiniens en France, victimes de répression policière et judiciaire.

 La discussion collective : créer, relier et transmettre

La dernière partie de l’émission s’est centrée sur le rôle de l’art et des imaginaires dans la lutte. Nous avons insisté sur l’importance de créer des espaces médiatiques et culturels où les personnes concernées peuvent s’exprimer directement. Et notons que les luttes pour le Soudan, la Palestine, le Congo ou Kanaky sont liées par un même combat contre l’impérialisme et l’exploitation des ressources et des populations. L’art et la création sont présentés comme des outils pour rendre visibles ces réalités, transmettre les émotions, construire des imaginaires collectifs et questionner le public.

L’émission se conclut sur le film From Ground Zero, réalisé par des cinéastes gazaouis entre 2024 et 2025. Le film propose 22 courts-métrages illustrant le quotidien et les rêves des Gazaouis sous le siège, et le collectif encourage sa diffusion large pour sensibiliser le public au vécu de la population.
Enfin, nous sommes revenu sur la création de Au cœur de l’Empire, son format et ses objectifs : offrir un espace d’expression aux personnes concernées par les luttes, favoriser la solidarité entre différents combats (Palestine, Soudan, Congo, etc.) et interroger le rôle de l’art et des imaginaires dans la transmission des récits et des engagements politiques.

A bientôt, au cœur de l’empire …
</description>
      <author>Au coeur de l'Empire</author>
      <categories>Music</categories>
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      <pubDate>Mon Dec 08 2025 01:00:00 GMT+0100 (heure normale d’Europe centrale)</pubDate>
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      <itunes:summary> Segment 1 : Revenir sur l’histoire et la solidarité

Pour cette première émission, nous avons voulu donner la parole à Junior Kitambala., originaire de la RDC, qui a longuement exercé le métier de journaliste. Il est arrivé en Belgique en 2021 pour suivre un master en journalisme. Lors d'une interview improvisée dans un café associatif à Bordeaux, il a commencé par nous parler de son rapport à la Belgique, son pays d’adoption, et à son pays de naissance. Junior nous rappelle que les espaces de parole sont souvent réquisitionnés par les puissants, et que ce type d'espace (notre émission) a tout à fait sa place.
En revenant à la question, le portrait que dresse Junior évoque une forme d’asymétrie entre ces deux pays. D'un côté il a appris très tôt l’histoire de la Belgique, de l’autre, le Congo est à peine évoqué : à l'école, il nous est enseignée l’histoire de nos colons sans jamais réellement parler de leur histoire coloniale. Beaucoup, en Belgique ou en France, gardent en mémoire une forme de nostalgie de la colonisation dans le sens où les ex-colonisés n’ont pas droit à une véritable émancipation.

Qu’est-ce qui a animé son engagement de journaliste ?
Les récits de la colonisation sont souvent racontés par des personnes qui n’ont jamais vécu cette réalité, parfois par des pseudo-experts. Ces individus, après quelques voyages, s'érigent en connaisseurs de ces peuples, ce qui donne lieu à des récits vides de sens et d'authenticité. Sa motivation pour faire du journalisme a été de pouvoir restituer l’authenticité de ces récits. Outre les images que nous avons de guerres et de misères, Junior souhaite montrer autre chose : la créativité, la joie et la grandeur de ces peuples.

Comment pourrait-on se défaire de ce rapport asymétrique ?
Il faudrait reconnecter la lutte décoloniale avec ce que vivent les personnes, sans faire l’apologie du communautarisme. Il faut plus d’authenticité et créer des espaces où les personnes peuvent exprimer leur vécu en toute liberté et sans oppression. Dans cette « lutte », nous avons besoin d’alliés, et il est essentiel que les personnes concernées se placent au-devant de la scène.

Quels sont les espaces qui peuvent faire exister ces récits ?
Notre combat devrait être orienté vers la recherche de ces espaces, car les espaces actuels sont contrôlés et formatés selon une grille bien définie. Ainsi, c’est à nous de créer de nouveaux espaces adaptés à notre vécu. Nous sommes dans un moment charnière, où nous devons mutualiser nos efforts sans nous limiter. Il faut transcender les villes et les régions et parler à tout le monde. Il faut repenser les espaces libres, car aujourd’hui, nous avons trop facilement recours à la violence (violence policière) pour encadrer les activités militantes. Nous devons alors envisager d’autres espaces non contraignants dans les villes et les régions et réfléchir de façon globale.
Dans la lutte, il nous faut être positif ; elle doit être nourrie par l'optimisme et son résultat ne se récolte pas dans l'immédiat. Aujourd’hui, nous ne luttons pas pour nous-mêmes, sinon nous pousserions les gens à la résignation, nous devons lutter pour celleux qui viendront après nous.
« Nous semons des graines pour des fruits que mangeront nos enfants »

