La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Salah Hamouri : "Israël n'est pas une démocratie"

  • Luttes
  • D'ici et d'ailleurs

De passage à Bordeaux, l'avocat franco-palestinien a été interviewé par l'émission "Le Guide du Bordeaux colonial". Il décrit comment Israël enferme ses opposants politiques palestiniens pour les briser et briser leurs familles. Mais la lutte continue, en particulier avec la campagne BDS qui "montre le vrai visage d'Israël".

Salah Hamouri connaît bien les prisons et le système judiciaire israéliens. Dès ses 16 ans, lors de la 2e Intifada, il est arrêté "comme beaucoup de jeunes de mon âge" raconte-t-il. Accusé d'être membre d'un syndicat d'étudiant, il passe alors 5 mois en prison. Puis il est à nouveau arrêté en 2005. Après 3 ans en détention sans jugement, il est condamné à 7 ans de prison, et finalement libéré au bout de 3 dans le cadre de l'échange avec le soldat franco-israélien Gilad Shalit.

"Ensuite j'ai repris ma vie, commencé des études en droit". En 2014, il se marie avec une française. Un an après, il est interdit d'entrée dans les territoires palestiniens de Cisjordanie. En janvier 2016, c'est sa femme qui est inquiétée au retour d'un séjour en France : alors enceinte de 7 mois, elle est arrêtée puis renvoyée vers la France.

En août 2017 encore, Salah Hamouri est arrêté chez lui, à Jérusalem. "J'avais passé l'examen écrit et oral pour devenir avocat, il me restait deux jours pour prêter serment". Il passe 13 mois en détention. Aujourd'hui, il travaille en tant qu'avocat pour l'association Adamer ??? : "On essaie, même si on ne croit pas au système judiciaire de l'occupation, d'aider les prisonniers pour qu'ils ne se sentent pas isolés. C'est un symbole de lutte politique."

Le système carcéral israélien comme outil d'occupation et de torture

"Les Palestiniens ne sont pas tous jugés de la même manière : il y a un système judiciaire spécial pour la Cisjordanie, un pour Gaza, et un autre pour Jérusalem. Mais tous font partie du système de colonisation et d'occupation israélienne. On voit bien la différence entre le jugement d'un Israélien et d'un Palestinien" selon Salah Hamouri.

Sur les territoires occupés de 1967 (Cisjordanie), ce sont des "tribunaux militaires illégaux" qui officient. Pour que leur peine soit minorée, les détenus palestiniens se voient conseiller de plaider coupable. "C'est un système d'arrangement entre avocat et procureur militaire, le plus rapide pour fermer un dossier. Pour la majorité des prisonniers, ça vaut le coup de plaider coupable pour passer moins d'années en prison, même si on n'a pas commis ce qui nous est reproché." Dans son cas, Salah Hamouri a été condamné à 7 ans de prison en plaidant coupable, là où il en risquait 14 (quand bien même le dossier d'accusation était vide).

Il y a ensuite la détention administrative, une mesure qui date du mandat britannique en 1948, avant l'occupation israélienne. Elle "donne le droit au chef de l'armée israélienne d'arrêter un Palestinien jusqu'à 6 mois (renouvelable indéfiniment), pour des motifs secrets. Le prisonnier et son avocat n'ont pas le droit de savoir ce qu'il y a dans le dossier. Il suffit donc d'un petit bout de papier avec 2 ou 3 lignes qui disent que tel.le prisonnier.ère est un danger pour la sécurité d'Israël, et o le met en prison. Il y a 550 prisonniers en détention administrative aujourd'hui, certains y sont restés 8 ans de suite, et jusqu'à 15 ans au total depuis le début de l'occupation en 1967."

L'occupation israélienne c'est : 5500 prisonniers politiques palestiniens dont 230 enfants (entre 12 et 18 ans) et 70 femmes, 550 détentions administratives, 600 condamnés à vie, 1000 prisonniers malades, 80 emprisonnés depuis plus de 25 ans et une dizaine de plus plus de 30 ans, 221 morts en prison depuis 1967.

Alors Israël, première démocratie du Proche-Orient ? "Le pire, rappelle Salah Hamouri, c'est qu'Israël garde les corps des prisonniers morts dans des frigos jusqu'à la fin de leur peine. Depuis 2015, 4 prisonniers morts sont dans les cimetières XXXXX." Leur prétexte : garder les corps en cas d'échange de prisonniers avec les partis palestiniens. "Même la mort des prisonniers est utilisée pour torturer les familles."

"L'occupation israélienne, bien qu'elle a signé la convention sur les droits des enfants, refuse d'établir un tribunal spécial pour les enfants. Ils sont jugés dans les mêmes tribunaux militaires que les adultes, leurs conditions de détention sont les mêmes, il leur est interdit de poursuivre leurs études et ils passent des années sans voire leurs parents. Des enfants de 14 ou 15 ans sont parfois jugés à 20 ans de prison, ce qui veut dire qu'ils auront passé plus de temps de leur vie en prison qu'en liberté."

