Décoloniser les regards... PARTIE 1

C’était le thème des 22èmes Rencontres cinématographiques, « La classe ouvrière, c’est pas du cinéma" qui viennent de s’achever, avec de très bons films, des invités passionnants et une fréquentation record. Nous avons invités Bertrand Gilardeau, un des membres de l’équipe de ces Rencontres, pour revenir sur les moments forts… En deux épisodes, tellement il y a de choses à dire. PARTIE 1.

Durée : 1h05

4 jours intenses

Ces 22èmes Rencontres se sont déroulées du mercredi 4 février au samedi 7 février 2026, à la bibliothèque municipale de Mériadeck le matin et au cinéma Utopia l’aprés midi et le soir, avec un thème, un titre « Décoloniser les regards » complètement raccord avec le contenu de cette émission hebdomadaire et décoloniale, que nous avons le plaisir d’animer depuis 6 ans maintenant à La clé des ondes. 4 jours d’une grande variété, de films (documentaires ou de fiction), de découvertes, de débats, d’invités bien choisis et très généreux et pour nous (Jeff et Gérard) une moisson de captations et d’interviews.

Mercredi 4 février : « Décoloniser les images algériennes ». Une journée préparée par Pierre Robin.

L’Algérie à la longue histoire qui sépare et rapproche le colonisé et le colonisateur à travers les images notamment des films de René Vautier, le réalisateur de l’indépassable « Avoir 20 ans dans les Aurès » et les lumières de l'historien Alain Ruscio qui n’a pas ménagé sa peine tout au long de la journée pour nous éclairer sur l’histoire de la conquête. Car en effet si on connait relativement bien la guerre d’Algérie de 1954 à 1962, les fameux événements, on sait moins que la colonisation de l’Algérie date de 1830, qu’elle a mobilisé près de 40 000 soldats, et une armada de bateaux, qu’Alger la blanche fut prise en 3 semaines et qu’au bout de la sinistre opération militaire, on a compté 100 000 morts algériens soit 12 % de la population. Les circonstances et les conséquences de cette conquête ont été réintroduites dans le débat public et médiatique après les déclarations de Jean Michel Apathie établissant un parallèle entre le massacre d’Oradour sur glane par l’armée nazie en déroute en 1944 et les violences de la colonisation française en Algérie, les enfumades en particulier… La journée fut aussi particulièrement riche en images, à commencer par un film documentaire de Franssou Prenant qui de façon plutôt originale fait dialoguer des propos tenus par les tenants de la colonisation et des images d’une Algérie contemporaine et puis surtout deux films du grand René Vautier, dont "Déjà le sang de mai ensemençait novembre » et « Avoir 20 ans dans les Aurès » ou comment résister à l’embrigadement idéologique et guerrier pour un groupe de jeunes engagés plutôt pacifistes…

Jeudi 5 février : « Décoloniser le travail ». Une journée préparée et animée par Jean Pierre Andrien et Patrick Sagory.

Le jeudi est traditionnellement une journée dédiée au travail et aux questions sociales durant les Rencontres. Le matin, dans l’auditorium de la Bibliothèque municipale de Bordeaux Mériadeck, pleine à craquer, il y avait du beau monde à la tribune et même des invités très connu-es… Rachel Kéké venue soutenir le film de Thibault Férié « La révolte des Femmes de chambre », un documentaire sur la lutte, la grève, de 22 mois que Rachel Kéké a menée avec ses camarades femmes de chambre à l’hôtel Ibis Batignolles en 2019, un film qu’on a pu voir dans la très grande salle de l’Utopia, en début d’après midi, elle aussi pleine à craquer… Mattéo Sévéri et Madeleine Guediguian venu-es présenter leur film « On n’est pas nos parents » projeté le soir à 20H, qui revient sur les grandes grèves dans les années 1980 à l’usine Citroen d’Aulnay où la colonialité était partout…

Rwanda : Bordeaux se souvient. Il a fallu attendre 32 ans pour que la ville de Bordeaux rende enfin un hommage à la mémoire des Tutsis victimes du génocide rwandais, près d’un million de morts sous les coups de machettes des Hutus en ces quelques semaines d’avril 1994. Vendredi 6 février, quelques dizaines de personnes se sont retrouvées sur la rive droite de la Garonne près du pont de Pierre autour des représentants de la mairie et des responsables d’associations de défense des Tutsis (Cauri, Ibuka) pour le dévoilement d’une stèle appelant au devoir de souvenir et la plantation d’un orme. Un évènement d’une grande émotion en particulier lors de l’intervention de l‘auteure rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse, elle-même survivante rescapée du massacre, récit qu’elle a confié dans son tout dernier ouvrage « Le Convoi » qui raconte les circonstances dans lesquelles avec sa mère, elle a pu fuir le petit pays alors que toute sa famille a été massacrée. Nicolas Robert vice président de l’association bordelaise Cauri qui réclame depuis longtemps cette reconnaissance locale du massacre des Tutsis a rappelé combien il fut difficile de l’obtenir auprès d’une municipalité alors tenue par Alain Juppé…

Musique Avoir 20 ans dans les Aurès
Yves Branellec

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