Haïti : "C'était ça ou mourir"

J’avais choisi ce titre bien avant la polémique concernant l’utilisation possible de l’IA par l’auteur. J’ai aimé ce livre comme 80 000 lecteurs aujourd’hui...

Durée : 1h

Il traite d’un sujet qui touche notre émission, l’exil, les migrations.

On suit le périple d’un migrant qui fuit Haïti en empruntant les routes traditionnelles semées d’embûches, d’Amérique du Sud et surtout Centrale à destination du Canada. Nous Européens, connaissons mal cette route. Les routes africaines ou asiatiques nous sont plus familières, au départ de l’Afrique subsaharienne, des pays du Maghreb, ou la route des Balkans, mais les dangers sont les mêmes : le passage par la Lybie où les migrants deviennent esclaves, les familles rackettées, la traversée du désert au cours de laquelle ils peuvent être abandonnés, de la Méditerranée bien sûr mais aussi de l’Atlantique vers les Canaries ou de la Manche pour l’Angleterre. Les centaines de migrants qui disparaissent lors de ces routes nous prouvent que quelles qu’elles soient, elles sont dangereuses. Ce roman nous le montre : il est rare qu’on ait un texte aussi précis, personnel et plein d’émotions sur le sujet. Cette lecture est addictive. En effet l’auteur s’est lui-même exilé d’Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010 vers le Canada, mais il y a rejoint une partie de sa famille en avion. Il dit avoir recueilli pour ce roman, la parole de plusieurs migrants pour construire son récit : l’ancrage factuel est précis, les situations décrites sont tellement véridiques qu’on suit le personnage principal Jonas avec angoissetout au long de son Odyssée. Un conseil : utilisez un Atlas pour suivre le héros. En effet certains pays se traversent plus facilement que d’autres et on peut se rendre compte des milliers de kms parcourus.

Thélyson Orélien a 38 ans

Il parlait dans sa famille le créole puis le français, langue de l’école. Sa mère était institutrice et lui faisait l’école, son père théologien lui faisait lire la Bible. Il est né aux Gonaïves comme plusieurs écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis « Compère général Soleil »). Il a fait des études de droit en Haïti. 12 janvier 2010 : tremblement de terre. Il part, laisse sa famille, ses amis et va rejoindre sa grand-mère maternelle et un grand oncle au Canada, mais en avion ! Il y poursuit des études d’économie et de Science politique à l’Université de Montréal. Il s’est fait connaître avec ce roman publié aux Editions du Boréal puis chez Grasset. Il se dit poète (il lisait du René Depestre pendant le tremblement de terre), journaliste d’où ses interviews de migrants pour composer ce livre. Ce livre a été traduit en 35 langues, même en coréen !il est au premier rang des ventes et avait été sélectionné pour le Goncourt . Le poète romancier James Noêl qui correspond avec Orélien depuis 20 ans dit qu’il est timide, très doux et suppose qu’il a dû se faire violence pour venir présenter son livre aux radios et télévisions. C’est en faisant du bénévolat auprès de migrants haitiens qu’il s’est rendu compte qu’il devenait nécessaire de raconter leur histoire. Ajoutons que son poète préféré, Rene Depestre est né en Haïti. 6 Podcasts à écouter sur France Culture autour de ce poète, militant, qui a vécu à Cuba, qui est proche de Senghor, d’Aimé Césaire et des mouvements de la Décolonisation. Il vit dans les Corbières et a 102 ans !

Musique

  • Ayiti, peyi soley Emeline Michel