20 décembre 1848 : Abolition de l’esclavage à la Réunion, des affranchis aux droits limités.

Le 13 octobre 1848, Sardama Garriga, Commissaire Général de la République débarque sur l’île de la Réunion, qui cesse de s’appeler île Bourbon, pour déclarer et faire appliquer l’abolition de l’esclavage, abolition votée par la IIeme république le 27 avril 1848 et promulguée le 18 octobre 1848. Mais sur place le Commissaire Général ne tient pas bon face au puissant lobbying des colons, propriétaires, planteurs et esclavagistes. Quelques jours avant l’application de l’abolition le 20 décembre 1848, les droits économiques et politiques des affranchis sont revus à la baisse…

Durée : 1h05

La mise en place de l’esclavage à l’île Bourbon. Colonie française depuis 1642, c’est d’abord une île de ravitaillement au XVIIeme siècle, sur la route maritime qui joint l’Europe à l’Asie du Sud. Sans doute peu peuplée, les colons qui s’installent sur l’île Bourbon, produisent d’abord de quoi ravitailler les bateaux de la Compagnie des Indes Orientales qui font escale mais au XVIII siècle l’économie change de nature avec le lancement de la culture du café et des plantations de canne à sucre et l’importation d’une main d’œuvre esclavisée venue de la côte orientale africaine et de Madagascar essentiellement.

Abolitions. On rappelle qu’il s’agit d’une deuxième abolition, la première ayant été proclamée le 16 Pluviose An II, le 4 février 1794, par la Convention. L’esclavage est rétabli dans les colonies par Bonaparte le 20 mai 1802 (loi du 30 floréal an X du Directoire). Cette nouvelle abolition concerne la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion, Mayotte, les quatre comptoirs du Sénégal et l’Algérie. A la Réunion, 60 900 personnes retrouvent leur liberté et leurs droits civils (identité, dignité, intégrité physique et morale).

Ambiance de peur pour les possédants. Lors de la première abolition en 1794, les colons planteurs ont carrément refusé d’appliquer l’abolition. Leur grande peur depuis la révolte des esclaves de Saint Domingue et la proclamation de la République noire indépendante d’Haïti en 1804, c’est la révolte générale des esclaves et avec l’abolition de 1848, c’est la crainte que leur main d’œuvre esclave, ayant recouvré la liberté, la dignité et ses droits, déserte les plantations.

« Il est dangereux pour la tranquillité du pays que des hommes sans instruction, sans morale, esclaves aujourd’hui, demain libres, soient investis de droits politiques qu’ils ne comprennent pas »

Droits économiques spoliés. Le puissant lobby des planteurs joue à plein : la République prévoit de les dédommager de l’expropriation que constitue la perte de leurs esclaves et du travail gratuit associé. Ils imposent immédiatement un nouveau contrat : celui de l’engagisme. Leurs anciens esclaves sont quasiment forcés de rester sur la plantation moyennant la possibilité de rester dans la case et de continuer d’exploiter le jardin nourricier avec un salaire très bas.

Droits politiques confisqués. Les Planteurs font également pression sur Garriga pour que soient organisées des élections avant même l’application de l’abolition le 20 décembre 1848 pour que les affranchis ne puissent pas faire valoir de façon sereine leur droit de vote.

Bruno Maillard est professeur d’histoire et enseigne l’Histoire de la mondialisation à l’Université de Paris est Créteil ainsi qu’à Paris Diderot. Il est en outre chercheur associé au Centre de Recherches sur les Sociétés de l’Océan Indien de l'Université - CRSOI de La Réunion et membre du comité scientifique du Grand Séminaire d'Histoire des Outre-Mer - GSHOM. Ses recherches s'orientent sur les modes d'encadrement coercitif et les traitements judiciaires, domestiques et publics, des esclaves comme des engagés ainsi que sur les mutations des structures de "plantation".

Il a sorti chez Plon en février 2024 « La vie des esclaves en prison. La Réunion. 1767-1848 »

Ziskakan « Jusqu’à quand » en créole réunionnais. C’est avant tout un groupe référence de musique réunionnaise, fondé en 1979, par Gilbert Pounia, qui en est toujours le leader. Mais c’est plus que cela, c’est un véritable mouvement, un bouillonnement, un collectif d’artistes, d’intellectuels et de militants engagés contre l’étouffement et la menace de disparition de la culture créole réunionnaise. C’est l’histoire d’une lutte non violente pour défendre cette identité et qui a su faire feu de tous bois notamment dans les années 1980 : une association, une boutique, une radio libre, un magazine, une maison d’édition, des recherches universitaires, du théâtre, des arts plastiques, de la littérature, des contes… des musiques et des danses bien sûr, le tout en créole réunionnais.

« Il fallait casser la honte de parler créole et la transformer en fierté »

Le créole c’est la langue de l’intime, c’est aussi on le sait l’élément essentiel de vie et de transmission d’une culture. Il fallait également faire sortir le Maloya, la musique et la danse clandestine revendicatrice des esclaves du temps de l’esclavage, de l’oubli dans lequel il était tombé suite aux attaques et au mépris venant de l’élite des colons et des blancs jusqu’à une date récente. Ziskakan, avec d’autres, comme Danyèl Waro, ont fait renaître le Maloya, en le mêlant aux influences folks, blues et rocks.

Musiques

  • Desanm Ziskakan 1983
  • Madagascar Ziskakan 2009
  • Bato fou Ziskakan 1983

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