Faut-il rêver ?
L’histoire de l’humanité est une histoire des idées. Les idées sont une boussole, car elles précèdent le concret. Récemment, Junior a cherché une autoévaluation de la lutte décoloniale à l’époque de la négritude. Il essaie de rapprocher la lutte décoloniale moderne avec des penseurs comme Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. À l’époque, ces penseurs avaient formulé des idées claires qui ont conduit à l’indépendance en Afrique, grâce à une base théorique de l’imaginaire : ils ont mis en avant l’Homme Noir à travers la littérature. Aujourd’hui, malgré la démocratisation de l’information, les figures de proue se font rares.
Pour finir.
Ces derniers temps, nous assistons à une peur de l’engagement dans le but de conserver une forme de neutralité, mais nous vivons un moment où la neutralité n’existe pas. Cela signifierait que d'autres prennent des décisions à notre place, sachant que certains prennent des décisions à l’encontre des minorités en tout genre. Nous vivons un moment important de notre histoire, il est donc essentiel que nous prenions toustes le devant et espérions un changement, peut-être pas pour nous, mais pour les générations futures. Plus nous seront nombreux-ses et plus le changement sera concret.

 Interlude musicale

Dollars par I m roze, un.e artiste non binaire nord-américain.e, originaire de Louisiane, qui a fait ses armes dans le gospel. Rescapé-e de l'ouragan Laura en 2020, iel chantait alors à la rue. Aujourd'hui, sa chanson Dollar a été samplée des millions de fois sur les réseaux sociaux (Instagram et TikTok) avec sa plume vulnérable, sa voix claire... à donner des frissons. Dollar en soit est un texte qui interroge, exprime la tristesse, le deuil et la reponsabilité de nos choix qui ne semblent pas si politique: ce qu'implique en temps et vie notre mode de consommation capitaliste surtout en temps de Génocides (PLURIEL) retranscrits sur les plateformes de communication les plus utilisées.
Iel remet au coeur de la politique le fait que nous soyons toustes concerné-es dès lors que certain-es d'entre nous le sont et souffrent, d'autant plus pour notre confort.

&quot;Vous vous en foutez, Vous vous en foutrez. Vous devriez vous sentir concerné-es car nous le sommes. Dites-moi pourquoi la vie d'une autre personne vaut MON dollar&quot; -- I am Roze, Dollar

 Segment 2 : la poésie comme témoignage et résistance

Dans un enregistrement depuis Gaza, Ziad Médouk, poète, écrivain et professeur de français, partage son expérience des deux années d’offensive contre Gaza. Il explique que la poésie, l’art et la musique ont été utilisés comme moyens de documentation, de résilience et de résistance face à l’agression. Ces formes d’expression ont permis de raconter la réalité de la population civile — femmes, enfants, personnes âgées — à un public francophone et de relayer les initiatives de solidarité internationales. « […] la poésie m’a éloigné de la haine et de penser à l’avenir ».
Ziad Médouk a publié quatre ouvrages pendant cette période, mêlant poésie et chroniques de terrain, malgré des conditions de vie extrêmement difficiles : bombardements, déplacements forcés, pénuries de nourriture et d’eau, et destruction massive. Ses textes témoignent de l’horreur vécue par la population tout en transmettant l’espoir et la résilience des Gazaouis.

Éducation pour Gaza : un lien entre Gaza et la France
L’émission a également présenté le collectif Éducation pour Gaza, basé en Gironde. Ce collectif regroupe des professionnel·les de l’éducation et agit pour soutenir les Palestiniens de Gaza via des événements de sensibilisation, des projections de films, des initiatives de solidarité matérielle et financière, ainsi que des projets éducatifs pour permettre à des étudiant·es palestinien·nes de suivre des études en France. L’émission aborde aussi les difficultés rencontrées par certains militant·es pro-palestiniens en France, victimes de répression policière et judiciaire.

 La discussion collective : créer, relier et transmettre

La dernière partie de l’émission s’est centrée sur le rôle de l’art et des imaginaires dans la lutte. Nous avons insisté sur l’importance de créer des espaces médiatiques et culturels où les personnes concernées peuvent s’exprimer directement. Et notons que les luttes pour le Soudan, la Palestine, le Congo ou Kanaky sont liées par un même combat contre l’impérialisme et l’exploitation des ressources et des populations. L’art et la création sont présentés comme des outils pour rendre visibles ces réalités, transmettre les émotions, construire des imaginaires collectifs et questionner le public.

L’émission se conclut sur le film From Ground Zero, réalisé par des cinéastes gazaouis entre 2024 et 2025. Le film propose 22 courts-métrages illustrant le quotidien et les rêves des Gazaouis sous le siège, et le collectif encourage sa diffusion large pour sensibiliser le public au vécu de la population.
Enfin, nous sommes revenu sur la création de Au cœur de l’Empire, son format et ses objectifs : offrir un espace d’expression aux personnes concernées par les luttes, favoriser la solidarité entre différents combats (Palestine, Soudan, Congo, etc.) et interroger le rôle de l’art et des imaginaires dans la transmission des récits et des engagements politiques.

A bientôt, au cœur de l’empire …
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