"En 2020, il y a eu 29 morts suite à la rencontres de personnes majoritairement racisées avec la police, c'est ça le lien entre violences policières et racisme"
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Ce samedi 20 mars aura lieu la 10ème marche Vérité et Justice à l’appel des familles de victimes de violences policières, de blessés et de mutilés dans plusieurs villes de France. A Bordeaux, le rendez-vous est donné à 13h12 Place de la Bourse.
Un appel à l’unité contre les violences d’Etat et l’impunité : « Nous avons cette année la volonté de faire un appel unitaire large, et incluons notamment des revendications contre la Loi Sécurité Globale », explique Myriam Eckert du collectif Contre les abus policiers (CLAP), et des Mutilés pour l’exemple, membres du jeune Réseau d’Entraide Vérité et Justice qui fait le lien entre les victimes de violences policières, gilets jaunes réprimés, migrants et sans-papiers, ou encore les familles de prisonniers.
Une marche contre les violences policières et le racisme systémique
« La marche dénonce tout d’abord le racisme systémique, dont découlent beaucoup de violences policières et de crimes policiers dans les quartiers populaires. La plateforme de revendication est très large, mais nous mettons surtout en avant la dénonciation des violences policières et en prison ainsi que contre les migrants. […] Pour nous il ne s’agit pas d’un problème propre au gouvernement de Macron mais bien au système », explique Myriam Eckert.
« Il y a eu 29 morts recensés sur l’année 2020 dans les quartiers à la suite de rencontres avec la police, une majorité d’entre eux sont des personnes racisées : cela montre qu’il y a bien un lien entre violences policières et racisme. »
Dix années de mobilisations qui ont débouché sur un nouveau Réseau d’Entraide Vérité et Justice. « Nous avons à cœur le soutien aux victimes, mais nous voulons aussi peser politiquement dans les campagnes qui vont arriver, notamment les présidentielles : il n’est pas question d’invisibiliser les quartiers populaires. On sait qu’avec le FN, la question sécuritaire va être au cœur de la campagne », poursuit-elle.
La loi « Sécurité Globale » également au centre des préoccupations
Malgré son examen au Sénat, les opposants à la loi Sécurité globale rejettent son contenu en bloc : « On demande le retrait total de la loi », explique Graziella Danguy du Collectif Libertés 33 et de l’Observatoire girondin des libertés publiques (et par ailleurs présidente de La Clé des Ondes).
« Le Sénat ne va pas changer la philosophie générale de la loi qui est d’accroître la capacité répressive de l’Etat dans une période où des politiques antisociales sont menées. »
« Le gouvernement profite du contexte de crise sanitaire et de la confusion engendrée pour atténuer les libertés individuelles et collectives […]. Cela fait plusieurs années, depuis la mobilisation contre la Loi Travail en 2016 jusqu’au Gilets Jaunes, qu’on franchit diverses étapes dans la répression des manifestations. Cela va des agressions systématiques des manifestants, des « nassages » à l’utilisation d’armes à feu contre des manifestants pacifiques » poursuit-elle.
Cette loi pénaliserait en premier lieu les personnes victimes habituellement des violences policières et du racisme systémique : « Plus on donne de moyens de répression à la police et de moyens légaux de justifier ces violences, plus on peut penser que cela impactera les personnes d’origines étrangères ou non-blanches », explique Graziella Danguy.
Mais c’est également de la défense de la liberté de la presse et des libertés publiques qu’il s’agit, rappelle-t-elle : « L’article 24 constitue une attaque au droit de la presse, puisqu’on pénalise la diffusion d’images de policiers en service, et on oblige les journalistes à demander des autorisations pour couvrir des manifestations […] En plus de cela, à partir du moment où vous pouvez être filmé sous tous les angles dans chaque moment du quotidien grâce aux drones et aux caméras-piétons, cela tend à une surveillance généralisée de la population ».
Malgré tout, la détermination du collectif Libertés 33 ne faiblit pas : « On appelle à poursuivre la mobilisation : celle-ci avait déjà permis de faire éclater l’article 24, mais pas l’intégralité de la loi. Il faut continuer », assure Graziella Danguy.
Article et interview réalisés par Kenza Soares El Sayed.