30% de la population palestinienne emprisonnée depuis 1967

Toutes les prisons, sauf une, sont situés du côté israélien. Pour visiter un proche détenu, il faut "faire la demande auprès de la Croix-Rouge, passer par un checkpoint, se faire escorter par l'armée" raconte Salah Hamouri. Arrivé sur place, la "visite" a lieu devant une vitre, avec un téléphone pour communiquer, le tout étroitement surveillé. "La visite elle-même est utilisée par le système occupant pour torturer la famille et le prisonnier."

Mais bien souvent les visites n'ont mêmes pas lieu. Car les anciens détenus n'ont pas le droit d'aller visiter un prisonnier ("Quand on sait que 30% de la société palestinienne est passée par les prisons israéliennes depuis 1967, cela fait au moins une personne par famille"), et les visites peuvent être interdite sous prétexte de sécurité.

Cette réalité, on en entend bien peu parler en France. Sauf dans les pages de L'Huma, et brièvement lors de l'arrestation de la jeune Ahmed Tamimi. Cela n'est "pas un hasard" pour Salah Hamouri : "En tant que Français détenu illégalement en Israël, la France devait dès le premier jour défendre mes droits. Ça n'a pas été fait. Car malheureusement la France traite Israël comme un état au-dessus des lois internationales : il ne faut pas la critiquer, elle défend ses droits et sa sécurité" explique-t-il.

"Le système colonial va de plus en plus à l'extrême droite"

En juillet dernier, un Israélien d'origine éthiopienne était tué par un policier, déclenchant des manifestations. En 2013 déjà, une députée juive noire s'était vue refuser son don de sang. "Le seul but de ce système colonial, surtout depuis l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu en 2008, c'est de coloniser de plus en plus. Mais la mentalité de la colonisation ne vise pas que le peuple palestinien occupé, elle a aussi des conséquences internes."

"La "loi nation" votée il y a deux ans dit qu'Israël est l'état du peuple juif. Or deux millions de Palestiniens vivent en Israël, mais aussi les Druzes, qui sont fidèles à Israël et font même l'armée pour elle. Eux ne sont pas considérés comme des Israéliens. Quand l'Europe dit qu'Israël est la première démocratie du Proche-Orient, allez voir les quartiers ultra-orthodoxes israéliens : les bus y sont séparés entre les hommes à l'avant et les femmes à l'arrière. Le système colonial va de plus en pus à l'extrême droite. Mais comme toute occupation, elle va s'enfermer de plus en plus sur elle-même et mettre fin à sa présence dans la région."

Comment lutter sur place ? Et ici en France ?

"Le peuple palestinien continue à refuser l'occupation par tous les moyens qu'il peut. Je précise : par tous les moyens. C'est le droit du peuple palestinien de choisir le bon moyen de lutter. Au niveau international, ici à Bordeaux, le soutien est très important, il fait partie de la lutte. Il faut continuer à isoler l'état d'Israël, surtout avec la campagne BDS (Boycott - Désinvestissement - Sanctions), pour qu'il paie le prix de son occupation, et à ce moment là peut-être qu'il réfléchira à mettre fin aux souffrances du peuple palestinien."

Alors que des députés Français veulent assimiler antisémitisme et antisionisme afin de pénaliser ce dernier, Israël utilise depuis longtemps ce même argument pour contrer celles et ceux qui critiquent son occupation du peuple palestinien.

"On n'est pas devant un conflit religieux, c'est le point principal" réagit Salah Hamouri. "On est devant une force coloniale occupante, qui n'a rien à voir avec la religion. Il y avait des Juifs en Palestine avant l'occupation israélienne. C'est le mouvement sioniste qui veut faire croire qu'il y a un conflit religieux."

Pendant ce temps, il se pourrait bien que la campagne BDS porte ses fruits. Au sein du gouvernement Netanyahu, un "ministre des affaires stratégiques" a pour seule mission de lutter contre BDS, selon Salah Hamouri. Preuve, selon lui, que "BDS touche et fait mal à l'occupation. Car un des principes de l'état israélien, c'est que son image doit rester celle de la seule démocratie du Proche-Orient. BDS montre le vrai visage d'Israël, et c'est une réussite."

Les podcasts

Commande du podcast

1h30m

Bordeaux Blues

Diffusé le 15/07/2020

Commande du podcast

54m

Le Guide Du Bordeaux Colonial

[Redifs d'été] Thème : Congo - rue Emile Gentil - Quai Brazza - Voyage au Congo et Africa 50

Diffusé le 15/07/2020

Commande du podcast

10m

A travers les murs

Melila

Diffusé le 15/07/2020

Commande du podcast

33m

Allez, encore une histoire !

Diffusé le 15/07/2020

TOUS NOS PODCASTS
Lecture / Pause de la radio ou d'un podcast
ECOUTER LA RADIO
/
Retour au direct