Jetée en prison durant les années de plomb, le témoignage de la militante Fatna El Bouih
Durée : 1h09
Années de plomb.
L’expression, bien connue hélas, correspond pour le Maroc au règne d’Hassan II (1961- 1999). La police et l’appareil sécuritaire d’Etat font la chasse aux opposants ou à tous ceux qui pourraient le devenir et usent de toutes les violences : meurtres, disparitions, emprisonnements, tortures… La répression atteint des sommets dans les années 1970, après les deux coups d’Etat militaires manqués de 1971 et 1972. C’est dans ce contexte que Fatna El Bouilh est étudiante à Casablanca.
Jeunesse militante et arrestation…
En 1971, Fatna El Bouih rejoint l’UNEM (Union Nationale des Etudiants du Maroc). Hassan II l’interdit et elle entre en clandestinité. Elle adhère au mouvement du « 23 mars » (nom donné en souvenir de l’insurrection étudiante réprimée sauvagement, le 23 mars 1965). Elle est arrêtée, enlevée plus exactement, en 1977, à Rabat.
Les terribles années prison :
Cela commence par 7 mois, à la prison secrète de Derb Moulay Chérif à Casablanca, de sinistre mémoire, où on a torturé des milliers de personnes du temps de la colonisation jusqu’aux années 1980. 7 mois, disparue, « effacée », yeux bandés, maltraitée… Un procès arrive enfin en 1980, son statut change, elle est une prisonnière politique. Elle est libérée en 1982.
« Renaissance » militante en 1992
Après dix ans de reconstruction, à fonder une famille, à enseigner en lycée à Casablanca entre autres, elle affirme son combat féministe en rejoignant la lutte pour réformer le code de la famille, la moudawana, en visitant les femmes, les mères célibataires en prison, avec leurs enfants parfois et en menant un travail infatigable au sein de l’Observatoire marocain des prisons et du Relais prison-société qu’elle créé en 2004 et dont elle est toujours la Présidente. Elle acquiert une dimension internationale désormais avec son action à l’ONG féministe « Quartier du monde » et à INOVAS (Réseau international des victimes et des survivants de violations graves des droits humains).
L’écriture comme réparation et émancipation.
En 1996, elle nait à l’écriture d’abord avec Fatima Mernissi (sociologue et intellectuelle féministe marocaine) et l’écriture d’un livre sur son histoire. En 2001, sort aux Editions Le Fennec à Casablanca « Hadit al’Atama » (« Discours des Ténèbres »), traduit en français sous le titre « Une femme nommée Rachid » ? Plusieurs rééditions suivront jusqu’à la dernière mouture sortie en mars dernier « Toutes peines confondues ». Cela reste à ce jour le seul exemple de témoignage/mémoire sur les prisons d’Hassan II, écrit par une femme.
« Fatna Une femme nommée Rachid »…
C’est le titre du documentaire d’Hélène Harder qui lui est consacré et qui sort au festival international du film de Marrakech à la fin du mois, le 3 décembre exactement.
Béchir GHACHEM…
Docteur en littérature française, francophone et comparée, Beéchir Ghacem est aussi avec nous dans le studio pour accompagner Fatna El Bouilh devenue son amie.
Après un master en civilisation et littérature françaises à l'université de Sousse en Tunisie, il fait en 2018 un master en études de genre à Lyon II, intitulé «Genre, mémoire, témoignage. De la violence carcérale de genre dans les années de plomb au Maroc à travers l’écriture testimoniale de Fatna El Bouih »
Bordelais désormais, il a soutenu en mai dernier, à Bordeaux Montaigne, une thèse de Doctorat en littérature française, francophone et comparée, intitulée « Le témoignage carcéral au Maghreb post-indépendant. Une écriture de la dignité ».
Dans votre Agenda
Rencontre littéraire « Femmes en milieu carcéral » d’après l’ouvrage de Fatna El Bouih: « Toutes peines confondues ». Organisé par MIGRATIONS-MEDIATIONS CULTURELLES AQUITAINE AFRIQUES - MC2A. A la Librairie Les 400 Courps, le 2
Musiques
- Nass El-Ghiwane Mahmouma
- Labess Badiaa Bouhrizi
- Habbaitak ta nsee el noum Fairuz
Réalisation : Gérard Clabé Production : Graziella Danguy