Décoloniser les regards… PARTIE 2

C’était le thème des 22emes Rencontres cinématographiques, « La classe ouvrière, c’est pas du cinéma" qui viennent de s’achever, avec de très bons films, des invités passionnants et une fréquentation record. Nous avons invités Bertrand Gilardeau, un des membres de l’équipe de ces Rencontres, pour revenir sur les moments forts… En deux épisodes tellement il y a de choses à dire. Partie 2.

Durée : 1h

Vendredi 6 février « Kanaky : un pouvoir colonial institutionnalisé »… Journée préparée par Bertrand Gilardeau et Jean Paul Chaumeil.

Concernant la kanaky-Nouvelle Calédonie, il apparaît pour les spécialistes que la responsabilité de la situation actuelle et des graves conflits récents incombe très fortement au chef de l’état, Emmanuel Macron qui sous la pression des franges les plus réactionnaires des caldoches a remis en cause ce qu’on appelle le périmètre du corps électoral d’un référendum censé décider de l’avenir de ce territoire, ce qui a anéantit les avancées issus des accords de Matignon, impulsés en son temps par le premier ministre Michel Rocard et qui devait cheminer pacifiquement vers une forme de souveraineté de la kanaky-Nouvelle Calédonie. Ce fut une journée particulièrement riche avec deux invité-e-s passionnant-e-s, Benoit Trépied, anthropologue, spécialiste de la Kanaky-Nouvelle Calédonie et Dorothée Tromparent, réalisatrice de documentaires, dont 3 ont été montrés (« Au nom du père, du fils et des esprits » , « Notre guerre » et « Squat coca ») qui vit là-bas et qui connait parfaitement les problématiques entre kanaks et caldoches…

Samedi 7 février : « Décoloniser les musées ? »… Journée proposée par Sylvaine Marsault.

Cette dernière journée des Rencontres cinématographiques, proposait un thème particulièrement édifiant pour parler de colonialité, c'est-à-dire de tout ce qui reste dans notre environnement, notre espace public, nos mentalités, nos imaginaires ici en Europe, issus de la colonisation… Ici ce sont des objets souvent sacrés, volés, pillés, dans les territoires colonisés, dénaturés, ou changeant de nature, devenant des objets d’art en Europe et entreposés dans nos musées… La réparation, ou un début de réparation, passe par des restitutions…
Le matin à l’auditorium de la bibliothèque municipale de Bordeaux Mériadeck, le débat était animé par des invitées très impliquées dans ces questions sensibles : Gaëlle Beaujan responsable de collections Afrique au Musée du Quai Branly Jacques Chirac à Paris, Elise Patole-Edoumba conservatrice du Musée d’Histoire Naturelle de La Rochelle et Sophie Chave-Dartoen Directrice du musée d’ethnographie de l’Université de Bordeaux…

« Je veux que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » Emmanuel Macron, Ouagadougou, novembre 2017, devant un jeune public Burkinabé enthousiaste…

Macron commande en suivant, en mars 2018, à Felwine Sarr, écrivain et économiste sénégalais, et Bénédicte Savoy, historienne de l’art française, un rapport. Ce rapport, intitulé « Restituer le patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle », lui est remis le 23 novembre 2018. Une restitution spectaculaire et très médiatisée, celle de 26 pièces du trésor d’Abomey, en 2021, exposées au Musée Branly Jacques Chirac à Paris et restituées au Bénin et puis plus rien ou pas grand chose… Des freins demeurent, où l’on peut encore déceler de la colonialité… Londres ne semble pas faire mieux, Bruxelles et Berlin sont plus en pointe désormais… L’après midi, à 14H, a été projeté à l’Utopia, le documentaire de Nora Philippe « Restituer ? L’Afrique en quête des ses chefs d’œuvre », un film décapant où s’expriment les acteurs de ses restitutions, du côté européen et du côté africain…

Musique Makukuti Kanaky Djo Bnca