Contre les Centres de Rétention Administrative de Bordeaux et Mérignac

Un nouveau centre de rétention administrative (CRA) – le CRA de « Bordeaux-Mérignac » – prévu pour y enfermer jusqu’à 140 personnes ouvrira ses portes à Mérignac le 1er octobre 2026. Celui de Bordeaux, doté de 20 places, fermera le même jour. La Cimade, refusant d’intervenir dans ces nouveaux CRA, va donc définitivement cesser son intervention au titre de l’aide à l’accès aux droits des personnes en rétention sur ce territoire. Emission spéciale de la Cimade sur la Clé des Ondes.

Durée : 1h07

(Communiqué de la Cimade)

Depuis l’ouverture du CRA à Bordeaux en 2003, notre association y exerce, dans le cadre d’un marché public, la mission d’aide à l’exercice effectif des droits des personnes enfermées ; elle y effectue en outre des visites aux personnes enfermées et y recueille des témoignages. Elle intervient également dans six autres CRA en hexagone et en outre-mer. Forte du constat de la multiplication des atteintes aux droits et à la dignité humaine, corrélées à une politique d’enfermement toujours plus répressive, La Cimade n’entend pas répondre aux appels d’offre du Ministère de l’Intérieur pour intervenir dans les nouveaux CRA, dont la conception et la gestion carcérale entravent encore davantage les droits et libertés des personnes enfermées, et ne lui permettent plus de remplir ses missions dans de bonnes conditions.

Des pratiques abusives et illégales des préfectures et du ministère de l’Intérieur

Encouragées par la politique de criminalisation et d’expulsion assumée par l’Etat, les préfectures multiplient les pratiques abusives et illégales d’enfermement et d’expulsion des personnes étrangères et ce en dépit de nos alertes régulières. La notion de « menace pour l’ordre public », utilisée à outrance par l’administration, justifie désormais l’enfermement de toute personne étrangère sans considération de sa situation personnelle.

Nouveaux CRA, nouvelles atteintes aux droits et à la dignité des personnes

De plus en plus, et spécifiquement au sein des nouveaux modèles de CRA, les personnes enfermées rencontrent des obstacles récurrents dans l’exercice de leurs droits : restrictions de circulation au sein du centre, absence d’accès libre aux bureaux de l’association d’aide à l’accès aux droits, difficultés à accéder aux documents personnels, conditions d’accès aux soins défaillantes, etc.

« Nous faisons malheureusement ce constat dans plusieurs CRA désormais : les personnes sont enfermées dans des secteurs, avec des sorties journalières de ces secteurs très limitées. Au nom de la sécurité, l’administration favorise l’enfermement au sein même de ces lieux d’enfermement, des grillages supplémentaires au détriment des droits des personnes enfermées », déplore Justine Girard, responsable nationale rétention de La Cimade.

Une justice au rabais

Au CRA de Bordeaux-Mérignac, à l’instar de ce qui existe ailleurs et a tendance à se généraliser, une annexe de justice est accolée aux grillages du CRA. Lors des visio-audiences, la personne enfermée, surveillée par la police, sera seule face à un écran, de l’autre côté duquel se trouveront les magistrats, agent du greffe, interprète, avocat.e et représentant.e de la préfecture. Ce dispositif menace la publicité des débats, généralise de fait le recours aux visio-audiences, et met à mal le droit à un procès équitable.

La Cimade dénonce l’ouverture du CRA de Bordeaux-Mérignac et demande la fermeture de tous les lieux d’enfermement des personnes étrangères afin de construire des politiques migratoires basées sur l’égalité des droits, l’accueil et la solidarité.